La vie de deux frères est soudain bouleversée par la réapparition de leur père, dont ils ne se souvenaient qu’à travers une photographie vieille de douze ans. Est-il vraiment leur père ? Pourquoi est-il revenu après tant d’années ? Les enfants chercheront des réponses à leurs questions sur une île déserte et désolée, après un voyage avec cet homme dont ils ne savent
rien. La beauté rude des lacs et forêts du Nord ajoute une dimension particulière au drame humain qui se déploie sous nos yeux.

Note de l’Auteur

[rating:8/10]

Date de sortie : 26 novembre 2003
Réalisé par
Film russe
Avec , ,
Durée : 1h46min
Titre original : Vozvrashchenie
Bande-Annonce :

est le récit odysséen de deux jeunes garçons, Ivan et Andrey, demeurant auprès de leur mère et leur grand-mère dans une bourgade du littoral russe, qui assistent au retour de leur père, décampé du foyer conjugal douze années auparavant.
Ce père, dont le prénom ne sera jamais révélé, emmène ses deux fils dans la taïga profonde pour une partie de pêche.

Andrei Zvyagintsev, jeune cinéaste de Russie – partie du monde qui a enfanté Sergueï Eisenstein, Nikita Mikhalkov, – réalise ici son premier long-métrage, perpétuant de la plus belle des manières les qualités intrinsèques du cinéma ‘slave’, un cinéma profondément ancré dans les racines de l’orthodoxie.
Le Retour est en cela un parangon du genre, fusionnant vertueusement les quatre éléments avec ce souci constant de rester accolé aux balafres psychologiques des personnages.

Konstantin Lavronenko (enrôlé à nouveau par Andrei Zvyagintsev dans son deuxième opus ) incarne ce personnage mystérieux, quasi-mystique, que rien ne semble ébranler, pas même les humeurs de rébellion que lui inflige son fils cadet. Andrey agit comme l’électron libre, il navigue tant bien que mal au milieu des eaux tumultueuses et conflictuelles, sans vraiment s’embarrasser d’une quelconque prise de position.
Transhumance initiatique et spirituelle, Andrei Zvyagintsev transpose, par cette quête trigonale ontologique, l’ésotérique chef d’œuvre de Andreï Tarkovski : . Ce cheminement vers la Terre Promise, cette absolution du passé, cette poursuite du bien-être absolu, lient intrinsèquement les trois personnages au travers d’une méditation énigmatique et pénétrante.

Réduire la mise en scène de Andrei Zvyagintsev à une forme simplement contemplative de son art serait un postulat de mauvais goût. Son cinéma regarde et invite le spectateur à contempler ce qu’il voit, avec lenteur et persévérance. L’épisode du père abandonnant Ivan en chemin aux abords d’un pont qui surplombe une rivière constitue la charnière diégétique et métaphorique du film. Le cinéaste démontre sa maîtrise fascinante dans la durée de ses plans et leurs découpements dans l’espace.
A la manière de , la relation entre les personnages naît des plans larges qui traduisent le respect porté aux spectateurs, l’ensemble fonctionnant sur des histoires simples. Sa mise en scene intègre le spectateur comme un être intelligent. Cette séquence transcende mystiquement l’âpreté du conflit relationnel entre Ivan et son père, utilisant la caméra subjective pour filmer ce plan large sur ce filament de vie représenté par le cours d’eau, sous une pluie diluvienne, allégorie des tourments intérieurs, avec en point d’orgue la désaturation des couleurs pour encore mieux suggérer cet état latent de souffrance.
Le cinéaste symbolise ce naturalisme par la fusion des quatre éléments : Ivan assis à même le sol (la Terre), sous une pluie torrentielle (l’Eau), dans la taïga sauvage (l’Air), avec cette rage intérieure d’avoir été abandonné une seconde fois par son père (le Feu).
La caméra pique littéralement son objectif sur Ivan, figure alors indissociable de la Nature. Les sujets, par ces plans en plongée – composante stylistique essentielle du cinéma européen qui interpelle l’intellect, à l’opposé de la stylisation en contre-plongée plutôt naïve du cinéma hollywoodien- s’enracinent dans la Terre. Le pont, pivot psychologique et moral adopté par Andrei Zvyagintsev, agit comme l’observatoire luminescent de la vie, et passerelle symbolique entre les tensions affectives.

La plupart des films racontent les histoires dans une veine classique, de la littérature imagée en somme, usant de la trame discursive comme modus operandi, une narration engoncée dans les normes conventionnelles. Mais quand une histoire naît de l’image, sans avoir un style narratif stéréotypé, le spectateur contribue à la construction du récit, en utilisant sa propre histoire, ses propres acquis, sa propre expérience.
, réalisateur italien, formulait au sujet du cinéaste – cinématographe en l’occurrence, notion chère à : la première génération de cinéastes regardait la vie et faisait des films ; la deuxième génération de cinéastes a vu les films de la première génération, a regardé la vie et fait des films ; la troisième génération de cinéastes a seulement vu les films des générations précédentes et a fait des films ; la quatrième génération de cinéastes ne regarde pas la vie, ne voit pas les films, ils feuillètent seulement les catalogues et sur la base de la technique, ils construisent leur cinéma.
Le Retour s’assortit bien de la deuxième catégorie ; Andrei Zvyagintsev, pour son premier essai, impose son style (un tantinet trop proche de Andreï Tarkovski !), et perpétue admirablement son art comme un jeu de lumière et d’obscurité, avec en point de mire notre imaginaire.

« Debout et incertain face à deux routes, la seule que je connaisse est celle du retour… »