Un jour, il n’y a pas si longtemps, une petite fanfare de la police égyptienne vint en Israël. Elle était venue pour jouer lors de la cérémonie d’inauguration d’un centre culturel arabe. Seulement à cause de la bureaucratie, d’un manque de chance ou de tout autre concours de circonstance, personne ne vint les accueillir à l’aéroport. Ils tentèrent alors de se débrouiller seuls, pour finalement se retrouver au fin fond du désert israélien dans une petite ville oubliée du monde. Un groupe de musiciens perdu au beau milieu d’une ville perdue. Peu de gens s’en souviennent, cette histoire semblait sans importance…

Note de l’Auteur

[rating:8/10]

Date de sortie : 19 décembre 2007
Réalisé par
Film israélien
Avec , ,
Durée : 1h26min
Titre original : Bikur Ha-Tizmoret
Bande-Annonce :

Une fanfare (huit fanfarons !) de la police égyptienne se rend en Israël pour inaugurer un centre culturel arabe. Par un concours de circonstances malheureux, les musiciens se retrouvent livrés à eux-mêmes pour mener à bien leur mission de départ, ce voyage en théorie sans encombre prend des allures de périple au long cours, truffé de situations cocasses et non moins extraordinaires !

Eran Kolirin, autodidacte épris du métier dans les salles de montage où travaillait son père, fait preuve d’une érudition presque infaillible dans les mécanismes du dispositif cinématographique. Sous des simulacres d’une mirifique simplicité, son premier opus aborde sans faux-semblants la complexité du monde et des sentiments.
Partant d’un sujet somme toute simpliste, le scénario possède cette envergure dramatico-vaudevillesque inhérente aux plus belles fables contées par le cinéma. Le spectateur aguerri humera les effluves ‘trublionesques’ d’un art indompté et indomptable pratiqué par les cinéastes que sont , et même (l’épisode du skate-dancing est un modèle du genre !)

La réalisation sobre (proche d’une épure par trop accomplie !) embarque le spectateur au cœur d’une histoire qui polarise ses motifs sur les inextricables conflits émotionnels entre les personnages.
Gardons à l’esprit le contexte géopolitique d’une région en proie à des sensibilités religieuses et culturelles complexes, au profit d’accords de paix signés en 1979. Le film souligne avec une délicatesse à peine feinte l’échec d’une politique communautariste intransigeante, et réussit subrepticement à faire tomber les masques et abattre certaines barrières l’espace d’un repas surréaliste.

Si en Occident on est un ‘individu’ au sein de la société – et seulement dans les sociétés occidentales, le terme d’individu a un sens et une réalité-, dans les univers communautaires, la ‘singularité’ et non l’individu n’existe que dehors, en marge de la communauté, quelque part dans un désert, où elle tourne dans la périphérie de la vie commune.
Eran Kolirin transpose judicieusement cette singularité par le prisme du corps actorial, Sasson Gabai et Dina Elkabetz sont les flambeaux de cette singularité, évoluant dans cette réalité douce-amère de l’amour en abîme qui métamorphose le présent (le jeu de la séduction) en une forme de contemplation salutaire.

Au milieu de ce corps actorial émerge Papi (), son personnage agira comme l’ingrédient idiosyncratique de l’histoire, un point d’ancrage pour deux cultures différentes, un agent de liaison gravitant autour de sensibilités radicalement antinomiques.
Son comportement semble fixé dans le temps et l’espace, sa permanence contraste avec l’impermanence de Haled (Saleh Bakri).

Dans l’épisode où apparaît la première fois Dina (Ronit Elkabetz), Eran Kolirin met en scène la rencontre de deux mondes, et place ce personnage au centre de cet univers – son caractère se dessine, par ses mains posées sur les hanches, dans l’entrebâillement de la porte de son troquet, et sa position par rapport aux deux clients attablés suggère la prégnance d’une posture conquérante.
Son regard croise celui de Tawfiq (Sasson Gabai), et par cet échange de regard s’enfantera une relation insolite.

Cette fanfaronnade visite évite soigneusement les clichés aguichants, et illustre par une forme de maestria germante la cohérence d’une démarche profondément sincère, dont le propos ne déborde jamais du cadre proprement et stylistiquement cinématographique.
Je me remémore cette réflexion du taxidermiste s’adressant à Mr. Badi-î, dans () : « Si tu restes, tu es mon ami ; si tu pars, tu restes mon ami… Mais l’amitié c’est de sauver la vie. »