Le docteur Kruger est un pionnier décidé à faire entrer le suicide dans la modernité. Sa clinique reçoit une subvention gouvernementale afin que le suicide ne soit plus une tragédie, mais un acte médical assisté. Son rêve est de trouver un cadre thérapeutique à l’intérieur duquel la médecine parvient à dominer cette pulsion de destruction que les désespérés, ou les malades, veulent exercer contre eux-mêmes. Chaque jour, le docteur Kruger reçoit ses malades et les écoute. Tour à tour, les patients défilent dans son bureau et examinent avec lui les motifs qui justifient — ou non — leur suicide à venir. Lorsque la décision est prise, chacun a le droit de voir exercer un dernier souhait : déjeuner spécial, vin d’excellence, lubie personnelle. Le docteur Kruger est un humaniste qui cherche à rendre la mort des autres plus douce. Mais dans la montagne isolée où il a décidé de bâtir son rêve de « suicide idéal », quelque chose vient lui rappeler que personne ne contrôle la pulsion de mort : la mort elle-même.

Note de l’Auteur

[rating:6/10]

Date de sortie cinéma : 3 novembre 2010
Date de sortie DVD : 18 mai 2011
Réalisé par
Film français, belge
Avec , ,
Durée : 1h35min
Titre original :
Bande-Annonce :

a dit : « L’humour noir, c’est très voisin de la cuisine […] : tout est une question de dosage. » Il a raison. Et c’est bien pour ça que les comédies noires ne courent pas les rues. Non seulement elles se destinent à un public somme toute assez réduit, mais en plus les enjeux pour le réalisateur, le scénariste ou même les acteurs sont bien plus considérables qu’ailleurs. Les gens qui ne rient pas devant Scary Movie ou American Pie se diront juste qu’ils ont été faits par des grands gamins puérils qu’on considère avec un peu de condescendance, mais c’est tout. En revanche, si vous tentez de faire rire à propos de la shoah ou du 11 septembre, et que vous faites un bide, vous êtes quoi ? Un monstre sans cœur, un fils de pute froid et irrespectueux. Pas facile à assumer.

J’aimerais donc qu’on salue au moins Olias Barco, le réalisateur, pour son courage : après s’être pris un bide en 2002 avec , que le public n’a pas vu et que la critique n’a pas aimé, il fait son (petit) retour avec un film comique sur l’euthanasie. Haut les cœurs. Bien qu’il soit « légitimité » -notez les guillemets- par une dédicace à deux proches ayant mis fin à leurs jours, le projet témoigne tout de même d’une certaine ambition thématique. Evidemment, le problème avec l’humour noir, c’est que c’est trop casse-gueule pour qu’il soit facile de trouver des investisseurs. Barco a donc été faire son film en Belgique dans un hôtel pas cher, avec un budget qu’on imagine ridicule et en seulement 18 jours, épaulé par un cast principalement composé de ses amis et de ceux de son producteur. Coup de bol, les amis en question s’appellent Benoit Poelvoorde, Bouli Lanners ou Virginie Efira… ça aide.

Tous ces acteurs sont d’ailleurs bons – oui, même Virginie Efira -, chacun à leur manière, et ils constituent vraiment le plus gros point fort du film. Sans bande originale et sans couleurs, ils sont les seuls à donner de la vie et du relief à une réalisation esthétiquement plate. Et le meilleur d’entre eux n’est pas celui qu’on attendait : il s’agit d’Aurélien Recoing, absolument époustouflant dans sa capacité à jouer l’ambivalence dissimulée de son personnage. Son rôle est le plus dur du film, et il le maîtrise à la perfection. Un instant on le déteste, le suivant on l’adore ; il émeut et dégoute au sein d’une même scène, paraît à la fois empathique et insensible à volonté… Du grand art.

Film d’humour noir fauché, tourné en noir et blanc crade, absence totale de musique, présence au cast de Benoit Poelvoorde : la comparaison avec C’est arrivé près de chez vous n’est pas loin. Seulement, il y a un hic : mieux vaut l’éviter, car Kill Me Please ne fait pas le poids. Le film raconte la vie d’une « clinique » d’euthanasie dans laquelle des « patients » qui souffrent moralement ou physiquement viennent passer leurs derniers jours avant d’être assistés par le personnel médical pour passer l’arme à gauche dans la sérénité et, surtout, sans emmerder personne.

Car c’est une enquête canadienne aussi réelle que terriblement cynique qui est en partie à l’origine du concept du film. Le but de cette étude était de calculer le coût moyen d’un suicide pour la société. Un suicide mobilise des policiers, du personnel hospitalier, et peut mettre des milliers de tierces personnes en retard au boulot (ce sont les fameux « accidents de personne » de la SNCF) ; tout ceci n’est pas sans conséquence sur l’économie d’un pays, et le fait d’institutionnaliser le suicide est donc économiquement plus intéressant que de laisser les gens se débrouiller par eux-mêmes. Une clinique dédiée à ce genre de service existe d’ailleurs en Suisse, pour info.

C’est lugubre. Et c’est bien pour ça que tenter de faire tourner une comédie là-dessus est une idée intéressante. Le piège de taille à éviter, c’est de tomber dans le sinistre, et c’est précisément ce qui arrive à Olias Barco. Si Kill Me Please parvient plus d’une fois à nous arracher un sourire, et que sa structure évoquant par moments un dépressif ne manque pas d’un certain charme, il plombe trop souvent sa propre ambiance volatile en filmant des scènes glauques desquelles la seule volonté de faire rire semble être absente. Et quand, à mi-chemin, le film bascule dans un trip complètement différent de celui dans lequel il avait commencé à nous installer, on commence sérieusement à se dire que Barco lui-même n’a pas encore décidé quel ton il voulait donner à Kill Me Please. Est-ce une farce ou un thriller mou ? Est-ce une fable déjanté ou une fiction ancrée dans la réalité ? Le film est constamment dans le déséquilibre, d’un extrême à l’autre, et il lui est donc impossible de garder son sens de l’équilibre et de la mesure. Dommage : l’humour noir est un numéro de funambule.