LE COMBAT ORDINAIRE c’est avant tout une bande-dessinée écrite par Manu Larcenet, et publiée en quatre volumes, dont le succès public et critique a marqué le petit monde de la bd depuis le début des années 2000. Malgré ce succès et son potentiel, l’auteur avait toujours été réticent à une adaptation au cinéma, risquant de dénaturer son œuvre éminemment personnelle.

C’est finalement le réalisateur Laurent Tuel qui décroche le droit d’adapter en long métrage l’histoire de Marco, photographe de guerre, éternel angoissé, en pleine crise existentielle et professionnelle, qui, exilé loin de Paris, tente de se retrouver et de se reconstruire. LE COMBAT ORDINAIRE c’est ce processus pour le personnage qui va tenter de surmonter son mal-être, se réapproprier son histoire et construire son futur par la rencontre de différents personnages, inconnus ou non. De ses parents au gentil vieux, en passant par la jolie vétérinaire, Marco discute, apprend et se bat pour avancer.

Dans une adaptation plus sombre et intimiste, le réalisateur a retracé l’angoisse de ce personnage, en observant son évolution par ses tranches de vie, suivant plus ou moins la structure en volumes de la bande-dessinée, permettant au film de se concentrer sur « l’essentiel ».

© Haut et Court

© Haut et Court

Il est souvent difficile de juger une adaptation, chacun en attendant un résultat différent. Le fan exigera une fidélité absolue, tandis que le novice voudra simplement un bon film pouvant lui faire découvrir l’œuvre originale. Dans ce contexte une adaptation de bd doit-elle être une simple recopie d’un quasi story-board ? Ici Laurent Tuel prend le risque, avec mérite, de s’écarter suffisamment du support premier, pour donner au film sa propre identité. Ainsi par exemple, l’humour est moins présent et plus noir ; et certaines séquences cultes de la bande-dessinée sont simplement évincées. Cependant le réalisateur parvient à s’écarter de la bande-dessinée tout en conservant de fortes références, parfois même explicites, qui dépassent le simple fan service. On retrouve ainsi des répliques directement tirées de la bd et des reproductions de certaines de ses idées visuelles.

La qualité du COMBAT ORDINAIRE tient en partie de la qualité de son casting. Nicolas Duvauchelle en premier lieu est touchant de sincérité, réellement vibrant, il incarne à merveille MarcoMaud Wyler, l’interprète de Emilie, est elle aussi troublante, au prise avec les angoisses et le mal-être de son compagnon. L’ensemble des interprètes secondaires sont eux aussi géniaux, et participent au réalisme et à la justesse du portrait familial et sociétal qui est brossé.

« Réussi en tant que film. Une bonne adaptation pour ce qu’elle a d’original. Mais reste en demi-teinte pour ce qui n’est pas capturé. »

Car LE COMBAT ORDINAIRE n’est pas simplement une incursion dans l’angoisse du personnage. C’est surtout un portrait large vu par ses yeux désenchantés. Ici les rencontres de Marco parlent de la vieillesse et de la maladie, dressent la photographie d’une France industrialisée en perte de vitesse, abordent le sombre passé français etc. C’est dans ce contexte et par celui-ci qu’a lieu ce combat ordinaire, et le long métrage de Laurent Tuel réussit à faire ressentir cela. Il ressort néanmoins de la version cinéma un sentiment d’inachevé et d’incomplétude par rapport à la très dense œuvre originale, comme si quelque chose ne parvenait pas à être capturé par le film. Ce sentiment vient notamment de la quantité de personnages gravitant autour de Marco, et qui donc ne peuvent pas recevoir en 1h30 la même qualité de traitement. Certains ne venant alors que se perdre dans le récit et ne marque que par leur relative inutilité ou leur artificialité scénaristique. Un travail plus poussé de réécriture de certains personnages aurait pu être nécessaire, comme par exemple Bastounet qui est peu utile dans le film, contrastant avec un Pablo réussit, nécessaire et magnifique. Finalement c’est donc lorsque que le réalisateur s’attache à être le plus fidèle à la bande-dessinée qu’il se perd et déséquilibre son récit.

© Haut et Court

© Haut et Court

Laurent Tuel parvient à très bien gérer les allers-retours dans le récit et entre les différents récits racontés, donnant toujours au film une certaine lisibilité, loin d’une confusion qui pourrait ressortir d’une transcription de l’œuvre d’origine. Cependant c’est par quelques excès récurrents de mise en scène que le film pêche. On trouve ainsi des zooms brutaux, peu esthétiques venant pour marquer l’impact d’une phrase ou le changement de perception d’un personnage, manquant donc de subtilité et ne se révèle pas être nécessaires ; ou encore des ralentis qui, au contraire, en deviennent trop esthétisés et manquent d’originalité.

LE COMBAT ORDINAIRE est donc en tant que long métrage une certaine réussite, notamment grâce à l’importance et la largesse du propos issu de l’œuvre d’origine ; et par son superbe casting qui marque profondément le film, en particulier dans un récit où les personnages secondaires ont une telle importance. C’est en outre une bonne adaptation pour ce qu’elle a d’original et d’identité propre, mais qui reste cependant en demi-teinte pour ce qui n’est pas capturé.

Le paris était difficile, saluons néanmoins le travail de Laurent Tuel, qui livre ici un bon film, teinté d’émotions et d’humour. Pour les novices n’hésitez pas à découvrir la bande-dessinée !

Les autres sorties du 15 juillet 2015

INFORMATIONS


570356.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx

Titre original : Le Combat Ordinaire
Réalisation : Laurent Tuel
Scénario : Laurent Tuel
Acteurs principaux : Nicolas Duvauchelle, Maud Wyler, André Wilms, Liliane Rovère
Pays d’origine : France
Sortie : 15 juillet 2015
Durée : 1h40
Distributeur : Haut et Court
Synopsis : « Le combat ordinaire » c’est le combat de Marco, jeune trentenaire, un brin bourru, mais animé de bonnes intentions et qui, à partir de petites choses, de belles rencontres, d’instants précieux, souvent tendres, parfois troublants, va se reconstruire et vaincre ses vieux démons.

BANDE-ANNONCE