Nous continuons cette rétrospective de la carrière de Julien Duvivier, avec un film dont le simple titre laissait deviner un sommet de noirceur entre les mains d’un cinéaste dont le pessimisme semble être la marque de fabrique. Contre toute attente, il n’en est rien : LA FIN DU JOUR est sans doute l’une des œuvres les plus légères de son auteur. Sans abandonner son cynisme si reconnaissable, le metteur en scène filme des personnages auxquels il semble s’être véritablement attaché, et cherche clairement à souligner l’humanité chez chaque personnage, lui qui avait plutôt pour habitude de se focaliser sur leur douleur et leurs désillusions.

Des douleurs, il y en a dans cet hospice pour anciens comédiens, où se côtoient des égos surdimensionnés et des échecs n’ayant jamais réussis à percer. Mais chaque tic, chaque habitude des personnages instaurent une ambiance assez éloignée de l’aspect tragique des autres films de Julien Duvivier. Comme à son habitude, le cinéaste réunit un casting exemplaire composé de Louis Jouvet, Michel Simon ou Tony Jacquot, et les exploite tout à fait, offrant même à Louis Jouvet l’un des rôles les plus marquants de sa filmographie. L’écriture porte sur les personnages un regard sincère, réaliste, faisant d’eux des êtres profondément imparfaits mais que l’on comprend tout à fait. Au service de ses comédiens, Julien Duvivier reste classique dans sa mise en scène, filme à hauteur de regard et s’efface pour nous immerger totalement dans cet hospice dans lequel règne une ambiance certes moins étouffante que dans ses précédents films, mais dans lequel toute la cruauté de la vieillesse et des ambitions déchues est omniprésente.

Photo du film LA FIN DU JOUR

Cependant, LA FIN DU JOUR semble également un peu plus vide, un peu moins majeur dans la filmographie de Duvivier qu’un certain Pépé le Moko ou que La Bandera. L’ampleur du casting et la technique une nouvelle fois maîtrisée à la perfection ne suffisent pas à nous faire oublier les ambiances arides et les séquences charnières des films pré-cités. De bout en bout, LA FIN DU JOUR est un film bien réalisé, bien pensé, totalement inscrit dans la logique cinématographique de Duvivier. Cependant, le rythme et les enjeux peuvent clairement sembler moins captivant, moins riches, et le film ne parvient pas à se placer comme une pièce maîtresse de la filmographie de son auteur. On l’attendait peut-être plus cynique encore, plus politique ; LA FIN DU JOUR est en fait une belle fable sur la vieillesse et la célébrité, et c’est déjà loin d’être négligeable quand elle est réalisée avec autant de soin.

“De bout en bout, LA FIN DU JOUR est un film bien réalisé, mais ne parvient pas à se placer comme une pièce maîtresse de la filmographie de son auteur.”

LA FIN DU JOUR est un film réussi, indéniablement. Il traite son sujet avec soin et respect, sans en oublier le potentiel cynique et dramatique propre à Julien Duvivier. Cela dit, difficile de considérer cette œuvre comme majeure dans la filmographie du cinéaste, la faute à une écriture légèrement moins profonde qu’escompté. A voir, cependant !

LA FIN DU JOUR a été chroniqué dans le cadre d’une rétrospective consacrée à Julien Duvivier par le Festival Lumière 2015, à Lyon. Il sera projeté au Pathé Bellecour, le samedi 17 octobre à 22h.

