Schneider (Tom Dewispelaere) est lancé malgré lui sur la piste d’un écrivain alcoolique, Bax (Alex Van Warmerdam), coupable, selon son commanditaire, d’infanticide. Le père de deux adorables fillettes y trouve une raison suffisante pour reporter sa journée d’anniversaire afin d’abattre cette crapule de Bax. Pendant ce temps, l’écrivain reçoit sa fille, en pleine dépression.

Sur ces prémisses déjà intrigants, le réalisateur et scénariste Alex Van Warmerdam (qui joue donc également le rôle de Bax), tisse un récit plein de rebondissements, fausses-piste et coups tordus. Après avoir mis en tension les deux personnages principaux, l’auteur joue adroitement avec nos attentes grâce à des personnages secondaires tour à tour obstacles ou associés pour chacun des deux protagonistes, dotés également de sous-intrigues parfaitement emboîtées les unes dans les autres.

Le plaisir principal de LA PEAU DE BAX, vient donc de sa construction scénaristique, surprenante et maîtrisée. Associée à une mise en scène qui exploite judicieusement l’arène ouverte autour de la maison de Bax, un marais envahi par les roseaux.

Photo du film LA PEAU DE BAX

© Potemkine Films

Bien que très bien écrit et réalisé (la direction d’acteurs est réaliste tout en servant le ressort comique des situations), LA PEAU DE BAX souffre d’un défaut qui contamine plusieurs aspects du film. En voulant absolument nous surprendre à tout prix, Van Warmerdam change régulièrement de focale. Si on commence le film par le point de vue de Schneider, on arrive assez vite à s’attacher principalement à Bax jusqu’à l’arrivée de sa fille qui se révèle le personnage le plus riche, celui qui connaît la plus grande évolution le temps du film. Mais cette évolution arrive tardivement et ne remet absolument pas en cause le schéma global du film.

A titre de comparaison, le film Les Cowboys de Thomas Bidegain (sortie le 25 Novembre) présente un changement similaire entre deux protagonistes qui se relaient au mitan du film. Mais Thomas Bidegain est conscient que ce changement est perçu par le spectateur comme un “trauma” (toute proportion gardée). Thomas Bidegain prend donc garde à ménager un sas entre les deux parties de son film, afin de donner au spectateur le temps de s’acclimater à ce basculement. Puis, à la fin du film Les Cowboys , ce passage de relai fait totalement sens. Le tout est même porteur d’une signification plus grande que la somme de ses parties. Ce qui n’est pas le cas pour LA PEAU DE BAX, dont le déplacement du rôle de “héros” sert surtout à complexifier l’intrigue.

“La Peau de Bax déboulonne l’institution familiale avec un solide sens de l’absurde et une bonne dose d’humour noir.”

Cette déstructuration scénaristique n’est évidemment pas mauvaise en soi, mais contribue à diluer le propos de l’auteur. En effet, l’affrontement entre les deux hommes sert surtout à explorer les différents tabous de la famille (inceste, parricide, abandon affectif, etc.). En changeant constamment de protagoniste, Van Warmerdam brouille les cartes de la morale mais empêche aussi le spectateur de s’identifier à un personnage, donc de s’impliquer émotionnellement dans le film.

Photo du film LA PEAU DE BAX

© Potemkine Films

Expérience jouissive pour l’intellect pour sa maîtrise du suspense et son inventivité, Van Warmerdam met le spectateur à distance de ses personnages. Plusieurs éléments secondaires ne sont d’ailleurs jamais expliqués. On peut également analyser certains cadres en plongée comme la volonté de regarder de haut les personnages se débattre dans le marigot de leurs contradictions.

Divertissement cérébral, LA PEAU DE BAX déboulonne l’institution familiale avec un solide sens de l’absurde et une bonne dose d’humour noir. Presque parfait sur bien des points (esthétique, direction d’acteurs, rebondissements de l’intrigue, etc.) le film laisse le souvenir d’une parenthèse. Le marais où se déroule l’affrontement entre les deux hommes est une arène où croupit la fange de la société néerlandaise, mais dont le survivant semble sortir immaculé. Le temps du film les fondements de cette société sont dynamités, puis gentiment remis en place.

Cynisme ultime ou triomphe d’un raisonnement implacable ? Il revient à chacun de se faire une idée.

Thomas Coispel

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[CRITIQUE] LA PEAU DE BAX

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