Premier long métrage de l’indien , LA FORTERESSE est, dans un sens, l’antithèse du film bollywoodien. En effet, comme Ugly ou The lunchbox, l’œuvre s’inscrit dans un cinéma indien indépendant qui favorise la recherche stylistique et le minimalisme en opposition au baroque et grandes épopées musicales propres à l’industrie bollywoodienne. Cette section indépendante semble ainsi revisiter les genres cinématographiques au format indien (le polar pour Ugly, la comédie romantique pour The lunchbox), LA FORTERESSE s’inscrivant clairement dans la catégorie du film d’apprentissage (il a d’ailleurs gagné l’ours de cristal au festival de Berlin).

L’intrigue suit ainsi Chinmay, un jeune garçon de 11 ans et sa mère qui s’installent, après avoir vécu en métropole, dans une petite ville en bord de mer. L’enfant a du mal à s’habituer à ce nouvel environnement mais se lie rapidement d’amitié avec un groupe de garçons. Ce propos initial est donc plutôt classique pour un récit d’apprentissage et peut faire penser à l’amitié qui lie les héros de Stand by me. La comparaison s’arrête cependant à ce simple dessein originel puisque, dans le premier, les personnages vont vivre de nombreuses aventures alors qu’il ne se passe pas grand-chose dans LA FORTERESSE. Il est indubitable que l’auteur propose ainsi une œuvre épurée mais le scénario est beaucoup trop mince et induit un ennui assez rapide. De plus, le réalisateur suggère plus qu’il ne dit des relations et des évènements, créant certes une atmosphère poétique et mystérieuse, mais cette ambiance elliptique ne nous permet pas d’éprouver l’amitié qui lie les enfants ou l’amour maternel. Les personnages sont, par ailleurs, trop peu caractérisés et restent assez caricaturaux (le garçon qui grandit, la mère courage, les amis-ennemis).

Photo du film LA FORTERESSE

© Les Films du Préau

Nous restons donc malheureusement à distance du récit et c’est d’autant plus dommage que visuellement le long-métrage est des plus réussi. Avant de se lancer dans la réalisation, Avinash Arun a été directeur de la photographie sur de nombreux films et cela se ressent. On a clairement affaire à une œuvre de metteur en scène. Naturaliste et contemplative, sa mise en scène est des plus aboutie. L’auteur alterne ainsi plans fixes et lents travellings qui épousent parfaitement la langueur de la nature et la pudeur des personnages. Son sens du cadre et de la lumière, démontre, de même, un grand talent de cinéaste. On regrettera cependant le manque de rythme effectif du récit et les séquences mélodiques avec ralenti, de très mauvais goût, qui détonent avec l’élégance de l’ensemble.

« Malgré le manque d’envergure du récit, LA FORTERESSE possède de grandes qualités esthétiques, tout à fait prometteuses pour son jeune réalisateur. »

Le discours, quant à lui, reste très convenu sur le thème de l’apprentissage. Suite à une série de micro évènements, dont on entend la teneur quelque peu autobiographique, Chinmay passe de l’enfant capricieux et égoïste à l’adulte responsable et raisonnable, tout ce qu’il y a de plus conventionnel, donc, dans un récit initiatique. La situation sociale de l’enfant (il vit seul avec une mère qui travaille) est cependant très intéressante. Dans une société patriarcale où la disparité homme-femme est des plus effective, l’intention égalitaire et libertaire du propos se devine dans la peinture d’une femme indépendante et émancipée. Cette même volonté d’équité se retrouve dans les rapports de classes que l’auteur évoque, Chimay semblant être d’une caste supérieure à ses amis mais partageant les mêmes valeurs que ses derniers.

Ainsi, malgré le manque d’envergure du récit, LA FORTERESSE possède de grandes qualités esthétiques, tout à fait prometteuses pour son jeune réalisateur.

INFORMATIONS

Affiche du film LA FORTERESSE


Titre original :
Réalisation : Avinash Arun
Scénario :
Acteurs principaux : , ,
Pays d’origine : Inde
Sortie : 7 octobre 2015
Durée : 1h18
Distributeur : Les films du Préau
Synopsis : Chinmay, 11 ans, quitte sa métropole d’origine pour une petite ville du bord de mer. Le jeune garçon a du mal à s’accoutumer à ce nouvel environnement et à s’ouvrir aux autres. Pourtant, dans sa nouvelle école, il va se lier d’amitié avec un groupe de quatre garçons. Une amitié qui les fera grandir…

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