Communauté : « ensemble de personnes vivant ensemble et partageant des points d’intérêt communs, dont les membres sont considérés comme égaux en droits ». Ce concept sociologique utopiste faisait fureur dans les années 1970. C’est justement durant cette période que se déroule LA COMMUNAUTÉ (dont le titre original est Kollektivet) et celle que décide de créer le couple formé par Erik et Anna. C’est surtout Anna qui insiste, saisissant l’opportunité de l’héritage de la maison d’enfance d’Erik. Avec son métier de journaliste présentatrice du journal télévisé et la pression qu’elle subit, elle a besoin de légèreté, de liberté, de stimulation intellectuelle, de joie et de rires. Erik accepte cette expérience par amour pour son épouse. Ils ont une fille adolescente Freja, dont on devine que le personnage et le regard ont fortement été inspirés par la propre expérience du réalisateur dans sa jeunesse, Thomas Vinterberg (Festen, La Chasse, Loin de la foule déchaînée).

LA COMMUNAUTÉ

Utopiste, la vie en communauté ?

Pour ceux qui s’attendent à voir un film évoquer la libération sexuelle, ils en seront pour leur frais. La bande-annonce du film suggère bien une baignade des protagonistes nus, mais l’enjeu de LA COMMUNAUTÉ n’est absolument pas celui-ci. Ce qui intéresse le réalisateur, c’est la façon dont un groupe se crée, se choisit, s’organise, se vit. Tout le monde ne peut pas y entrer, il faut l’accord de tous, sans exception. Comme pour tout rassemblement d’individus, il faut aussi créer des règles. Les réunions communautaires commencent invariablement par une question fondamentale à ce mode de vie : « comment on se sent aujourd’hui ? ». Tous les sujets possibles, même très personnels, sont abordés, car l’objectif du bonheur est primordial pour ce groupe formé avec six autres personnes.

La communauté traversera des turbulences et devra prendre des décisions difficiles pour maintenir son équilibre. LA COMMUNAUTÉ s’attache ainsi à montrer par touches subtiles l’évolution et la transformation personnelle de chacun des trois membres du noyau dur de la famille originelle. Elle est de plus en plus noyée au sein du groupe, presque phagocytée. Les membres s’insinuent dans les décisions familiales, s’impliquent dans la vie de chacun. Freja en devient d’ailleurs un membre à part entière, prenant des décisions d’adultes à cet âge où elle aurait pu se contenter de vivre tranquillement sa puberté. Le film sous-tend avec habileté des questions fondamentales posées par cette vie utopique: à partir de quel moment le groupe prend-il le pas sur l’individu, et même sur la famille ? Quelle place chacun peut-il tenir ? Quelles sont les limites du partage et jusqu’où va la promiscuité ?

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LA COMMUNAUTÉ offre brillamment plusieurs autres clés de réflexions. Tout d’abord une réflexion sur le couple qui traverse la fameuse crise de la quarantaine, ce moment de questionnement parfois douloureux du sens que l’on donne à sa vie. Vivre à plusieurs cette quête personnelle d’individuation peut aider à se reconnecter en douceur à ses rêves d’enfant. Mais il peut aussi révéler d’autres failles et d’autres manques. Ainsi Erik (Ulrich Thomsen), qui au contact du groupe, s’intéresse à une autre femme, alors que la sienne s’ouvre à nouveau à la vie joyeuse. Une jolie métaphore est d’ailleurs établie par le réalisateur et son co-scénariste Tobias Lindholm (A War), en rapport avec le métier d’architecte urbaniste d’Erik. Il s’est construit une vie dont les fondations ne sont pas si solides et la vie en communauté va lui permettre de renouer avec ses rêves grandioses de constructions utopiques chères à l’urbaniste Le Corbusier.

LA COMMUNAUTÉ

Anna, une femme à la croisée des chemins

Le film aborde aussi le nerf de la guerre de la vie en communauté : l’argent. Il interroge sur la mise en commun des biens de chacun, proposant des scènes assez drôles. Car évidemment, il apparaît plus facile de vouloir vivre en communauté quand on est fauché et qu’on n’a pas grand-chose à partager ! Mais surtout, LA COMMUNAUTÉ pose un regard magnifique sur Anna. L’actrice Tryne Dirholm (croisée dans Love is all you need de Suzanne Bier) a d’ailleurs obtenu l’Ours d’Argent de la meilleure actrice à La Berlinale. Elle excelle dans ce rôle de femme à la croisée des chemins, qui crée son propre piège. Sa prise de conscience du processus inéluctable du vieillissement est d’autant plus violente, qu’avec son travail sous le feu des projecteurs, la moindre ride ne pardonne pas à l’écran. La traversée de ce moment de sa vie est source de grande souffrance et particulièrement émouvante. Grâce à cette interprétation, LA COMMUNAUTÉ fait preuve d’une rare sensibilité. Aussi poignant que réjouissant, il nous replonge avec délice dans l’ambiance les années 1970 !

Sylvie-Noëlle

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[CRITIQUE] LA COMMUNAUTÉ

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