S‘il y a bien un acteur qui monte en ce moment en France, c’est bien Reda Kateb. On ne peut pas dire qu’il soit un nouveau venu, vous devez vous souvenir l’avoir vu dans le formidable Un Prophète. Pourtant sa véritable éclosion, aux yeux du public, a démarré depuis une ou deux années. Et l’attachant Hippocrate a grandement contribué à l’exposer aux yeux du public lambda. Pour tout vous dire, la raison majeure qui m’a poussé à aller voir le film réside en sa présence, tant l’affection que j’ai pour l’acteur et l’homme est grande. Preuve qu’il a su s’imposer dans le paysage cinématographique français, le film a été écrit pour lui. Un scénario signé par deux autres personnes importantes de notre pays : Thomas Bidegain et Noé Debre, en compagnie de Fred Grivois, réalisateur du film. Excusez du peu.

LA RÉSISTANCE DE L’AIR raconte l’histoire de Vincent, un technicien en réseaux électriques dont la passion est le tir. Avec sa femme et sa fille, il tente de vivre sa vie paisiblement sans faire de bruit. Sauf que la vie n’est pas simple, surtout lorsque le besoin d’argent se fait sentir afin d’accéder à l’épanouissement. Un jour, il rencontre au stand de tir un homme à l’allure très avenante. Une amitié débute entre eux et ce mystérieux homme va proposer une solution pour aider Vincent à trouver de l’argent : un contrat très spécial consistant à utiliser ses capacités en tir pour éliminer des cibles vivantes. Face aux gains et à ses problèmes, il trouve dans cette proposition un moyen d’éclaircir son futur. LA RÉSISTANCE DE L’AIR nous fait plonger dans le monde du tir. Un univers méconnu que l’on prend plaisir à découvrir via ce film et qui compose un cadre exotique pour nous, peu renseignés sur ce sport. Mais il ne faut pas s’attendre à un film d’action. Le scénario parle de notre société sous l’angle réaliste et doit être perçu comme un drame aux accents film de genres. Les ennuis s’accumulent pour Vincent, dans sa vie familiale/sentimentale, pas aidée par l’accumulation de problèmes financiers et une crise toujours à notre porte. Le désespoir s’incarne dans la photographie grisâtre et délavée, par Glynn Speeckaert, où la perspective de voir le soleil resplendir reste à l’état de fantasme. Le versant “tueur à gages” du récit n’occupe qu’un temps minime et manque d’une profondeur psychologique pour pleinement nous emporter. On manque de piquant, de perversion, de tourments. Le seul obstacle moral que va rencontrer Vincent arrivera lorsqu’il aura pour cible une femme et qu’il ne se sentira pas de tirer. Alors qu’avant, tuer un homme avait l’air bien plus simple. On a connu plus complexe…

© Raphaël Creton/Gaumont Distribution

© Raphaël Creton/Gaumont Distribution

S’il échoue comme film noir, LA RÉSISTANCE DE L’AIR est un film efficace comme drame, s’inscrivant dans la lignée du récent La Loi du Marché. Le scénario aborde la question de l’épanouissement bridé à cause de l’aspect financier. Une situation qui englobe bon nombre de français à l’heure actuelle et dont le métrage rend bien compte. Comment entrevoir un avenir radieux si le présent ne consiste qu’à survivre ? Le film fait un beau pied-de-nez à son personnage principal dans la scène finale, où il se retrouve contraint de fuir car sa vie est en danger. Maintenant qu’il a l’argent, il reste sous une menace bien plus importante. Donc sa vie ne sera jamais paisible. Ce long dernier plan, rempli de désespoir, n’ouvre vers aucune perspective viable bien que la famille soit ensemble. Et le film semble nous dire, que malgré tout, l’essentiel c’est d’être ensemble dans la difficulté. Un discours cependant flou, très étrange, à l’image des dernières minutes du film, en forme de faux climax. Le scénario ne s’empare jamais totalement de son postulat de film noir et il faut plus qu’une maigre scène d’action pour créer une tension électrisante. On préfère voir Jacques Audiard plonger les deux pieds en avant dans le vigilante movie avec Dheepan.

“Il manque un petit quelque chose pour faire de ce film, un film pleinement convaincant.”

LA RÉSISTANCE DE L’AIR demeure agréable grâce en priorité à un Reda Kateb encore une fois génial. Le sur-jeu ne semble pas être possible avec cet homme et sa sobriété déconcertante fait de lui un acteur fascinant, affichant une vraie gueule de cinéma et une présence magnétique. En face de lui, Johan Heldenbergh (celui qui vous a certainement fait pleurer dans le magnifique Alabama Monroe) affiche tout son charisme. Il incarne un homme ambigu dont on met du temps à déceler les intentions et face auquel on se demande sans cesse à quel degré prendre ce qu’il dit. Son imprévisibilité et la force qu’il semble renfermer en lui en font un personnage intéressant. Le belle distribution du film se complète avec Ludivine Sagnier assurant son statut de valeur sûre du cinéma français. Il manque un petit quelque chose pour faire de LA RÉSISTANCE DE L’AIR un film pleinement convaincant. Son faux rythme le fait jamais décoller et malgré de bonnes intentions on n’est jamais emporté par l’histoire. Le dernier acte qui se refuse d’embrasser le film de genre pleinement fait perdre le film et nous laisse sur une impression mitigée. Si bien que quand le générique commence, on se senti trahi devant cette fin expéditive, loin d’être à la hauteur des bonnes intentions du projet. On préfèrera retenir les bons points, comme son casting attisant la sympathie.

@Maxime

INFORMATIONS

Titre original : La résistance de l’air
Réalisation : Fred Grivois
Scénario : Fred Grivois, Thomas Bidegain, Noé Debre
Acteurs principaux : Reda Kateb, Ludivine Sagnier, Johan Heldenbergh
Pays d’origine : France
Sortie : 17 juin 2015
Durée : 1h38min
Distributeur : Gaumont Distribution
Synopsis : Champion de tir au fusil, Vincent mène une vie tranquille entre sa femme et sa fille. Jusqu’au jour où des problèmes d’argent l’obligent à remettre en cause ses projets et menacent l’équilibre de sa famille.
Une rencontre au stand de tir avec Renaud, personnage aussi séduisant qu’énigmatique, lui promet une issue grâce à un contrat un peu particulier. Dès lors, Vincent met le doigt dans un engrenage des plus dangereux…

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Chris
Invité
Chris

Si votre critique est juste sur certains points, elle manque cruellement de vista sur beaucoup d’autres. C’est un premier film absolument réussi,noir au possible dans la lignée du cinéma des années 70. Couple sans histoires, manquant petit à petit la leur, étranglés par leur envie de bonheur comme tout le monde et leur dette engagée par la maison qu’ils font construire, sans d’autres moyens que de récupérer son père chez eux, victime d’un AVC, Vincent est approché par ce qu’il ne sait pas être un recruteur rodé dans son Club de tir. Le sachant étranglé par les dettes et sa vie qui commence à mal basculer, il est tout désigné pour accepter ce contrat. Le film nous choppe très vite, pour ne plus nous lâcher grâce à une tension permanente. On se demande à chaque scène où tout cela va le mener, quand va t il basculer, faire une erreur, se faire prendre…
Reda est bien plus à l’aise ici que dans Loin des Hommes. Son jeu laconique convient parfaitement au Paradoxe du personnage. Heldenbergh est formidable aussi. Sagnier est habillée et ça lui va bien. Bravo pour ce premier film, vivement le second.

[CRITIQUE] LA RÉSISTANCE DE L’AIR

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