LA BANDERA, aussi appelé La Grande Relève, est le deuxième film restauré de Julien Duvivier projeté au Festival Lumière. Adapté d’un roman de Pierre Mac Orlan, le récit est, une fois n’est pas coutume, d’une noirceur remarquable caractéristique du cinéaste. Suivant un meurtrier « sympathique » traqué par un chasseur de prime jusqu’en Espagne, Julien Duvivier nous offre un film autrement mieux construit et réalisé que son précédent essai, DAVID GOLDER.

Parmi les nombreux atouts de ce film, commençons par le plus évident ; son casting. Dans le rôle principal, Jean Gabin ne sort pas de son domaine de prédilection. Le héros, sympathique loubard au lourd passé qui tente de se racheter et de vivre une vie heureuse, est finement écrit et l’acteur est bien dirigé par Duvivier. D’autant plus que le metteur en scène sait créer l’alchimie entre Jean Gabin et les différents acteurs, qu’il s’agisse d’Annabella ou d’un excellent Pierre Renoir. Cette distribution prestigieuse évolue dans des décors impressionnants, filmés avec élégance et intelligence par le cinéaste. On est bien loin des errements de DAVID GOLDER, et j’en profite pour souligner l’excellent travail de la photographie qui permet à la mise en scène d’être appréciée à sa juste valeur. La réputation de maître technicien de Julien Duvivier semble se justifier, tant en quelques années, il a cerné les bouleversements que le parlant entraîne en terme de découpage et de réalisation ; visuellement, LA BANDERA est un spectacle de chaque instant.

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Si la forme est irréprochable, le fond n’est pas en reste. Et l’incroyable noirceur du film ne s’appuie plus sur des personnages caricaturaux mais bien sur une ambiance désespérée, typique des films d’avant-guerre. Il n’y a pas de recherche de morale, pas de bien-pensance, et le film s’apparente à une tragédie dont la fatalité nous semble inévitable. Venu pour expier ses fautes et se faire blanchir, Pierre Gilieth n’a aucun projet d’avenir, si ce n’est celui de survivre le plus longtemps possible. Le personnage est trouble, et l’appellation de film noir est tout à fait méritée pour un film qui dresse un portrait aussi brut politiquement et socialement de la vie d’avant-guerre. Alors certes, on a parfois l’impression que Duvivier nous assène un discours pessimiste un peu forcé, que le trait est volontairement exagéré et cela peut rebuter, mais il serait dommage de passer à côté d’une telle construction d’ambiance pour ces petits détails.

« La réputation de maître-technicien de Julien Duvivier semble se justifier, tant en quelques années, il a cerné les bouleversements que le parlant entraîne en terme de découpage et de réalisation. »

Julien Duvivier fait en quelques années le grand écart entre un DAVID GOLDER franchement brouillon et ce LA BANDERA maîtrisé de bout en bout, d’une efficacité implacable et bénéficiant d’une restauration exemplaire. Dirigeant ses acteurs avec intelligence, il dresse un portrait moral très ambigu et nous perds dans un labyrinthe de noirceur aidé par une photographie exemplaire. Si le cinéaste a si vite apprivoisé l’outil parlant, il me tarde de voir ce que donneront ses prochains films, dont les plus réputés bénéficient d’une même restauration durant le festival Lumière.

LA BANDERA a été chroniqué dans le cadre d’une rétrospective consacrée à Julien Duvivier par le Festival Lumière 2015. Il sera projeté au Pathé Cordeliers, mardi 13 octobre à 17h30, au Comœdia, vendredi 16 octobre à 11h, et au CNP Bellecour, samedi 17 octobre à 17h30.

