Tokyo, fin des années 60. Kizuki, le meilleur ami de Watanabe, s’est suicidé. Watanabe quitte alors Kobe et s’installe à Tokyo pour commencer ses études universitaires. Alors qu’un peu partout, les étudiants se révoltent contre les institutions, la vie de Watanabe est, elle aussi, bouleversée quand il retrouve Naoko, ancienne petite amie de Kizuki. Fragile et repliée sur elle-même, Naoko n’a pas encore surmonté la mort de Kizuki. Watanabe et Naoko passent les dimanches ensemble et le soir de l’anniversaire des 20 ans de Naoko, ils font l’amour. Mais le lendemain, elle disparaît sans laisser de traces. Watanabe semble alors mettre sa vie en suspension depuis la perte inexplicable de ce premier amour. Lorsqu’enfin il reçoit une lettre de Naoko, il vient à peine de rencontrer Midori, belle, drôle et vive qui ne demande qu’à lui offrir son amour.

Note de l’Auteur

[rating:5/10]

Date de sortie : 4 mai 2011
Réalisé par Tran Anh Hung
Film japonais
Avec Kenichi Matsuyama, Rinko Kikuchi, Kiko Mizuhara
Durée : 2h13min
Bande-Annonce :

Les années 60, les années 60, les années 60. Une page difficile à tourner. Engagement politique à grande échelle, vraie musique, recherche de transcendance et d’orgasmes à répétition ; rien qu’on ait su garder. Dans notre austère modernité, nous préférons le progrès des machines, le reste a une tête de mort. L’ambition de renouer avec un âge d’or, au moins par la force de la représentation doit être incitée. Cinq films à son actif en vingt-cinq ans de carrière, Tran Ahn Hung poursuit son travail de fourmis sous les « pattes d’eph » et les lunettes œil-de-mouche. Le réalisateur franco-vietnamien a la réputation d’un esthète et cette réputation lui va comme un gant jaune. Le Japon des belles géométries ne pouvait que le tenter. Réglant son viseur sur la plume du célèbre Haruki Murakami, il explore à sa façon la loi du désir érotique et ses troublantes conséquences sur la jeunesse à l’heure des Beatles. Le résultat laisse un goût sucré amer qui n’est pas sans intérêt.

Kizuki et Watanabe sont deux copains lycéens. Kizuki sort avec la douce Naoko et paraît couler des jours heureux à ses côtés. A dix-sept ans, Kizuki se suicide. Le choc de sa disparition rapproche les deux survivants du trio. Naoko fait même cadeau de sa virginité encore intacte à Watanabe. Sitôt après la jeune fille en fleurs entre en maison de repos pour dérangement mental. Eveillé à l’amour, Watanabe n’a d’yeux que pour elle. Il n’est pas non plus insensible à la pétillante et aguicheuse Midori…

La Ballade de l’Impossible est une ballade pour spectateur patient. Le film avance indolemment sur les terres de la contemplation et de la photographie. Raconter une jeunesse en émoi ne le rend pas plus vif, exit MTV. Tran Ahn Hung est le renégat d’une image qui se hâte, il préfère composer un plan plutôt que de le mâcher. C’est un risque aujourd’hui dans notre monde pressé ; saluons l’initiative d’un créateur qui voudrait tirer sur nos rênes. Il aimerait tirer sur nos œillères et débloquer notre vue par sa poésie du goutte à goutte, du plan à plan, du temps laissé au temps. La chair de ses acteurs doit nous atteindre, le teint du paysage changeant doit nous éblouir, la vie doit s’incruster. Le roman de Murakami permet à l’artiste de soutenir son obsession de la beauté sur une base littéraire solide. Narrer les aventures d’un homme de vingt ans coincé entre deux flammes, l’une qui le consume, Naoko, l’autre qui le réchauffe, Midori, c’est poser sa caméra sur une bonne base. De quoi occuper un traducteur de métaphores.

Fort de sa science de l’audiovisuel et d’un riche matériau psychologique, Tran Ahn Hung aurait pu porter l’ivresse à son comble. Inopportunément, la mélancolie l’emporte sur tout. Ce sentiment engloutit toujours le cinéma dédié aux jeunes et il s’accompagne toujours de marches funèbres. Le jeune ne serait qu’un couillon triste et violent, mal emboité dans une société décadente. La direction des trois acteurs principaux encourage le côté détaché, voire atone de leur jeu et plébiscite peu la passion, l’exubérance, la folie saine. Est-ce culturel ? Est-ce que les jeunes Japonais compriment leurs émotions ? Est-ce qu’ils les compriment pour mieux les faire éclater ? Peut-être bien. Si c’est le cas, c’est un bon terreau pour un réalisateur à condition de serrer la tension dramatique, de couper purement et simplement notre souffle. L’impression d’un Watanabe jouant sa vie à chaque plan aurait permit de lui rester fidèle sur 2h13 de film. Au lieu de cela, son parcours fait parfois bailler. Le rythme est ignoré au profit du design, l’excitation est tuée par la langueur, la brûlure des sixties est refroidie par le formalisme. Heureusement, la craquante Kiko Mizuhara interprète Midori avec la gourmandise sur les lèvres. Les années 60 ne sont pas très loin derrière cette fille. Elle est rétro comme il faut.

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[critique] La Ballade De l’Impossible

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