Le Vénérable W., du percutant Barbet Schroeder, est une plongée en apnée au cœur du Mal absolu, et revient sur les massacres des Rohingyas en Birmanie.

La trilogie du mal, ainsi baptisée par son créateur Barbet Schroeder, trouve dans LE VÉNÉRABLE W. une apogée effroyable rarement vécue dans une salle de cinéma. Si tout au long de sa carrière le metteur en scène suisse s’est aussi bien aventuré dans la fiction que dans le documentaire, sans nécessairement les cloisonner, jamais il n’aura autant secoué, tétanisé, dans une plongée vertigineuse au cœur de la noirceur humaine. Ce qui l’intéresse, c‘est tenter de comprendre comment les humains peuvent se métamorphoser en créatures sadiques, au point même d’organiser avec la plus chirurgicale des méthodes, la mort atroce de leurs frères et sœurs. Depuis la Birmanie, Barbet Schroeder sonde le mal dans sa forme la plus brute. 

LE VÉNÉRABLE W. s’ouvre sur une image teintée d’innocence, des jeunes en scooters s’amusent de la caméra, passent et repassent, et leurs sourires illuminent le cadre. Mais l’audience, attendrie devant ces insouciants birmans, déchantera très vite. Barbet Schroeder pose dès lors son regard sur une guerre de religions, qui oppose depuis plusieurs décennies, avec férocité, musulmans (la communauté des Rohingyas) et bouddhistes. Ces derniers, cherchant les réponses aux questions existentielles dans des textes fondateurs qui prônent l’amour d’autrui, la tolérance et la solidarité, se verront mis à mal devant le flot de tortures méticuleusement organisés par le gourou Wirathu. 

Le Vénérable W.

Par superstition, ou par terreur, Barbet Schroeder ne prononcera jamais ce nom, ce cher et vénérable W., tant ses exactions glacent un sang qui peine à couler dans nos veines. Hissé à la tête d’un mouvement qui se pose en digne héritier d’une doctrine humaniste et solidaire, l’épouvantable nature de W. est révélée au grand jour : manipulation de l’information et des fidèles, culte de la personnalité, actions de propagande raciale, marginalisation sociétale des Rohingyas, organisation de massacres des minorités… Avec sa caméra clandestine, ponctuée d’insoutenables archives, Barbet Schroeder dévoile l’Homme sous son jour le plus écœurant et les sombres tourments d’une Histoire qui semble se répéter jaillissent alors brutalement de la toile.

LE VÉNÉRABLE W. est une déflagration, un documentaire “coup de poing” qui ne laisse aucune chance au spectateur de se relever. Il ne faut cependant pas hésiter à s’y frotter car Barbet Schroeder rappelle ici la vision nihiliste d’une humanité qui sombre sous une soif cannibaliste, animée par la sacro-sainte sauvegarde de la race, la pureté du sang et la croyance absolue. Un monde cancéreux, à l’agonie et sans résistance, qui s’agenouille aveuglement devant la haine. LE VÉNÉRABLE W. pousse un cri strident de désespoir, il raisonne longtemps après la séance et il frappe aussi fort que juste.

Sofiane

Votre avis ?

[CRITIQUE] LE VÉNÉRABLE W.
Titre original : Le Vénérable W.
Réalisation : Barbet Schroeder
Voix Barbet Schroeder, Bulle Ogier
Date de sortie : 7 Juin 2017
Durée : 1h40min
4.0GLACANT
Avis des lecteurs 1 Avis

Laisser un commentaire

avatar
  S'abonner  
Notifications :