Vous souvenez vous des Noces Funèbres de Tim Burton et Mike Johnson ? Vous souvenez vous du parti pris visuels des deux réalisateurs pour différencier le monde des vivants de celui des morts ? Chez les vivants tout était lugubre et uniformément gris, tandis que chez les morts tout était joyeux, illuminé, coloré; paradoxalement plein de vie. Eh bien a contrario, dans la nouvelle production du débonnaire et éternel optimiste Guillermo Del Toro, le gris n’a pas vraiment droit de cité puisqu’il s’agit ici de mettre en lumières, en reliefs et surtout en couleurs tout le folklore de son natal, associé à la Fête des Morts. Folklore qui, ces dernières années tend à s’étendre au-delà de l’Amérique Centrale et à taquiner Halloween dans son pré carré en influençant de plus en plus les artistes en tout genre, principalement les graphistes.

La de retentit dès les premières minutes comme un manifeste artistique et culturel de la part de son réalisateur , dont c’est ici le premier long-métrage d’. Si l’on ressent d’emblée les effets trop appuyés par la narration des plus classiques pour une oeuvre s’adressant d’abord au jeune public, et par l’exposition très explicite du folklore par un personnage présent uniquement pour sa fonction de narrateur; ces effets sont très vite absorbés et digérés par le dynamisme du film. En clair si elle se prétend mexicaine de cœur, la production n’en est pas moins hollywoodienne d’esprit, et elle applique la rythmique redoutable pour captiver ses jeunes spectateurs ; cette succession rapide d’images éclaboussantes de couleurs ponctuée soit par un gag ou par quelques notes de musique soulignant le caractère épique de l’aventure à venir. Vous noterez que c’est précisément cette rythmique qui rend les films d’animations des majors américaines si efficaces depuis une quinzaine d’années.

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Je pourrais continuer l’inventaire des conventions du divertissement pour enfants auxquelles La Légende de Manolo n’oppose aucune résistance : le triangle amoureux entre la belle, le va-t-en guerre fanfaron et notre héros romantique, l’amour qui permettra à ce dernier de se montrer plus courageux encore que son rival et néanmoins ami d’enfance, etc…Mais je pense que vous avez compris, en regardant l’image ci-dessus ou  la bande-annonce ci-dessous, que le spectacle à la façon d’une opérette flamboyante ou d’un feu d’artifices sur pellicule, vaut avant tout pour le festin visuel auquel il convie nos yeux et nos esprits de grands enfants.

« Le film réussit son pari visuel puisqu’il est à savourer comme les friandises mexicaines du jour des morts, en forme de crâne et recouvertes de sucre multicolore. »

Jorge R. Gutierrez fait converger les formes et les forces pour rendre le meilleur hommage à son cher vieux pays; là une fois de plus, je pourrais énumérer les éléments de folklore intégrés dans le récit : la tauromachie, les mariachis, les nones franciscaines, etc…Mais une fois encore les références culturelles les plus intéressantes sont placées ailleurs, dans la structure des corps par exemple, disproportionnés, déséquilibrés même, autant que l’animation 3D le permet. Aux carcasses tordues de pistoleros évadés d’un western de Sergio Leone, répondent les architectures rococos et surchargés en décorations (militaires) du corps de Joaquim ou du père de Manolo.

Mais cette célébration de la vie n’est jamais aussi belle que quand le récit emmène son personnage principal dans l’au-delà, un monde constamment en fête pour accueillir les nouveaux arrivants retrouvant avec joie leurs chers disparus. C’est à ce moment du film que j’ai compris pourquoi les personnages étaient incarnés par des jouets, le réalisateur pose ici sa procession de foi : parler de la mort et le deuil au jeune public, et lui rendre accessible des motifs légendaires comme ceux d’Orphée et de Dante. Les jeunes spectateurs trouveront même un ticket d’entrée vers des récits plus adultes grâce à quelques scènes dantesques riches en décors gigantesques et en monstres imposants. Le film tombe donc à pic pour ceux qui profiteront des vacances scolaires pour célébrer les morts et l’ambiance macabre de l’automne, et qui souhaiteront goûter à des saveurs plus exotiques que la traditionnelle tarte au potiron.

 

INFORMATIONS

• Titre original : The Book of Life
• Réalisation : Jorge R. Guitierrez
• Scénario :   Jorge R. Guitierrez et Doug Langdale
• Pays d’origine : USA
• Sortie : 22 octobre 2014
• Durée : 1h35 min
• Distributeur : Twetieth Century Fox Animation
• Synopsis : Jeune homme rêveur, Manolo est destiné par le poids des traditions familiales à devenir matador. Amoureux de Maria depuis l’enfance, il va devoir affronter ses plus grandes peurs pour la retrouver…

 

BANDE-ANNONCE

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