S’il sort tout juste en France, LEOPARDI a eu un très grand succès en Italie, cumulant plus d’un million d’entrée en à peine six semaines. Mais qui est cet homme relativement inconnu en France ? Poète, philosophe, pessimiste, Giacomo Leopardi est un génie, considéré par Nietzsche comme le plus grand poète des années 1800.

Dans LEOPARDI, Mario Martone rend hommage à l’homme derrière le génie et nous plonge dans sa courte vie. Né dans une petite ville du nord de l’Italie, Giacomo grandit avec son frère et sa sœur sous la surveillance omniprésente de ses parents. Entre un père sévère (joué par Massimo Popolizio) et une mère glaciale, les trois enfants sont obligés de tisser des liens très forts et se réfugient dans l’étude, seule activité tolérée. Giacomo se sent enfermé et trouve une échappatoire à travers l’écriture et en regardant la vie de la rue par sa fenêtre. Toute cette période est très bien soulignée par la mise en scène et la façon de filmer. La maison de Giacomo est exiguë, faite de longs couloirs et de pièces surchargées. La bibliothèque où les trois enfants étudient est pesante. Le bureau de Giacomo est placé directement dans l’alignement du bureau de son père qui peut ainsi le surveiller à tout instant. Chaque détail est étudié pour accentuer l’oppression des parents qui s’évanouit uniquement lorsque les enfants sont à l’extérieur, dans la nature. La caméra filme le long des murs, à travers l’embrassure des portes, derrière les grilles ou les fenêtres ce qui renforce la narration. Giacomo étouffe, nous aussi.

Heureusement, sa correspondance avec Pietro Giordani, que son père voit d’un très mauvais œil, va le pousser à s’enfuir du foyer familial. La scène de la fuite est la première où l’on rentre directement dans la tête de Giacomo. Assis sur une chaise au centre d’une large pièce il est coincé par son père et son oncle qui lui tournent autour, comme des vautours. A ces plans viennent s’entrelacer les images mentales de Giacomo qui s’imagine hurler sa frustration. Si ce moment fonctionne assez bien, les autres scènes du même genre sont un peu redondantes et sans réel apport.

On ne saura pas comment il finit par quitter sa maison natale car le scénario passe les dix années suivantes. On retrouve Giacomo au sommet de son succès à Milan. Il y vit avec son ami le plus fidèle, Antonio Ranieri (Michele Riondino). S’ensuivent alors ses amours, ses déboires et ses problèmes de santé, toujours présents. Les deux hommes ne se quitteront pas et traverseront Rome et Naples avant de déménager au pied du Vésuve où Giacomo finira ses jours. C’est d’ailleurs uniquement après avoir rompu les derniers liens qui le liaient à sa famille que Giacomo trouve véritablement le bonheur. Dans les rues les plus pauvres et mal famées de Naples il socialise, lui qui évitait tout contact auparavant. Pourtant les habitants de ces quartiers ne sont pas tendres avec lui et c’est peut-être pour cela que Giacomo les aime autant : ici les bonnes manières ne sont pas dictées par les conventions de son enfance ou de l’Eglise.

”Une mise en scène minutieuse et une musique hypnotique sont les deux éléments clés de la réussite de LEOPARDI.”

La narration du film est volontairement chronologique et très classique. Les scènes dialoguent peu entre elles, comme des touches impressionnistes qui laissent entrevoir le tableau final qui est – évidemment – le portrait de Leopardi, l’homme derrière le poète. La juxtaposition de ces plans, alternant récit et action, poésie et dialogues, apporte une mélancolie au film, en reflet à celle présente dans les écrits de l’auteur. LEOPARDI nous fait également découvrir la beauté des paysages et des rues italiennes, très joliment mises en valeur par la photographie.

La musique est ici très présente et vient compléter l’atmosphère du film. Plutôt que de miser sur du classique, Martone a fait appel à un groupe d’électro, Apparat. La bande son tranche avec l’histoire et apporte une modernité et un rythme surprenant mais très agréable au film.
Petite anecdote, les fans de Breaking Bad y repèreront peut être le morceau « goodbye »(Apparat) déjà entendu dans le final de la quatrième saison de la série.

Côté casting, on ne peut que rendre hommage au magnifique travail que réalise Elio Germano. Il traduit très bien l’évolution de Leopardi, au-delà même de sa mutation physique. Aurait-il été américain, cela aurait pu être un rôle à oscar. Ses gestes, ses expressions, sa façon de parler, tout est vrai et puissant. Il porte le film admirablement, sans s’essouffler. Il éclipse sans difficulté les autres acteurs, pourtant justes dans leur rôle.

Le grand défaut de ce film est sa longueur. Il aurait bénéficié de perdre une trentaine de minutes. Mario Martone se laisse emporter par son enthousiasme pour Leopardi et veut tout raconter, tout montrer de sa vie. Cela donne une fin un peu fastidieuse qui rebutera les plus impatients d’entre nous. Mais ce n’est pas si gênant si on se laisse bercer par la poésie de l’italien et par la beauté des paysages. LEOPARDI mérite certainement son succès.

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INFORMATIONS


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Titre original : Leopardi Il Giovane Favoloso
Réalisation : Mario Martone
Scénario : Mario Martone, Ippolita di Majo
Acteurs principaux : Elio Germano, Michele Riondino, Massimo Popolizio
Pays d’origine : Italie
Sortie : 8 avril 2015
Durée : 135 minutes
Distributeur : Paname Distribution
Synopsis : Italie. XIXe siècle. Giacomo Leopardi est un enfant prodige. Issu d’une famille aristocratique, il grandit sous le regard implacable de son père. Contraint aux études dans l’immense bibliothèque familiale, il s’évade dans l’écriture et la poésie. En Europe, le monde change, les révolutions éclatent et Giacomo se libère du joug de son père ultraconservateur. Génie malheureux, ironique et rebelle, il deviendra, à côté de Dante, le plus célèbre poète italien.


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