Suspense anxiogène et belle leçon de vie, K.O est le récit subtil de la rédemption d’un homme qui retrouve sa part d’humanité.

Ceux qui aiment les intrigues rationnelles avec une fin explicite en seront pour leurs frais avec K.O. Par contre, ceux qui connaissent et aiment l’univers du réalisateur Fabrice Gobert retrouveront avec bonheur  sa patte reconnaissable entre mille depuis la série Les Revenants, ou son premier long-métrage Simon Werner a disparu. Des personnages ordinaires à qui il arrive des choses extraordinaires mais qui ne les partagent pas, s’acharnant à trouver une explication valable et à régler la situation seuls. Des décors froids, vides de gens. Des silences, un ton, un rythme mais surtout une atmosphère et une musique anxiogènes. Des personnages ambigus, qui jouent sur plusieurs tableaux, des groupes de personnes statiques qui regardent un événement à travers une baie vitrée, des gens qui marchent de longues heures. Des changements qui se produisent soudainement dans le corps d’un protagoniste et qui l’obligent à lui porter une attention toute nouvelle et un regard différent. Des morts et des blessés qui ne le sont pas tout à fait. Fabrice Gobert, c’est tout cela, car il fait appel à l’imaginaire du spectateur, l’incite à repousser ses limites de la crédibilité. Il l’amène sur de fausses pistes et l’abandonne parfois dans une impasse. Mais il lui propose toujours, et avec talent, des possibilités, des faux-semblants, des branches auxquelles se raccrocher si besoin, car le pire n’est jamais certain.

Photo du film K.O.

Antoine (Laurent Lafitte, encore une fois surprenant) est un homme de pouvoir qui évolue dans le monde de l’audiovisuel. Arrogant, certain de sa valeur, il ne doute jamais. Habitué à se faire obéir et servir, il se sait à sa place, sans vergogne. En quelques scènes, le réalisateur et sa co-scénariste Valentine Arnaud, brossent le portrait d’un type puant, assez cliché, qu’on adore détester. Il méprise tout le monde, y compris sa femme (Chiara Mastroiani), et n’a que peu d’égard envers sa maîtresse (Clotilde Hesme), son assistante (Zita Hanrot) ou encore sa fille. Tout bascule lorsqu’on lui tire dessus et qu’il se réveille de son coma. Et là, le doute s’immisce, car Antoine se retrouve dans un autre univers, un peu comme dans un miroir de sa vie d’avant. On ne saurait dévoiler les rebondissements, mais le tour de force de K.O est de maintenir le suspense jusqu’au bout du film, voire au delà, avec l’envie furieuse de le revoir pour en saisir les signes invisibles la première fois.

K.O offre indéniablement une réflexion symbolique sur ce qui motive un homme et sur sa capacité à changer son regard sur le monde. Tous les personnages, tout en étant différents par rapport à la vie initiale d’Antoine et ce qu’ils lui apportent, vont jouer un rôle dans son cheminement. C’est le traitement, par Fabrice Gobert, de la capacité d’adaptation d’Antoine à sa nouvelle situation, et encore plus de la transformation intérieure qui va s’opérer en lui, parfois à ses dépens, qui est intéressant. K.O, par bien des aspects, est aussi le récit subtil de la rédemption d’un homme qui remettra en question, par la force des choses, ses certitudes et ses convictions. Il retrouvera la part d’humanité qu’il avait enterrée sous les affres du pouvoir et va réapprendre à se soucier d’autrui.  K.O se révèle donc une belle leçon de vie assez anxiogène, capable de nous mettre K.O debout, et qu’on conseillerait bien à tout businessman débordés et imbus d’eux-mêmes.

Sylvie-Noëlle

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[CRITIQUE] K.O
Titre original : K.O
Réalisation : Fabrice Gobert
Scénario : Fabrice Gobert et Valentine Arnaud
Acteurs principaux : Laurent Lafitte, Chiara Mastroiani, Pio Marmai, Clotilde Hesme
Date de sortie : 21 juin 2017
Durée : 1h55 min
4.0Note finale
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