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‘avais envie d’aimer LA FRENCH. Sincèrement. Je me promettais de passer outre les probables écueils d’une Marseille, ma ville natale et de résidence, dépeinte façon mi-carte postale folklorique, mi-Chicago à la française. Mais malgré toute ma bonne volonté, le long-métrage de ne m’a absolument pas conquis. Loin de là.

Historiquement, cette “French Connection” c’est une organisation imaginée par des malfaiteurs marseillais dès les années 30 pour importer de la morphine-base depuis des pays comme la Turquie ou la Syrie, la transformer dans la cité phocéenne en héroïne et exporter celle-ci aux Etats-Unis. Petit à petit, ce trafic est arrivé à représenter dans les années 70 près de 90% de la consommation d’héroïne américaine (une quarantaine de tonnes par an !). Le film se concentre, “librement inspiré de faits réels”, sur le début de la fin pour cet âge d’or entre 1975 et 1981 pour les gangsters de la French avec l’affrontement entre le parrain de l’époque Gaëtan Zampa et du juge Pierre Michel dont le funeste destin est désormais bien connu. Contrairement au film de William Friedkin sorti en 1971, French Connection, ou de sa suite, on suit ici pour la première fois sur grand écran le versant français de l’affaire et non pas le point de vue d’inspecteurs américains.

C’est Jean Dujardin qui interprète ici le juge Michel, et premier écueil, si on peut apprécier le boulot de l’acteur au début du film dans une scène simple mais percutante le confrontant à une jeune droguée, on regrettera qu’à la moindre touche d’humour du personnage, on se retrouve au final face à l’acteur comique de ses précédents rôles l’ayant médiatisé et non pas face au personnage qu’il incarne : cela peut très rapidement sortir le spectateur du film. Par ailleurs, il reste néanmoins honorable dans son rôle qui porte à près de 50% ce long-métrage. Son opposé, c’est , son compère du film Les Infidèles ou encore de Les Petits Mouchoirs, qui interprète ici sa nemesis le parrain Gaëtan “Tany” Zampa. L’acteur, malgré certains tics reconnaissables mais moins perturbants que pour Jean Dujardin, mène une partition de bonne facture oscillant entre ses facettes de père de famille et mari aimant, d’homme d’affaires impliqué et de gangster violent et caractériel avec une fluidité impeccable.

Photo du film La French

(c) Gaumont

Les rôles secondaires sont un peu plus divers malheureusement. Si Benoît Magimel est un Jacky le Fou convaincant de bout en bout, d’autres sont soit complètement effacés (pauvre quasi-inexistante et peu mise en valeur !), soit des caricatures marseillaises faisant parfois rire le public de la salle dans des moments théoriquement dramatiques. On ne peut pas enlever au réalisateur marseillais Cédric Jimenez (qui a écrit le film avec sa compagne journaliste Audrey Diwan) d’avoir confié à de nombreux acteurs du cru des rôles mais ça ne suffit pas non plus à rendre crédible un film : la qualité de jeu, la direction des interprètes et l’écriture des personnages restent primordiales et manquent cruellement ici.

Ce souci de crédibilité semble néanmoins avoir été au coeur des préoccupations du réalisateur (jusqu’au logo Gaumont de l’époque pour introduire son film). La photographie de Laurent Tangy et le travail du chef-décorateur Jean-Philippe Moreaux nous plongent assez efficacement au cœur de Marseille et de la fin des années 70. Cette ambiance rétro est assez scrupuleusement respectée même aux yeux d’un marseillais : même en faisant très attention, il n’y a rien d’ouvertement anachronique. On devine juste une fois ou deux des immeubles plus récents (pour celui qui le sait seulement) et surtout l’immense difficulté que l’équipe a pu avoir pour tourner avec un rendu authentique dans une ville qui s’est énormément modernisée récemment. D’ailleurs la seule vue que vous aurez du Vieux Port, c’est sur l’affiche du film que vous la trouverez étant donné que le lieu venait d’être entièrement refait lors du tournage en août 2013. Pour les marseillais, cela explique également que l’assassinat du juge Michel soit mis en scène en centre ville de Marseille et non pas sur le boulevard Michelet comme cela a été réellement le cas. Mais rassurez vous : les calanques et la “Bonne Mère” répondent présents pour le côté carte postale !

”Malgré de la bonne volonté et de l’implication, du budget et certains atouts notamment pour la mise en ambiance, le résultat est indigne du plan de communication monstrueux mis en place.”

Comme je l’ai dit au début, je vais passer outre l’aspect carte postale et des caricatures plus ou moins poussées dans le film (car oui, à Marseille on a quand même vraiment de temps à autre des personnes à l’accent marseillais très prononcé et des individus ayant tendance à exagérer) pour plutôt reprocher au film des faiblesses dans sa réalisation et son scénario. Si l’aspect historique est en soi passionnant, avec certains épisodes comme l’altercation avec Jacky le Fou ou la tuerie du Bar du Téléphone, cela est traité de manière bien trop linéaire et manque cruellement de rythme. On ne cherche pas une réalisation clippesque ou de la course poursuite non plus, mais le film reste généralement plat, malgré une volonté affichée d’une réalisation assez dynamique avec un montage assez serré. On notera les scènes d’introduction des personnages principaux avec Jean Dujardin face à la jeune droguée ou Gilles Lellouche face à à son domicile, ainsi que les deux seules et uniques rencontres entre les deux premiers rôles comme seules scènes réellement fortes du film. Assez étonnant d’ailleurs que la scène de la mort du juge Michel qui est tout de même censé être l’aboutissement du film, soit aussi quelconque. Tout le reste est plutôt plat et digne d’un téléfilm peu ambitieux. On peut néanmoins le comprendre étant donné qu’il ne s’agit que du deuxième film du réalisateur, ce qui est forcément un peu détonnant avec un tel sujet, un tel casting et surtout le plus gros budget de l’année pour le cinéma français (26 millions) ! En moins ambitieux et avec le recul guère mieux réussi, j’avais préféré Les Lyonnais d’Olivier Marchal dans un genre et une époque semblable.

Comme je l’ai évoqué dès le début : je voulais aimer LA FRENCH. Mais dans la vie, on n’a pas forcément ce que l’on veut et ce long-métrage en est la preuve : malgré de la bonne volonté et de l’implication, du budget et certains atouts notamment pour la mise en ambiance, le résultat est indigne du plan de communication monstrueux mis en place.

Les autres sorties du 3 décembre 2014

CASTING
Titre original :
Réalisation : Cédric Jimenez
Scénario : Audrey Diwan et Cédric Jimenez
Acteurs principaux : , Gilles Lellouche, Céline Sallette, Mélanie Doutey, , Cyril Lecomte
Pays d’origine : France
Sortie : 3 Décembre 2014
Durée : 2h15mn
Distributeur :
Synopsis : Marseille. 1975. Pierre Michel, jeune magistrat venu de Metz avec femme et enfants, est nommé juge du grand banditisme. Il décide de s’attaquer à la French Connection, organisation mafieuse qui exporte l’héroïne dans le monde entier. N’écoutant aucune mise en garde, le juge Michel part seul en croisade contre Gaëtan Zampa, figure emblématique du milieu et parrain intouchable. Mais il va rapidement comprendre que, pour obtenir des résultats, il doit changer ses méthodes.
BANDE-ANNONCE