Le FESTIVAL LUMIÈRE sur Le Blog du Cinéma
MARTIN SCORSESE: Analyse de ses films

MARTIN SCORSESE: portrait de l’auteur

Ses films présentés au festival Lumière :

Hugo Cabret (2011)
Les Infiltrés (2006)
Casino (1995)
Le Temps de l’innocence (1993)
Les Nerfs à vif (1991)
Les Affranchis (1990)
La dernière tentation du Christ (1988)
La valse des pantins (1982)
Raging Bull (1980)
New York, New York (1977)
Taxi Driver (1975)
Alice n’est plus ici (1974)
Mean Streets (1973)
Boxcar Bertha (1972)
Who’s that knoocking at my door (1968)

Chroniqués par Georgeslechameau

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8 films de JULIEN DUVIVIER

JULIEN DUVIVIER: portrait de l’auteur

David Golder (1931)
La Bandera (1935)
La Belle Équipe (1936)
Pépé le Moko (1937)
Un carnet de bal (1937)
La fin du Jour (1939)
Panique (1946)
– Le Temps des Assassins (1956)

Chroniqués par Louis

DUVIVIER

AKIRA KUROSAWA : les anées Toho

Le Plus dignement (1944)
– Qui marche sur la queue du tigre… (1945$)
– Je ne regrette rien de ma jeunesse (1946)
– Un merveilleux dimanche (1947)
– L’Ange ivre (1948)
– Chien enragé (1949)
– Vivre (1952)
– Vivre dans la peur (1955)
– La Forteresse cachée (1958)
– Les Salauds dorment en paix (1960)
– Yojimbo – Le Garde du corps (1961)
– Sanjuro (1962)
– Entre le ciel et l’enfer (1963)

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la cinéaste russe LARISSA CHEPITKO

Un portrait de la Larissa Chepitko

– Chaleur torride (1963)
– Les Ailes (1966)
– Le Début d’un siècle inconnu – composé de L’Ange d’Andrei Smirnov et de Le Pays de l’électricité de Larissa Chepitko (1967)
– Toi et moi (1971)
L’Ascension (1977)

larissachepitko

LUMIERE 2014 : Pedro Almodovar

Programmation de Lumière 2014

PEDRO ALMODOVAR :

Pepi, Luci, Bom et autres filles du quartier de Pedro Almodóvar (Pepi, Luci, Bom y otras chicas del montón, 1980, 1h18)
Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ? de Pedro Almodóvar (¿ Qué he hecho yo para merecer esto !!, 1984, 1h47)
Matador de Pedro Almodóvar (1986, 1h45)
La Loi du désir de Pedro Almodóvar (La ley del deseo, 1987, 1h44)
Femmes au bord de la crise de nerfs de Pedro Almodóvar (Mujeres al borde de un ataque de nervios, 1988, 1h35)
Attache-moi ! de Pedro Almodóvar (Átame !, 1989, 1h41)
Talons aiguilles de Pedro Almodóvar (Tacones lejanos, 1991, 1h53)
La Fleur de mon secret de Pedro Almodóvar (La flor de mi secreto, 1995, 1h42)
En chair et en os de Pedro Almodóvar (Carne trémula, 1997, 1h39)
Tout sur ma mère de Pedro Almodóvar (Todo sobre mi madre, 1999, 1h40)
Parle avec elle de Pedro Almodóvar (Hable con ella, 2002, 1h52)
Volver de Pedro Almodóvar (2006, 2h02)
La piel que habito de Pedro Almodóvar (2011, 2h01)

SAGA MUSASHI MIYAMOTO : CRITIQUE des 6 films

PARADIS PERDU, d’Abel Gance: CRITIQUE

OPENING NIGHT, de John Cassavettes : CRITIQUE

Une Femme Dangereuse, avec Ida Lupino: CRITIQUE

Chroniqués par Georgeslechameau

La traversée de Paris

Chroniqué par Louis

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INFORMATIONS

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Titre original : La Fin du Jour
Réalisation : Julien Duvivier
Scénario : Charles Spaak, Julien Duvivier
Acteurs principaux : Louis Jouvet, Michel Simon, Victor Francen
Pays d’origine : France
Sortie : 1938
Durée : 1h48
Synopsis : Dans un établissement de retraite pour vieux comédiens émergent trois fortes personnalités : Saint-Clair, vieux beau couvert autrefois de succès et de femmes, Marny, talentueux acteur que le public n’a jamais reconnu et Cabrissade, boute-en-train n’ayant joué que les doublures dans sa carrière.

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[CRITIQUE] LA FIN DU JOUR (1938)

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