Pour son premier long métrage, s’engouffre dans le scandale d’État et les bisbilles technocratiques, attrapant le spectateur au cœur du film-enquête. Dès lors, la curiosité s’éveille à l’aune des œuvres qui ont déferlé ces dernières décennies, puisant dans d’incroyables affaires de corruption, de magouilles et de costauds rebondissements politiques. Et alors que la France s’en trouve particulièrement affaiblie, voilà que LA MÉCANIQUE DE L’OMBRE déboule sur les écrans, chargé de références qui ont entaché la récente chronique hexagonale.

L’affaire est simple, le fragile Robert Duval – , impassible – va sortir de sa léthargique période de chômage pour se retrouver, malgré lui, au cœur des arcanes complotistes de la république, dans de pures fins électorales. Voilà des légendes urbaines, objets de tous les fantasmes, qui alimentent sans cesse les théories les plus ubuesques jamais scrutée dans l’Histoire de notre démocratie. Non pas parce qu’elles semblent dérisoires ou irréelles, mais parce que leurs épaisses couches de mystère s’accordent à ce que bien des secrets soient définitivement enterrés. Tel serait l’argument principal de la LA MÉCANIQUE DE L’OMBREentraîner dans son sillon, le sentiment de toucher du doigt les exactions les plus inavouables de notre classe dirigeante.

Photo du film LA MÉCANIQUE DE L'OMBRE

Pourtant, la machine ne s’emballe, hélas, jamais. Pire, elle donne la désagréable sensation de tourner à vide. Bien que feutrée, photoglacée et séduisante, la mise en scène de Thomas Kruithof manque parfois de subtilité – cuts sur un puzzle pendant que Robert Duval rassemble…« les pièces du puzzle » (!!) – et se perd souvent dans des inserts esthétiques plus que narratifs. Et si tout le monde joue sa partition à fond, la mécanique flamboyante devient poussive, laborieuse et labyrinthique. Le jeu de pistes lancé à ses débuts creuse une sincère curiosité pour cet intriguant manège, où chacun tente de jouer au plus malin, d’anticiper les futurs coups de ses adversaires. Puis, comme dans une mauvaise partie de poker, le film court au tapis aveuglement, sans véritable main.

[bctt tweet= »« L’esthétisme poussé de LA MÉCANIQUE DE L’OMBRE ne l’empêche pas d’être labyrinthique » » username= »LeBlogDuCinema »]

Bien heureux celui qui peut se targuer de reprendre les codes du genre tout en versant une actualité débordante de scandales sans en être lui-même dépassé. Cette réalisation solide pourrait, comme si finalement l’enquête importait peu, trouver son alter-ego à l’américaine. Malheureusement pour Thomas Kruithof, être un metteur en scène à fort potentiel ne suffit pas à combler un scénario qui joue davantage la rétention d’informations, plutôt que sur l’intrusion mystérieuse dans l’antichambre sanguinolente du pouvoir.

Sofiane

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