En traitant du sujet délicat de l’abandon d’un enfant à la naissance, de son adoption et de la quête des parents biologiques pour leur premier film, les sœurs Philippon, Rose et Alice, ont pris un risque. D’autres réalisateurs l’ont déjà abordé, sur un mode plutôt dramatique, comme Je suis heureux que ma mère soit vivante de Nathan et Claude Miller ou plus récemment Philomena de Stephen Frears, 100% Cachemire de Valérie Lemercier ou Tel père, Tel fils de Hirokasu Koreeda. Elles, ont choisi l’angle de la comédie et de la légèreté – qui n’empêche pas pour autant de réfléchir à la gravité de la situation.

Elles nous proposent d’accompagner François, 35 ans, à la recherche, semée d’obstacles administratifs et émotionnels, de sa mère. Il ne cherche pas nécessairement à comprendre pour quelles raisons il a été abandonné, mais souhaite avant tout la rencontrer. C’est Jérémie Elkaïm qui incarne François, avec son côté lunaire et maladroit, que nous avons souvent entrevu dans les rôles que lui a offerts Valérie Donzelli dans ses films, comme La Reine des pommes et Main dans la main. Il a cette façon particulière de mouvoir son corps, dont il fait un de ses outils d’acteurs , qui nous rappelle évidemment un Pierre Richard de la grande époque, très conscient de sa maladresse naturelle.

Rezo Films

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Les réalisatrices vont d’ailleurs parfois abuser de ce côté Gaston Lagaffe en provoquant d’innombrables et assez inutiles catastrophes et autres situations trop loufoques pour être crédibles; le spectateur comprend assez vite le propos et n’a pas besoin qu’on lui explique trop souvent !

Mais après tout, puisque c’est le mode fantaisiste qui est utilisé, pourquoi ne pas nous laisser prendre à ce jeu? Car François va effectivement débouler comme un chien dans un jeu de quilles, et se fichera finalement pas mal de ce qu’il adviendra des quilles et du bazar qu’il aura provoqué après son départ!

Les quilles, bien sûr, ce sont les membres de la famille tranquille que sa mère a construit sans lui, que nous rencontrerons l’un après l’autre avec  François. Et c’est en ce sens que François ne nous inspire pas réellement d’empathie, sans doute parce qu’il n’a pas lui-même les capacités d’en éprouver et qu’il n’est ni triste ni en colère. Il a cette désinvolture et cette forme de nonchalance qui le desservent et l’exonèrent un peu trop facilement de ses responsabilités.

« La fantaisie assumée sur le sujet grave de l’adoption et de la quête des parents biologiques ne nous permet pas de ressentir les émotions du héros. »

Bien sûr, nous comprenons qu’un enfant abandonné à la naissance, même si son enfance a plutôt été heureuse auprès de parents adoptifs, éprouve ce besoin d’accéder à ses origines personnelles et des difficultés à accepter que sa mère refuse de le rencontrer et « qu’il lui faut attendre et espérer ».

Les gens qui l’entourent sont plutôt compréhensifs et bienveillants, et nous voyons bien à quel point François inspire naturellement la sympathie: d’abord auprès du fonctionnaire, incarné par le toujours très juste Frédéric Pierrot, et la scène du ventilateur au cours de laquelle il force est très drôle. Puis de la part du serveur en extra et de sa femme, des invités de la fête, de Fabrice/ Jonathan Lambert (juste mais finalement assez convenu dans ce rôle) et de Philippe, les deux fils de sa mère Elise. C’est Anne Alvaro qui l’incarne avec distance et toute en émotions retenue, et ses regards et expressions sont particulièrement émouvant.

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C’est surtout l’autre extra de la soirée d’anniversaire dans laquelle il s’est incrusté, Sonia, qui va l’encourager dans sa démarche, lui interdisant de renoncer. C’est la lumineuse et surprenante Sara Giraudeau (croisée récemment dans un tout autre rôle de la série Le Bureau des Légendes) qui incarne tout en délicatesse et gentillesse Sonia, telle sa petite fée Clochette. Sonia et son hoquet qui s’arrête miraculeusement lorsque François est à ses côtés, Sonia et sa maladresse proche de la sienne, Sonia et ses questions anxiogènes et comiques sur l’adoption en général. D’ailleurs leur rencontre fait penser à celle de François Perrin (encore une preuve de filiation avec François s’il en était besoin)/ Pierre Richard dans La Chèvre avec la fille Bens, aussi maladroite que lui.

La musique est très présente dans le film, parce qu’elle tient un rôle dans l’histoire, et bien sûr la chanson « Les bêtises » de Sabine Paturel que François chantera avec spontanéité et libération ou « Basta Cassate » composée spécialement par Christophe pour le film.Une autre belle scène de danse de personnes déguisées autour de la piscine rappellera même celle de La Grande Bellezza de Paolo Sorrentino, renforçant cette impression donnée par les réalisatrices que le jeu mimique fait partie intégrante de leur mise en scène.

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INFORMATIONS

Affiche les bêtises

Titre original: Les bêtises
Réalisation : Rose Philippon et Alice Philippon
• Scénario : Rose Philippon et Alice Philippon
• Acteurs principaux : Jérémie Elkaïm, Sara Giraudeau, Jonathan Lambert, Anne Alvaro, Frédéric Pierrot, Jacques Weber, Alexandre Steiger
• Pays d’origine : France
• Sortie : 22 juillet 2015
• Durée : 1h19 min
• Distributeur : Rézo Films
• Synopsis : François, la trentaine, lunaire et maladroit, est un enfant adopté. Pour rencontrer sa mère biologique, il s’introduit dans une fête organisée chez elle, se faisant passer pour le serveur. Il se retrouve alors au service d’une famille dont il ignore tout, la sienne.

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