L’intrigue du CONVOI est plutôt simple. Un convoi de quatre voitures doit remonter plusieurs kilos de drogues, de Malaga, dans le sud de l’Espagne, jusqu’à Paris. A distance suffisante les unes des autres, se trouve une voiture pour ouvrir la marche, deux autres pour transporter la marchandise et une dernière pour surveiller les arrières. Sur la route il y aura des complications ; un incident et voilà que surgit le manque de confiance et la paranoïa chez certains.

Ce scénario, mêlé, au début, à une imagerie jaune très léchée, faisant contraste avec des voitures noires style Berlines qui évoluent dans un décors de palmiers, aurait pu se rapprocher d’un des Michael Bay des années 1990 (façon Bad Boys) ou bien d’une des productions de Luc Besson (façon Transporter). Des films totalement décomplexés, pas forcément d’une grande qualité, mais qui au moins parviennent à divertir. Évidemment on ne s’attend pas à ce que ce soit le parti-pris de – qu’au final on aurait peut-être préféré.

Au cours du voyage du convoi, la lumière change, moins marquée, se dirigeant vers quelque chose de plus sombre, en passant par une couleur bleutée particulièrement artificielle, et voilà que tente de se la jouer Michael Mann. Seulement n’est pas Mann qui voudrait. Et certainement pas Schoendoerffer. Il ne suffit pas d’un acteur plutôt charismatique comme – très bon lorsqu’il s’agit de jouer de sa présence mais bien seul au milieu d’une distribution décevante, au mieux mal dirigée, au pire…- et de jouer la carte du réalisme appuyé dans quelques scènes d’actions pour trouver l’énergie qu’insuffle le réalisateur américain dans chacune de ses œuvres.

Avec cette idée de construire LE CONVOI autour d’un trajet en voitures, on peut penser à Collatéral de Michael Mann (mais aussi au film éponyme de Sam Peckinpah ou au Convoi de la peur de William Friedkin, sans parler de Mad Max : Fury Road) où un chauffeur de taxi est contraint de conduire un tueur à gage à chacun de ses rendez-vous meurtriers. Une intrigue plutôt mince qui trouvait tout son intérêt dans l’interaction entre les deux protagonistes, leur évolution et l’empathie provoquée sur le spectateur, mêlés au suspense quant à la finalité de ce parcours. Principal problème, Frédéric Schoendoerffer s’évertue à essayer de rendre ses personnages intéressants, ou du moins à vouloir arrondir les angles pour qu’ils apparaissent moins mauvais. Cela par des artifices. Comme évoquer la mère de l’un, le futur mariage d’un autre, ou encore, pour un dernier, l’obligation d’agir dans l’illégalité pour sauver son père. Difficile à accepter tant ces personnages restent, à la base, une bande de petites frappes qui gagnent leur vie dans le trafic de drogues. La faiblesse des dialogues, qui voudraient se la jouer mais ne font que tomber dans le vulgaire, à coup de « nique sa race », « bats les couilles » et autre « fils de pute », n’aide évidemment pas à éprouver la moindre estime pour ceux qui les disent.

« LE CONVOI tente de se la jouer Michael Mann. Seulement n’est pas Mann qui voudrait. Et certainement pas Schoendoerffer. »

N’évoquant même pas une possible rédemption (ou du moins pas assez), n’hésitant pas à faire violence sur quiconque les approche, ils en restent pour le moins antipathiques. Vu dernièrement, Enragés d’Eric Hanezo adoptait également une forme de huis clos en voiture. Il trouvait alors, en dépit de ses défauts – mais avec au moins une proposition cinématographique marquée – le moyen d’émettre une ambiguïté dans notre jugement de chacun des personnages ; bons (les otages) comme mauvais (les braqueurs). Là où, avec LE CONVOI, on ne porte jamais d’intérêt à des protagonistes clichés et grossiers (dans tous les sens du terme).

Dès lors, il ne reste du CONVOI que l’attente, de par notre morale, d’assister à une arrestation des convoyeurs. Il faut malheureusement faire preuve de patience pour cela. Sans grande trame scénaristique, on reste spectateur de voitures qui roulent sur l’autoroute. Si Schoendoerffer prend vraisemblablement beaucoup de plaisir à les filmer, ce n’est pas le cas pour nous qui observons passivement. Et ce n’est pas en passant d’un véhicule à un autre, avec une logique dans le montage par les communications au téléphone entre les voitures, qu’on parvient à suivre le rythme. Un mince retournement de situation et une grosse fusillade plutôt réussie dans le style mannien, ne suffisent pas à maintenir l’intérêt durant les deux heures de route (la durée du film, dont l’intrigue s’étend sur une journée) qu’il faudra encaisser.

Pierre Siclier

D’ACCORD ? PAS D’ACCORD ?

LES AUTRES SORTIES DU 20 JANVIER 2016
Legend, Made in France,The Danish Girl, Les Chevaliers blancs, Miss You Already, Paris Willouby, etc.
INFORMATIONS

Affiche du film LE CONVOI

Titre original : Le Convoi
Réalisation : Frédéric Schoendoerffer
Scénario : Frédéric Schoendoerffer,
Acteurs principaux : Benoît Magimel, ,
Pays d’origine :
Sortie : 20 janvier 2016
Durée : 1h42min
Distributeur : 
Synopsis : Organisés en go fast, sept hommes, répartis dans quatre voitures, convoient une tonne trois cent de résine de cannabis au départ de Malaga au sud de l’Espagne. Direction Creil en banlieue parisienne. Mais pour Alex, Yacine, Majid et les autres, ce qui aurait dû être un convoi ordinaire va devenir un convoi fatal. Sept homme mais très vite une femme aussi, Nadia, une jeune touriste française qui remonte d’un voyage au Maroc, embarquée malgré elle dans l’aventure parce qu’elle était au mauvais endroit au mauvais moment. Une plongée au cœur du trafic, le temps d’une journée, avec les hommes qui en vivent.

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