Affiche La Chute

Berlin, avril 1945. Hitler vit ses dernières heures. Accompagné de ses généraux et de ses plus proches partisans, il s’est réfugié dans son bunker, situé dans les jardins de la Chancellerie. Auprès de lui, Traudl Junge, la secrétaire particulière du Führer, refuse de l’abandonner.

Note de l’Auteur

[rating:9/10]

Date de sortie : 5 juin 2005
Réalisé par Oliver Hirschbiegel
Film allemand/italien/autrichien
Avec Bruno Ganz, Heino Ferch, Corinna Harfouch, Alexandra Maria Lara
Durée : 2h36min
Titre original : Der Untergang
Bande-Annonce :

Avril 1945, l’Armée Rouge se trouve aux portes de Berlin, prête à en découdre avec les reliquats d’une Wehrmacht en totale déliquescence, les dernières forces vives retranchées derrière les barricades sont incarnées au travers des facies d’enfants embrigadés dans les Jeunesses hitlériennes, martyrs d’une aliénation criminelle sans équivalent dans l’histoire de l’Humanité. Adolf Hitler s’est abrité dans son bunker de la Chancellerie, entouré de sa garde rapprochée, ses sbires (Goebbels, Himmler, Fegelein, Mohnke…) les complices de cette vilenie, les heures sont comptées, les esprits se liquéfient, les dignitaires du IIIème Reich ne seront bientôt plus…

S’attaquer à cette période noire de l’Histoire relève de la gageure, tant au niveau de l’aspect humain qu’artistique. Dans une démarche qui s’inscrit dans un projet honnête, les choix doivent être posés, les prises de position doivent être mûrement réfléchies et les compagnons de route doivent être triés sur le volet. Le sujet suscite intrinsèquement la polémique, une partie de la critique allemande et française s’est d’ailleurs érigée en porte à faux vis-à-vis du traitement, jugeant l’approche du réalisateur trop ‘empathique’. L’angle d’approche utilisé par Oliver Hirschbiegel est le point de vue de la secrétaire particulière du dictateur, Traudle Junge (Alexandra Maria Lara). Le portrait plus nuancé du tyran qui se dégage du livre de Junge (assistée par l’historienne Melissa Müller), et du scénario (Bernd Eichinger), est à l’origine de la controverse.

Saluons le courage exemplaire du réalisateur d’avoir soigneusement évité le positionnement manichéen. Le Führer était un être de chair et de sang, comme le commun des mortels, autrement dit un ‘être humain’. Ne nous est-il pas plus ‘commode’, pour délester notre propre conscience, de le voir comme un monstre, comme une entité étrangère à notre fratrie ? La question est posée ! Le substrat qui a permis l’éclosion et la prolifération de la peste brune ne peut pas être analysé comme la simple caricature d’un monstre qui s’est déifié sur le ciment de la pauvreté, le terreau en est bien plus complexe, et la nature humaine en constitue l’élément prépondérant. Le film démontre à la perfection les structures sclérosées d’une société malade, en manque de repères.

Photo La Chute

 

La Chute nous engage à élever notre réflexion au-delà du vulgaire concept dichotomique du bien et du mal, pour tenter de comprendre pourquoi une nation historiquement cultivée a permis la propagation d’une idéologie aussi barbare au cœur même de l’Europe.

Oliver Hirschbiegel offre scrupuleusement les clefs pour sortir de ce manichéisme morbide, et incline le spectateur jusqu’au degré ultime de la réflexion personnelle, un face à face avec ‘l’incarnation’ du diable (Crime et Châtiment de Fiodor Dostoïevski transcende aussi cette introspection). Le choix de l’acteur pour interpréter Adolf Hitler a été essentiel. Bruno Ganz, sommité du cinéma ‘teutonique’, a pris le risque titanesque de se lancer dans l’aventure. Sa performance est ahurissante et terrifiante, unanimement consacrée par ses pairs, la critique et le public. Bruno Ganz, avec un regard de glace, figure un Führer que ses vitupérations acides éclaboussent comme l’écho de sa furie intérieure. L’acteur cristallise toute l’attention, sans faiblir une seule seconde, au détriment parfois d’autres personnages qui se retrouvent ‘coincés’, dont Ulrich Mattes (Goebbels) qui doit puiser dans ses ressources pour rester digne de l’interprétation de Bruno Ganz. La fraîche et candide Alexandra Maria Lara remplit son rôle avec justesse, et laisse transparaître le doute quand à sa réelle naïveté.

Le cinéaste a choisi l’option d’une réalisation dépouillée, certes tonitruante en ce qui concerne l’intensité dramaturgique et le développement de ses personnages, mais il laisse subtilement les artifices de côté. La reconstitution du Berlin de l’époque est en cela remarquable, le chef-décorateur Bernd Lepel s’est investi de sa mission avec méticulosité, recréant une atmosphère de délabrement en phase avec l’effondrement du régime.
Lorsque Daniel Defoe s’époumonait ‘Tous les hommes seraient des tyrans s’ils le pouvaient’, l’Histoire ne croyait jamais si bien dire. Adolf Hitler fut l’élu de la plèbe, ‘démocratiquement plébiscité’. La Chute nous engage à élever notre réflexion au-delà du vulgaire concept dichotomique du bien et du mal, pour tenter de comprendre pourquoi une nation historiquement cultivée a permis la propagation d’une idéologie aussi barbare au cœur même de l’Europe. Au regard des derniers sondages effectués en France, de l’avancée des nationalismes qui gangrènent le vieux continent, ce film s’impose comme une résonance dont nous devons tenir compte, sans tabou, mais avec une bonne dose de lucidité, sinon la chute n’en sera que plus terrible.

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Caroline
Invité

En accord avec la critique et la note donnée.
Un film à voir en VO pour en saisir toute la nuance des propos !

Billy
Invité
Billy

Remarquable critique pour un film exceptionnel, bravo!

[critique] La Chute

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