Le , ressortie en salles par le distributeur Carlotta, de 8 films de Kurosawa.
– Le Plus Dignement ★★★☆☆ (notre critique)
– Un merveilleux dimanche ★★★★☆  (notre critique)
– L’Ange Ivre ★★★★★ (notre critique)
– Chien Enragé ★★★★★
– Vivre ★★★☆☆
 ★★★★★ (notre critique)
– Yojimbo (sortie en DVD uniquement, édition par Wild Side) ★★★★★ (notre critique)
– Sanjuro ★★★★☆ (notre critique)
– Barberousse ★★★★★

L’histoire : La famille Akizuki est vaincue et pourchassée par la famille Yamana. Le général Rokurota Makabe (Toshirô Mifune) est en charge de la protection de la princesse Yuki (). Après un moment de réclusion dans une forteresse cachée, ils décident de fuir et de gagner une province amie. Ils s’embarquent alors dans un difficile voyage, transportant le trésor familial : de l’or pour reconstruire le royaume. Deux paysans croisent leur chemin…

déclarera à propos de LA FORTERESSE CACHÉE : « Je voulais faire quelque chose d’amusant, un grand spectacle « 

Il faudrait en théorie, associer cette déclaration au film précédent de Kurosawa, Le Château de l’Araignée ; apparemment l’un des plus sombres du cinéaste…
Ne l’ayant pas vu, je me contenterai d’en extraire quelque chose d’assez révélateur d’une certaine ambition : celle de réaliser un spectacle intemporel, à même de marquer l’histoire du cinéma.

Photo du film LA FORTERESSE CACHÉE

Kurosawa nous raconte d’abord un parcours humain. Pour cela, le cinéaste oppose les caractères et conditions de 4 personnages très différents, et qui forment un groupe auquel on s’attache facilement : d’abord Tahei et Matashichi, drôles non pas par nature mais par leurs caractères et l’ironie de leur situation ; ils sont ainsi deux paysans qui ont tout perdu pour s’engager dans un conflit qui les dépasse, et qu’ils souhaitent fuir. Mais 1/ leur cupidité les incite à toujours effectuer les mauvais choix, et 2/ leur stupidité les empêche de comprendre la plupart des choses, menant souvent à d’hilarants quiproquos.

Ils se confronteront ainsi tous seuls à deux obstacles en apparence infranchissables : l’un physique (la frontière entre deux régions en guerre), l’autre social (accéder à la richesse).
La possibilité de transcender ces deux postulats se présentera lorsqu’ils rencontreront assez fortuitement, Rokurota Makabe/Toshirô Mifune et la princesse Yuki/Misa Uehara. Le premier est un samouraï légendaire (donc par principe, ultra-classe) prêt à tout pour protéger sa maîtresse et par extension, sa richesse. Quant à la princesse, elle possède ces traits également très japonais de la jeune fille protégée du monde extérieur et engoncée jusqu’à l’abstraction dans son statut de nobilité.
–> voir à ce sujet, notre critique du Conte de La Princesse Kaguya

Au centre, la fameuse Forteresse Cachée, vers laquelle convergent puis divergent les personnages, mais également les enjeux du film.

« Je voulais faire quelque chose d’amusant, un grand spectacle »

Akira Kurosawa

Kurosawa joue d’abord sur les oppositions entre ces 4 protagonistes, ainsi que sur l’absurdité de leurs interactions. L’humour qu’il en extrait désamorce la gravité et la noirceur de certains instants, tout comme il façonne notre empathie envers Tahei, Matashichi, Rokurota et Yuki. Une fois cette empathie bien installée, ces 4 personnages interagiront avec de nouveaux et seront confrontés à des situations plus complexes ; cela sera source de nouvelles aventures, mais également d’une certaine émotion.

En filigrane, cette fuite en avant commune sera aussi l’occasion d’éprouver le déterminisme, encore une fois très culturel, qui s’imposait d’emblée à chaque protagoniste. Il y a un beau récit de confiance qui s’installe, de même qu’un discours passionnant sur l’ouverture à l’autre. Il s’agit là d’un trait récurrent chez Kurosawa, cinéaste humaniste s’il en est. Ce discours est d’ailleurs visible très tôt dans sa filmographie, dès Le Plus dignement (1944) ou Qui marche sur la queue du Tigre… (1945). Il atteindra l’apogée dans des films à la portée considérable, comme Barberousse (1965).

