Mystères de Lisbonne nous entraîne dans un tourbillon permanent d’aventures et de mésaventures, de coïncidences et de révélations, de sentiments et de passions violentes, de vengeances, d’amours contrariées et illégitimes dans un voyage mouvementé à travers le Portugal, la France, l’Italie et le Brésil. Dans cette Lisbonne d’intrigues et d’identités cachées, on croise une galerie de personnages qui influent sur le destin de Pedro da Silva, orphelin, interne d’un collège religieux. Le père Dinis, ancien aristocrate libertin devenu justicier; une comtesse rongée par la jalousie et assoiffée de vengeance; un pirate sanguinaire devenu homme d’affaires prospère. Tous traversent l’histoire du XIXe siècle et accompagnent la recherche d’identité de notre personnage.

Note de l’Auteur

[rating:5/10]

Date de sortie : 20 octobre 2010
Réalisé par Raoul Ruiz
Film portugais
Avec Adriano Luz, Maria Joao Bastos, Ricardo Pereira, Clotilde Hesme
Durée : 4h26min
Bande-Annonce :

ARVE Error: id and provider shortcodes attributes are mandatory for old shortcodes. It is recommended to switch to new shortcodes that need only url

A presque 70 ans, Raoul Ruiz prouve que le débat sur les retraites ne concerne pas les monstres sacrés. Dans cette famille d’infatigables maîtres à laquelle appartiennent Woody Allen, Peter Brook, Martin Scorsese ou encore Clint Eastwood, le réalisateur chilien n’est pas le moins téméraire. Proposer quatre heures et vingt-six minutes de film en costumes et en langue portugaise à une époque de The Dark Knight et d’Inception relève de la performance olympique. Ne serait-ce que pour cette folle prise de risques, saluons le monstre.

Les Mystères De Lisbonne s’intéressent à la vie de Pedro, pensionnaire d’un institut religieux du Portugal au XIXème siècle. Cet enfant énigmatique est, malgré lui, le nœud central d’un enchevêtrement de destins sulfureux auxquels s’ajoute celui de sa propre mère, une comtesse punie pour avoir transgressé la convenance. Fils illégitime, Pedro rêve de son socle familial. Les récits que lui feront ses aînés l’éclaireront sur la faiblesse de ce socle et la nécessité de mener une vie de caméléon…

Adaptation du roman de Camilo Castelo Branco, cette saga lusophone est animée des mêmes fibres que la Comédie Humaine de Balzac ou que Le Comte de Monte-Cristo de Dumas. Il faut arracher les dentelles et secouer les calèches. Les Mystères de Lisbonne bénéficient d’un traitement d’orfèvre en matière de mise en scène. Chaque plan, chaque travelling, chaque jet de lumière est pensé. Ruiz rappelle Stanley Kubrick dans sa minutie de l’emplacement, Jean Renoir dans son approche théâtrale du monde, Orson Welles dans son utilisation de la profondeur de champs et de la contre-plongée. L’aspect visuel du film est un cadeau qui réduit les efforts de la 3D à néant. On sent davantage la main de l’homme que la patte du curseur. Cela vaut toujours mieux. Néanmoins, l’importante distribution ne brille pas par son égalité dans le jeu d’acteur. L’idéal d’un  »jeu d’époque » étant de combiner le naturel et le maniérisme, il faut reconnaître que la part française du casting emmenée par Clotilde Hesme joue faux. Le texte est lu, pas senti. Les costumes sont des costumes, pas des vêtements. Parmi les acteurs portugais, Ricardo Pereira, le pirate mondain, fait l’inverse des Français, il surjoue. Le prêtre ambivalent, lui, incarné par Adriano Luz, trouve heureusement l’équilibre salutaire entre la pose et le geste quotidien. L’audace à double tranchant du réalisateur montre des failles là même où elle force l’admiration. Cette belle analyse sur le travestissement nécessaire, le théâtre de la vie courante, les échecs de la sincérité aurait gagné à être plus courte et plus rythmée. Le ton général ne connait pas de variations, ce qui peut poser problème à un spectateur alangui. Mais soyons positif. L’audace reste notre invité de choix. Raoul Ruiz est un jeune homme mûr.