On a tendance à oublier que dans les années quatre-vingt dix, les majores américaines telles que la Fox ou Universal, disputaient au mastodonte son statut de maître incontesté du blockbuster d’animation. Le jeune public d’aujourd’hui aura l’occasion de découvrir cette semaine Le Géant de Fer, un petit chef-d’œuvre en la matière, élaboré par la Warner Feature Animation en 1999. Belle idée de ressortie en version remastérisée, qui tombe à point nommé pour les vacances de Noël, et nous permet de replonger dans cette première réalisation signé , où cet éternel gamin transmettait déjà avec tendresse et espièglerie son amour pour la science-fiction, avant Les Indestructibles et À la poursuite de demain.

On constate ici que Brad Bird a déjà emmagasiné et digéré une quantité de références à la culture populaire dont il dégage ici un récit rythmé, où la distance de l’humour ne nuit jamais à l’implication émotionnelle. En choisissant pour toile de fond la guerre froide qui nourrissait à la fin des années cinquante, les peurs de l’inconscient collectif américain, le cinéaste inscrit son œuvre dans une lignée de divertissements familiaux, identifiables d’emblée. On pense bien évidement aux pièces maîtresses contemporaines à l’époque citée (Les Envahisseurs de la planète rouge, Tobor), mais également à leurs héritiers, dont la figure de proue est évidement E.T, l’extraterrestre. La parenté avec le film de Spielberg est évidente puisque Bird choisit également de traiter cette histoire d’amitié à hauteur du regard de son jeune protagoniste, nous invitant ainsi à retrouver notre âme d’enfant, portée par l’innocence et le goût de l’aventure.

image du film Le Géant de Fer

Le Géant de Fer : attachant mais…encombrant !

Bird joue avec des éléments dramaturgiques qui de prime abord, semblent des archétypes trop évidents pour être totalement sincères. De l’absence du père (très Spielbergienne là encore) à la recherche d’une nouvelle figure paternelle (décidément), le contexte affectif dans lequel est présenté la modeste vie du jeune Hogarth utilise les recettes classiques et efficaces, pour nous lier d’affection avec ce gamin rêveur coincé dans sa petite bourgade du Maine. Autour de lui gravite un monde d’adultes, croqués comme des caricatures de l’époque, pour mieux mettre en relief le point de vue d’Hogarth, en avance sur l’intrigue par rapport à ces individus bornés. Une mère serveuse de dinner, un général aux traits sévères, un enquêteur fédéral hystérique et paranoïaque, un vieux marin que toute la ville croit fou; soit une multitude de personnalités dont on redoute la confrontation avec le géant de fer. Il se détache cependant de cette vision critique des adultes, une relation positive avec le personnage de Dean, apportant à la fois un souffle contestataire très rock’n’roll et une ouverture d’esprit détonante dans cette société belliqueuse.

« Éternel gamin, Brad Bird nous transmettait avec tendresse et espièglerie son amour pour la science-fiction. »

Une formule scénaristique parfaitement rodée, qui n’empêche pas pour autant la poésie de s’installer. Cette poésie provient de la combinaison à l’écran de l’esthétique géométrique et uniforme du géant avec les couleurs automnales et chaudes de la forêt environnante. Le mariage s’opère par l’association de l’animation dite classique marquée par un style graphique typique de la fin des années quatre-vingt dix (on retrouvera chez Disney, un style similaire dans le dessin des personnages d’Atlantis et La Planète au trésor) et l’utilisation des images de synthèse afin de donner une dynamique différente au géant. On peut voir ici un hommage de Brad Bird aux effets spéciaux des productions des fifties, maquettes et autre stop-motion que les cinéastes de cette génération considèrent avec nostalgie. L’hommage apparaît également dans un travail sur le son, où une oreille attentive reconnaîtra des bruitages dignes des kaiju eiga, ces films de monstres emblématiquement de l’époque du péril atomique, dont Godzilla est l’un des exemples les plus illustres.

Le Géant de Fer est au final un concentré fétichiste élaboré par un réalisateur qui s’identifie totalement à son jeune protagoniste. Tout ce qui faisait l’essence de la science-fiction pop d’une époque rejaillit dans l’emballage coloré d’un cartoon. On retrouve la fascination d’une génération à l’égard d’objets tangibles et ancrés dans le quotidien, tels les comics et le pistolet laser jouet d’Hogarth , mais également d’objets plus lointains et plus propices encore au fantasme, tels le satellite Spoutnik et diverses formes ou matières métalliques que notre imaginaire de lecteur, de spectateur et de téléspectateur associe à des civilisations extraterrestres. Le fantasme peut même passer par un simple mot, comme lorsque l’enquêteur fédéral annonce être envoyé par « Washington »; pas besoin de préciser quel service et quelle fonction, si on cite le nom de la capitale, on pense immédiatement à des dossiers confidentiels, des téléphones rouges et des secrets d’état; bref, on sait que ça ne plaisante pas.

Warner Feature Animation a parfaitement saisi ici l’intérêt de proposer au public, un divertissement imprégné de culture populaire, à savoir utiliser et assumer l’état d’esprit paranoïaque de la course à l’armement et de la conquête spatiale, pour en dégager le message optimiste d’une histoire d’amitié hors norme.

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