La mise en scène de Kurosawa compose de magnifiques tableaux, avec un sens du cadre et de la composition incroyable. On ressent la patience et l’acuité du réalisateur derrière chaque plan (la sortie du brouillard au début du film !), chaque ambiance (le film est pour beaucoup tourné en décors naturels), chaque morceau de bravoure (le combat à cheval, le combat des samouraïs). Sa mise en scène, si puissante soit-elle, est cependant toute entière au service du récit, des personnages, de l’humour, de l’aventure et de l’évasion. On restera ainsi bluffé par la façon dont Kurosawa réduit des concepts complexes à de simples idées « visuelles » à même de marquer l’imaginaire.

Exemple : où l'on comprend l'importance de la forteresse cachée avant même qu'elle soit découverte

Tahei et Matashichi, en fuite, tentent de passer une frontière les séparant du lieu qu’ils souhaitent atteindre. Sauf que cette frontière est en réalité une sorte de toile d’araignée dressée par le vassal local, destinée à piéger tous les pauvres gens (des milliers) qui sont dans la même situation pourrie que Tahei et Matashichi. Le but de ce piège: réunir suffisamment de désespérés, les réduire en esclavage et ainsi déterrer « un trésor inestimable ». Nous comprendrons un peu plus tard que ce que recherche le vassal local, c’est la fameuse forteresse cachée et l’or qu’elle renferme.

Mais une telle foule, avec le bon élément déclencheur, peut vite devenir incontrôlable. Une rébellion fortuite donnera l’occasion à Tahei et Matashichi de s’échapper, mais également par hasard, de tomber sur ladite Forteresse Cachée.

La forteresse cachée (8)

En 10 minutes à peine, presque exclusivement par la simple puissance visuelle, Kurosawa nous présente plusieurs niveaux d’enjeux :
– ceux, modestes, de Tahei et Matashichi,
– les enjeux de ceux qui vivent et survivent dans ce Japon féodal parfois très cruel,
– ceux d’une entité sans visage, allouant des moyens colossaux et immoraux à l’obtention de ce trésor, donnant par ailleurs un indice sur la valeur de celui-ci.
– Puis avant même qu’on les rencontre, on connaît les enjeux des possesseurs de ce trésor : la fuite et la survie, face à cette nemesis prête à tout pour posséder cette richesse inestimable.

Puis, dans l’allégorie, Kurosawa nous parle aussi d’un certain Japon, prêt à de terribles extrémités dans sa volonté de conquête. On en parle un peu plus dans notre analyse de La Pendaison de Nagisa Oshima.

Le scénario est en réalité, extrêmement épuré : aller d’un point A à un point B.
Pourtant, Kurosawa nous invite à comprendre comment les personnages et leurs destinées individuelles sont façonnés par la persistance de l’environnement dans lequel ils évoluent. En transmettant cela par l’Image, il y a un dialogue d’une fantastique universalité qui s’établit entre nous et ce récit d’une autre époque. Cette propension à raconter une histoire par la puissance visuelle ( direction artistique, mise en scène, direction d’acteurs et richesse de l’environnement ) m’a d’ailleurs « rappelé » deux autres excellents films de fuite en avant: Les fils de L’Homme, et Fury Road.

Photo du film LA FORTERESSE CACHÉE

De notre point de vue occidental LA FORTERESSE CACHÉE, est un très grand récit d’aventures. Un film exotique ( le Japon féodal ), construit autour de personnages attachants, nous rendant extrêmement palpable une mythologie riche et complexe, et mis en scène avec un sens de l’organisation et de la cohérence phénoménal.
Akira Kurosawa, en cherchant l’accessibilité par l’humour notamment, parvient à rendre universelle une histoire profondément japonaise – un trait d’ailleurs commun à tous ses grands films, sauf peut-être Ran qui tend vers l’inverse.

Puis, il y a tellement de puissance et de talent dans LA FORTERESSE CACHÉE qu’on perçoit sans mal l’influence qu’il a pu avoir sur d’autres œuvres illustres comme « au hasard », le fameux Star Wars épisode IV. Revoir ce chef d’œuvre de Kurosawa nous amène ainsi tout naturellement, à constater son importance dans l’inconscient collectif.