Le FESTIVAL LUMIÈRE sur Le Blog du Cinéma
MARTIN SCORSESE: Analyse de ses films

MARTIN SCORSESE: portrait de l’auteur

Ses films présentés au festival Lumière :

Hugo Cabret (2011)
Les Infiltrés (2006)
Casino (1995)
Le Temps de l’innocence (1993)
Les Nerfs à vif (1991)
Les Affranchis (1990)
La dernière tentation du Christ (1988)
La valse des pantins (1982)
Raging Bull (1980)
New York, New York (1977)
Taxi Driver (1975)
Alice n’est plus ici (1974)
Mean Streets (1973)
Boxcar Bertha (1972)
Who’s that knoocking at my door (1968)

Chroniqués par Georgeslechameau

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8 films de JULIEN DUVIVIER

JULIEN DUVIVIER: portrait de l’auteur

David Golder (1931)
La Bandera (1935)
La Belle Équipe (1936)
Pépé le Moko (1937)
Un carnet de bal (1937)
La fin du Jour (1939)
Panique (1946)
– Le Temps des Assassins (1956)

Chroniqués par Louis

DUVIVIER

AKIRA KUROSAWA : les anées Toho

Le Plus dignement (1944)
– Qui marche sur la queue du tigre… (1945$)
– Je ne regrette rien de ma jeunesse (1946)
– Un merveilleux dimanche (1947)
– L’Ange ivre (1948)
– Chien enragé (1949)
– Vivre (1952)
– Vivre dans la peur (1955)
– La Forteresse cachée (1958)
– Les Salauds dorment en paix (1960)
– Yojimbo – Le Garde du corps (1961)
– Sanjuro (1962)
– Entre le ciel et l’enfer (1963)

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la cinéaste russe LARISSA CHEPITKO

Un portrait de la Larissa Chepitko

– Chaleur torride (1963)
– Les Ailes (1966)
– Le Début d’un siècle inconnu – composé de L’Ange d’Andrei Smirnov et de Le Pays de l’électricité de Larissa Chepitko (1967)
– Toi et moi (1971)
L’Ascension (1977)

larissachepitko

LUMIERE 2014 : Pedro Almodovar

Programmation de Lumière 2014

PEDRO ALMODOVAR :

Pepi, Luci, Bom et autres filles du quartier de Pedro Almodóvar (Pepi, Luci, Bom y otras chicas del montón, 1980, 1h18)
Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ? de Pedro Almodóvar (¿ Qué he hecho yo para merecer esto !!, 1984, 1h47)
Matador de Pedro Almodóvar (1986, 1h45)
La Loi du désir de Pedro Almodóvar (La ley del deseo, 1987, 1h44)
Femmes au bord de la crise de nerfs de Pedro Almodóvar (Mujeres al borde de un ataque de nervios, 1988, 1h35)
Attache-moi ! de Pedro Almodóvar (Átame !, 1989, 1h41)
Talons aiguilles de Pedro Almodóvar (Tacones lejanos, 1991, 1h53)
La Fleur de mon secret de Pedro Almodóvar (La flor de mi secreto, 1995, 1h42)
En chair et en os de Pedro Almodóvar (Carne trémula, 1997, 1h39)
Tout sur ma mère de Pedro Almodóvar (Todo sobre mi madre, 1999, 1h40)
Parle avec elle de Pedro Almodóvar (Hable con ella, 2002, 1h52)
Volver de Pedro Almodóvar (2006, 2h02)
La piel que habito de Pedro Almodóvar (2011, 2h01)

SAGA MUSASHI MIYAMOTO : CRITIQUE des 6 films

PARADIS PERDU, d’Abel Gance: CRITIQUE

OPENING NIGHT, de John Cassavettes : CRITIQUE

Une Femme Dangereuse, avec Ida Lupino: CRITIQUE

Chroniqués par Georgeslechameau

La traversée de Paris

Chroniqué par Louis

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INFORMATIONS
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 • Titre original : La Bandera
Réalisation : Julien Duvivier
Scénario : Julien Duvivier
Acteurs principaux : Jean Gabin, Annabella
Pays d’origine : France
Sortie : 1935
Durée : 1h40
Synopsis : À Paris, Pierre Gilieth a tué un homme. Il s’engage dans la légion espagnole où un indicateur de police, Fernando Lucas, tenté par la prime, le retrouve. Pierre Gilieth soupçonne rapidement Fernando Lucas et l’épie.