Claudio, ouvrier dans le bâtiment, travaille sur un chantier dans la banlieue de Rome. Alors que son troisième enfant voit le jour, c’est à la mort de sa femme qu’il est confronté. Une belle leçon de vie sur fond de chronique sociale.

Note de l’Auteur

[rating:6/10]

Date de sortie : 6 avril 2011
Réalisé par Daniele Luchetti
Film français, italien
Avec Elio Germano, Raoul Bova, Isabella Ragonese
Durée : 1h33min
Titre original : La Nostra Vita
Bande-Annonce :

Voilà un drame familial qui devient prétexte à une peinture sociale de l’Italie d’aujourd’hui. Entre milieu ouvrier dans le bâtiment, immigrés et travail au noir, c’est le tableau d’une génération où ressort le portrait d’un homme déterminé et qui s’accroche à la vie, à son travail et à ses enfants, pour traverser l’étape difficile du deuil de sa femme. Sur le même thème du deuil familial et dans le même pays, nous avions déjà le réalisateur Nanni Moretti, dont on peut citer La Chambre Du Fils en 2001, et également ami de Daniele Luchetti. Cependant, alors que Moretti s’empare de son thème – la perte d’un fils – pour faire peser son poids sur la longueur du film, Luchetti dévie les codes et le deuil passe sans gravité, comme un souffle vers autre chose…

L’histoire d’amour entre Claudio et sa femme, enceinte de leur 3e enfant, pourrait se résumer à une chanson italienne, où l’amour se hurle, l’amour se crie. Une vie simple entre courses, famille, vie au chantier, caprices d’enfants, sauts sur le lit. C’est la vie, la Nostra Vita… Ça bouge, ça vit. Puis, c’est le deuil. Vasco naît tandis que sa mère meurt. Une séquence pour faire disparaître celle dont il ne sera plus question ou si peu dans la suite des événements : une séquence vocale aux obsèques où Claudio crie ses larmes, des plans sur son alliance lorsqu’il refuse les avances d’une femme qui se replie alors sur un autre… Même pas sûr qu’elle manque aux enfants qui continuent de réclamer au supermarché des choses qu’ils obtiennent cette fois-ci, enfants trop vite orphelins à qui l’on glisse de l’argent dans les mains. Enfin, on assiste à une autre histoire. Une vie de chantier où l’on se révolte contre les conditions de travail et où d’autres cachent la mort accidentelle d’un gardien. Nouveau deuil étouffé, comme si, à chaque fois, la mort n’avait pas sa place et la vie l’emportait malgré tout. Avancer, atténuer la douleur, parfois le souffle court, dans une vie où la subsistance n’a pas d’autres moyens que de se battre et de magouiller pour un billet.

Citons la performance d’Elio Germano (Claudio), prix d’interprétation masculine à Cannes en 2010 pour cette composition juste et forte. On l’avait vu dans le très bon Respiro en 2002. Il porte ici à bras le corps son rôle et sa petite famille. Il ne suscite aucun apitoiement, juste une admiration dans son combat pour continuer la vie. Le charme de ce film tient en grande partie à son cadre. Filmé dans la banlieue de Rome, les lieux et le chantier sont une transcription fidèle de la réalité. Avec une caméra portée à l’épaule, Luchetti signe un film original et souvent proche de la chronique sociale. Les scènes s’enchaînent, parfois trop brèves et pas assez creusées, comme si cette survie à capturer ne pouvait se mesurer que dans l’urgence et la rapidité de l’action.