LA FORTERESSE CACHÉE a été chroniqué dans le cadre d’une rétrospective consacrée à AKIRA KUROSAWA dans le cadre du festival Lumière 2015.

Le FESTIVAL LUMIÈRE sur Le Blog du Cinéma
MARTIN SCORSESE: Analyse de ses films

MARTIN SCORSESE: portrait de l’auteur

Ses films présentés au festival Lumière :

Hugo Cabret (2011)
Les Infiltrés (2006)
Casino (1995)
Le Temps de l’innocence (1993)
Les Nerfs à vif (1991)
Les Affranchis (1990)
La dernière tentation du Christ (1988)
La valse des pantins (1982)
Raging Bull (1980)
New York, New York (1977)
Taxi Driver (1975)
Alice n’est plus ici (1974)
Mean Streets (1973)
Boxcar Bertha (1972)
Who’s that knoocking at my door (1968)

Chroniqués par Georgeslechameau

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AKIRA KUROSAWA : les années Toho

AKIRA KUROSAWA: PORTRAIT

Le Plus dignement (1944)
Qui marche sur la queue du tigre… (1945)
Je ne regrette rien de ma jeunesse (1946)
Un merveilleux dimanche (1947)
– L’Ange ivre (1948)
– Chien enragé (1949)
– Vivre (1952)
– Vivre dans la peur (1955)
La Forteresse cachée (1958)
– Les Salauds dorment en paix (1960)
Yojimbo – Le Garde du corps (1961)
Sanjuro (1962)
– Entre le ciel et l’enfer (1963)

Chroniqués par Georgeslechameau

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8 films de JULIEN DUVIVIER

JULIEN DUVIVIER: portrait de l’auteur

David Golder (1931)
La Bandera (1935)
La Belle Équipe (1936)
Pépé le Moko (1937)
Un carnet de bal (1937)
La fin du Jour (1939)
Panique (1946)
– Le Temps des Assassins (1956)

Chroniqués par Louis

DUVIVIER

quelques films: BAD BOY BUBBY, BLADE RUNNER, LES NÉGRIERS

BAD BOY BUBBY, de Rolf de Heer (1993)

Affiche du film BAD BOY BUBBY

+ CRITIQUE

Titre original : Bad Boy Bubby
Réalisation :
Rolf de Heer
Scénario :
Rolf de Heer
Acteurs principaux :
Nicholas Hope, Claire Benito, Ralph Cotterill, Carmel Johnson
Pays d’origine : Australie, Italie
Sortie :
1 novembre 1995 – (ressortie 11 novembre 2015)
Durée :
1h48
Distributeur :
Nour Films
Synopsis :
Séquestré depuis sa naissance par sa mère, Bubby ignore tout du monde extérieur qu’il croit empoisonné. L’arrivée de son père, dont il était tenu éloigné, va bouleverser sa vie. Le jour de ses 35 ans, Bubby va enfin sortir. Il découvre un monde à la fois étrange, terrible et merveilleux où il y a des gens, de la pizza, de la musique et des arbres…

« Ode à la différence et à l’acceptation de soi. »

Bad Boy Bubby

BLADE RUNNER, de RIDLEY SCOTT (1982)

Blade Runner

CRITIQUE

Titre original : Blade Runner
• Réalisation : Ridley Scott
• Scénario : Hampton Fancher et David Webb Peoples sur une idée de Philip K. Dick (adaptation de la nouvelle « Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? »
• Acteurs principaux : Harrison Ford, Rutger Hauer, Sean Young
• Pays d’origine : USA
• Sortie : 
15/09/1982, ressortie restaurée le 14 octobre 2015
• Durée : 1h57min
• Distributeur : . France
• Synopsis : 
Deckard, flic alcoolique en pré-retraite, est sommé de reprendre du service en tant que « Blade Runner » pour dérouiller des « Répliquants » en fuite, dissimulés quelque part dans un Los Angeles condamné à une nuit pluvieuse éternelle.

