Le décès de son père oblige un homme à reprendre l’entreprise familiale de prêts à la construction, qui permet aux plus déshérités de se loger. Il entre en conflit avec l’homme le plus riche de la ville, qui tente de ruiner ses efforts. Au moment où il approche de la victoire, il égare les 8 000 dollars qu’il devait déposer en banque. Le soir de Noël, désespéré, il songe au suicide. C’est alors que le Ciel dépêche à ses côtés un ange de seconde classe, qui pour gagner ses ailes devra l’aider à sortir de cette mauvaise passe…

Note de l’Auteur

[rating:7/10]

Date de sortie : 10 décembre 1947
Réalisé par Frank Capra
Film La Vie est belle
Avec James Stewart, Donna Reed, Henry Travers
Durée : 2h09min
Titre original : It’s a Wonderful Life
Bande-Annonce (VO) :

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La Vie est Belle, un classique qui a trompé mon appréhension de voir un film mièvre et daté. Le film produit en 1946, nous surprend par son modernisme et son actualité.

La première scène fait oublier les soixante ans bien tassés de l’œuvre. Franklin et Joseph, deux anges symbolisés par des étoiles, s’interrogent sur le sort de George Bailey. Cet humain songe au suicide et il s’agit de l’en empêcher. Les astres convoquent alors Clarence pour remplir cette mission. Cet ange à la naïveté attachante, voit en ce sauvetage la possibilité de gagner ses ailes. Avant de descendre parmi les hommes, Clarence doit faire la connaissance de celui dont il deviendra l’ange-gardien. Ainsi, nous accompagnons l’ange dans le visionnage des moments forts de la vie de George. Le procédé de narration est étonnamment moderne.

Le film choisit la petite histoire pour raconter la grande, la vie de George Bailey pour l’histoire des Etats-Unis. Les choix auxquels est confronté George sont ceux d’une Nation. Les Etats-Unis d’alors, ceux de la crise de 1929 et de la 2nde Guerre Mondiale, sont en construction. Frank Capra m’a bouleversé par une image symbolisant la nécessité de l’entraide dans la construction d’une vie comme d’un pays. A plusieurs reprises, lorsqu’un personnage est en proie au doute, il stoppe son déplacement et se « freeze ». Alors l’un de ses proches le saisit par les épaules, l’oriente dans la bonne direction, le pousse délicatement dans le dos et le remet ainsi en mouvement. Se résument ici la tendresse et l’humanisme du film de Capra. [pullquote]Frank Capra propose un humanisme qui nous est en quelque sorte imposé par l’interdépendance des hommes.[/pullquote]

A Bedford Falls, ville modeste par sa taille et sa population, George nourrit des rêves d’explorateur : quitter les USA pour l’Europe puis étudier et enfin devenir un grand et riche bâtisseur. De ces rêves naissent des sacrifices : la famille plutôt que l’aventure, l’aide et la solidarité plutôt que l’égoïsme. Dans ce pays capitaliste et bercé des idéaux libéraux, se trouve l’ennemi monopolistique, M. Potter. Les deux hommes partagent des qualités entrepreneuriales et une activité : le prêt. Leurs motivations quant à elles s’opposent. Pour l’un il s’agit du profit, pour l’autre la solidarité. Bien sûr, à l’heure du désaveu du culte de l’endettement nous prenons instinctivement nos distances face à cette adoration du prêt. Cela permet néanmoins de découvrir ce qu’était l’emprunt avant ses dérives.

La malhonnêteté de M. Potter et la malchance renverse la situation et menace George Bailey de banqueroute et de prison. Face à ce danger, George prend conscience qu’il « vaut » plus mort que vivant (« grâce » à son assurance vie). Davantage que le désespoir, c’est cette réalité qui le pousse au suicide. Il y a une vraie critique de l’argent comme mètre étalon d’une vie ; critique qui résonne bruyamment ici et maintenant. Capra souligne ce glissement sémantique de la « valeur d’un homme », les critères moraux font place à la monétarisation de l’homme. La plongée dans le désespoir est poignante. Le personnage est bringuebalé de plan en plan et s’enfonce inexorablement. Le visage de James Stewart se marque à chaque scène un peu plus, presque outrageusement. Une qualité du film est qu’il finit par donner de l’épaisseur à son protagoniste. Certes c’est un bon samaritain, le bienfaiteur de toute une communauté mais également avec ses troubles et ses accès de violence. Il nourrit une amertume face aux sacrifices d’hier et peine à accepter pleinement son présent.

Enfin, la narration raccroche avec son point de départ. Lorsque George s’apprête à se suicider, Clarence apparait et le sauve. L’ange confronte George au monde tel qu’il serait s’il n’avait pas existé. Il découvre un monde dominé par la cupidité. Les divertissements sont désormais les jeux et les femmes, son entreprise n’existe plus, son frère est décédé et ses amis le pourchassent. De cette expérience, il tire un profond amour de la vie, il surplombe alors tous ses problèmes et n’a plus qu’une seule envie : retrouver femme et enfants.

Frank Capra propose un humanisme qui nous est en quelque sorte imposé par l’interdépendance des hommes. Nous redécouvrons par ce film les idéaux originaux des Etats-Unis, le libéralisme, l’humanisme et ce droit (constitutionnel) à la recherche du bonheur.