Après son premier film Les Mains Libres qui était déjà en rapport avec l’univers carcéral, revient avec une nouvelle réalisation L’ASTRAGALE, libre adaptation du roman autobiographique d’ parue en 1965.

Le film s’ouvre sur une séquence improbable, une jeune femme se dresse au sommet d’un mur qu’on devine celui d’une prison. Elle n’a d’autre choix que de sauter et dans l’affaire elle se casse un petit os du pied : l’astragale. En rampant, elle parvient jusqu’à la route où elle est secourue par Julien, un jeune délinquant au cœur tendre. Une relation amoureuse ambiguë et destructrice va rapidement se construire entre les deux protagonistes.

Malgré une photographie impeccable et une reconstitution en noir et blanc très soignée du Paris des années 1950, le film peine véritablement à se lancer. On a l’impression qu’il va prendre son essor plusieurs fois mais à chaque fois il se retrouve entrecoupé par des scènes superflues. Les dialogues assez fades des personnages secondaires (notamment ceux avec Nini) n’abondent également pas dans ce sens.

Mais contre tout attente, il finit par charmer par le biais de rencontres saisissantes et imprévues (comme celle avec le photographe). Le style, tout en sobriété renforce cette sensation de beauté fugace et évanescente, de cet amour à peine naissant et déjà condamné. Albertine n’est pas née pour être heureuse, c’est une certitude. Cette fatalité se traduit par une solitude grandissante du personnage, qui retombe dans ses vices. Telle une fugitive traquée, elle se pare d’une personnalité fictive qui masque ses angoisses, ses douleurs, ses chagrins. Elle ne parvient pas à vivre tout simplement.

Souvent délaissée, elle s’adonne à la prostitution, fume cigarettes sur cigarettes et descend des carafes de rouge avec une précipitation avide d’oublier son quotidien de fugitive, sans avenir et au passé douloureux. Sous son apparence coriace et âpre et son attitude farouche et opiniâtre, Albertine cache une fragilité délicate qu’elle tente d’extérioriser à travers son amour pour Julien et sa passion des mots.

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La performance de reflète adroitement ce mal-être persistent qui lui empoisonne l’existence au point de la consumer. Néanmoins, le choix (délibéré ?) de nimber l’héroïne d’une aura de froideur agit comme une barrière qui freine la compassion et empêche la compréhension. Pourquoi se prostitue-t-elle même quand rien ne l’y oblige ? Est-elle désabusée ? Indifférente ? Impossible de trancher.

Incarnation d’une femme brisée, en manque d’amour et habitée d’excès, la partition de l’actrice finit par intriguer plus qu’elle ne touche. On ne ressent cette marginalité et cette fragilité que la réalisatrice cherche à retranscrire que par période.

”Pourquoi se prostitue-t-elle même quand rien ne l’y oblige ? Est-elle désabusée ? Indifférente ?”

Cette fragilité, c’est finalement qui l’incarne le mieux. (vu dans Un Prophète et plus récemment dans Lost River et le superbe Loin des Hommes). Impeccable comme toujours, il insuffle ce petit supplément d’âme qui provoque l’émotion. Tantôt distant, tantôt tendre, il incarne poétiquement l’amant attentionné mais souvent absent. Un seul regret, il aurait mérité d’être plus mis en valeur car sa seule présence suffit à sublimer le récit, par ailleurs assez pauvre.

L’ASTRAGALE m’a profondément divisé. D’un côté, j’ai apprécié la beauté simple du film et le style sobre et distingué de la réalisatrice, mais d’un autre, je regrette un peu ce manque d’ambition qui me laisse sur ma faim. Ne vous méprenez pas, « Astragale » est une œuvre intelligente et efficace mais sans un formalisme trop appuyé l’hommage à Albertine Sarrazin aurait pu être encore plus fort.

Les autres sorties du 8 avril 2015

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INFORMATIONS


8 avril 2015 - L'astragale

Titre original : L’Astragale
Réalisation : Brigitte Sy
Scénario : d’après le roman l’Astragale d’Albertine Sarrazin
Acteurs principaux : Leïla Bekhti, Reda Kateb
Pays d’origine : France
Sortie : 8 avril 2015
Durée : 1h37min
Distributeur : Valoria Films
Synopsis : Une nuit d’avril 1957. Albertine, 19 ans, saute du mur de la prison où elle purge une peine pour hold-up. Dans sa chute, elle se brise l’os du pied : l’astragale. Elle est secourue par Julien, repris de justice, qui l’emmène et la cache chez une amie à Paris. Pendant qu’il mène sa vie de malfrat en province, elle réapprend à marcher dans la capitale. Julien est arrêté et emprisonné. Seule et recherchée par la police, elle se prostitue pour survivre et, de planque en planque, de rencontre en rencontre, lutte au prix de toutes les audaces pour sa fragile liberté et pour supporter la douloureuse absence de Julien…

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