« Noir et sensuel, le film plonge le spectateur dans un abîme, au fil d’une enquête au rythme imprévisible. »

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« Avec BLADE RUNNER, Ridley Scott démontre sa capacité à faire du neuf avec de l’ancien. Un paradoxe pour un film de science-fiction.« 

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LES NEGRIERS, de Gualtiero Jacopetti, Franco Prosperi

Les Négriers (3)

+ CRITIQUE

Titre original : Addio zio Tom
Réalisation :
Gualtiero Jacopetti, Franco Prosperi
Scénario :
Gualtiero Jacopetti, Franco Prosperi 
Acteurs principaux :
Gualtiero Jacopetti, Franco Prosperi
Pays d’origine :
Italie
Sortie :
1971
Durée :
2h04min
Distributeur :
Jacques Leitienne
Synopsis :
Faux documentaire sur la traite négrière dans les États-Unis du 19e siècle. 

Atroce, dérangeant, cruel. Les mots ne manquent pas pour qualifier LES NÉGRIERS, dont le titre original est Addio zio Tom (Adieu Oncle Tom). Mais attention, ni le film, ni son propos ne sont immondes. L’horreur réside dans le traitement inhumain qu’ont subi des millions d’Africains déportés et qu’évoque crument ce film. Un choix osé qu’a fait le festival Lumière 2015, laissant carte blanche à Nicolas Winding Refn (Drive, Only God Forgives).

LES NÉGRIERS est un faux documentaire réalisé en 1971 par une deux metteurs en scène controversés italiens, Gualtiero Jacopetti et Franco Prosperi. Il imagine comment les deux cinéastes arriveraient par miracle à atterrir dans les États-Unis du 19e siècle afin d’y tourner un documentaire sur l’esclavage. La forme adoptée est surprenante : des Américains y parlent librement, avec force regards caméra, de la façon dont ils considèrent les Noirs comme étant tout juste des animaux […]

Les Négriers (2)

la cinéaste russe LARISSA CHEPITKO

Un portrait de la Larissa Chepitko

– Chaleur torride (1963)
– Les Ailes (1966)
– Le Début d’un siècle inconnu – composé de L’Ange d’Andrei Smirnov et de Le Pays de l’électricité de Larissa Chepitko (1967)
Toi et moi (1971)
L’Ascension (1977)

larissachepitko

LUMIERE 2014 : Pedro Almodovar

Programmation de Lumière 2014

PEDRO ALMODOVAR :

Pepi, Luci, Bom et autres filles du quartier de Pedro Almodóvar (Pepi, Luci, Bom y otras chicas del montón, 1980, 1h18)
Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ? de Pedro Almodóvar (¿ Qué he hecho yo para merecer esto !!, 1984, 1h47)
Matador de Pedro Almodóvar (1986, 1h45)
La Loi du désir de Pedro Almodóvar (La ley del deseo, 1987, 1h44)
Femmes au bord de la crise de nerfs de Pedro Almodóvar (Mujeres al borde de un ataque de nervios, 1988, 1h35)
Attache-moi ! de Pedro Almodóvar (Átame !, 1989, 1h41)
Talons aiguilles de Pedro Almodóvar (Tacones lejanos, 1991, 1h53)
La Fleur de mon secret de Pedro Almodóvar (La flor de mi secreto, 1995, 1h42)
En chair et en os de Pedro Almodóvar (Carne trémula, 1997, 1h39)
Tout sur ma mère de Pedro Almodóvar (Todo sobre mi madre, 1999, 1h40)
Parle avec elle de Pedro Almodóvar (Hable con ella, 2002, 1h52)
Volver de Pedro Almodóvar (2006, 2h02)
La piel que habito de Pedro Almodóvar (2011, 2h01)

SAGA MUSASHI MIYAMOTO : CRITIQUE des 6 films

PARADIS PERDU, d’Abel Gance: CRITIQUE

OPENING NIGHT, de John Cassavettes : CRITIQUE

Une Femme Dangereuse, avec Ida Lupino: CRITIQUE

Chroniqués par Georgeslechameau

La traversée de Paris

Chroniqué par Louis

lumiere2014 (2)

INFORMATIONS

Affiche du film LA FORTERESSE CACHÉE

Titre original :
Réalisation : Akira Kurosawa
Scénario : Akira Kurosawa, , Shinobu Hashimoto, 
Acteurs principaux : Toshirô Mifune, Misa Uehara,
Pays d’origine : Japon
Sortie: 1948
Durée : 2h19min
Distributeur : –
Synopsis : Un groupe formé d’un général, de deux paysans et d’une princesse qui détient le trésor du clan va tenter de rejoindre un territoire ami à travers les affres de la guerre civile du XVIème siècle japonais.

BANDE-ANNONCE VOST