Affiche du film LA PART DES ANGES

Un jeune père écossais évite de justesse d’être envoyé en prison; déterminé à se remettre sur le droit chemin, de nouvelles perspectives de carrière se présentent lors de la visite d’une distillerie de whisky…

Note de l’Auteur

[rating:8/10]

Date de sortie : 27 juin 2012
Réalisé par Ken Loach
Film britannique, français, belge, italien
Avec Paul Brannigan, John Henshaw, Gary Maitland
Durée : 1h41min
Titre original : The Angel’s Share
Bande-Annonce :

Ma première rencontre avec le cinéma de Ken Loach, réalisateur britannique habitué des festivals comme celui de Cannes par exemple, s’est déroulé sous les meilleures auspices : autant le dire tout de suite ! Toujours un peu craintif de ces cinéastes primés, La Part des Anges m’a rapidement convaincu. Non pas par une réalisation audacieuse, car ce film est tourné de manière très simple, voire simpliste, avec une réalité et des émotions saisies au vol, de manière très naturelle (et parfois un peu lente), mais justement par le fait qu’il réussit là où la plupart des films traitant de sujets sociaux échouent (notamment en France) : nous interpeller sans sombrer continuellement dans un pathos déprimant et culpabilisateur.

Loin d’être un éxutoire pour spectateurs frustrés de leur bonheur, La Part des Anges présente un groupe de “losers”, habilement introduits dans une succession de plans au début du film, condamnés à des travaux d’intérêts généraux. Rapidement, la cohésion de groupe va se révéler sous la figure paternelle de l’éducateur responsable de l’exécution de cette peine, Henry, interprété par un John Henshaw admirable. Il va mener le jeune Robbie, délinquant le plus violent de cette troupe, à découvrir et apprécier la boisson écossaise par excellence : le whisky, auquel le titre du film fait référence (la part des anges étant l’alcool évaporé pendant le vieillissement en fût).

Photo (1) du film LA PART DES ANGES

Méritant totalement son Prix du Jury du Festival de Cannes de cette année, La Part des Anges distille un message social fort dans un écrin naturaliste et amusant.

C’est ce même Robbie qui sera la pierre angulaire du film. Interprété par un Paul Brannigan habité par son personnage, on le suit dans la médiocrité de sa vie personnelle où sa famille balbutiante (avec la naissance d’un petit Luke) est confronté à la violence de Glasgow et au rejet dû à son échec permanent, notamment par son beau-père. La Part des Anges n’est pas véritablement un road-trip comme on a pu le lire parfois, mais véritablement la quête du bonheur et de la réussite de Robbie. Ses compétences révélées dans le domaine du whisky vont lui permettre de manière amusante et accompagné d’un groupe de véritables Pieds Nickelés (notamment celui interprété par Gary Maitland, cocasse Albert du film) de tenter de s’en sortir par des voies détournées, confronté notamment à un bienvenu Roger Allam, récemment aperçu dans La Dame De Fer, Game of Thrones ou encore La Dame en Noir.

Donnant vie au scénario chirurgical de Paul Laverty qui se permet néanmoins des répliques humoristiques bien senties, Ken Loach oppose la vision de carte postale de l’Ecosse (les étendues vertes, les lacs, les distilleries…) à un réalisme social très cru (l’ultra-violence, la quête d’emploi…) de manière simple et discrète, mais ô combien pertinente. Le propos de la fin du film est d’ailleurs extrêmement cynique : on transforme en happy-end des choses que l’imaginaire populaire estimait totalement normal et légitime quelques années auparavant.

Méritant totalement en mon sens son Prix du Jury du Festival de Cannes de cette année, La Part des Anges distille un message social fort dans un écrin naturaliste et amusant. Attention, on n’est pas ici dans la farce, ni même dans une comédie franche, comme dans L’Irlandais par exemple, mais dans un film social “détendu” et de qualité, avec une histoire légère prétexte à traiter de sujets plus profonds : ce film est une jolie fable, un peu amère, à déguster avec un bon whisky, tout simplement.

Photo (2) du film LA PART DES ANGES