Atroce, dérangeant, cruel. Les mots ne manquent pas pour qualifier , dont le titre original est (Adieu Oncle Tom). Mais attention, ni le film, ni son propos ne sont immondes. L’horreur réside dans le traitement inhumain qu’ont subi des millions d’Africains déportés et qu’évoque crûment ce film. Un choix osé qu’a fait le festival Lumière 2015, laissant carte blanche à Nicolas Winding Refn (Drive, Only God Forgives).

LES NÉGRIERS est un faux documentaire réalisé en 1971 par deux metteurs en scène controversés italiens, et . Il imagine comment les deux cinéastes arriveraient par miracle à atterrir dans les États-Unis du 19e siècle afin d’y tourner un documentaire sur l’esclavage. La forme adoptée est surprenante : des Américains y parlent librement, avec force regards caméra, de la façon dont ils considèrent les Noirs comme étant tout juste des animaux.

Plus malsaines les unes que les autres, les interviews fictives, les reportages violents et dégradants s’enchaînent. On y voit les Africains dysentériques arriver dans des cales de bateaux, se faire nourrir comme des chiens, arracher les dents au burin, laver les entrailles par le rectum, sans respect ni pudeur. La liste des sévices est sans fin. Viols, humiliations, démonstrations pseudo-scientifiques de leur supposée infériorité… tous les clichés sur la négritude y passent. Les Noirs, qui ne parlent pas ou seulement lorsqu’ils endossent un rôle normalement attribué aux Blancs de l’époque, sont présentés comme de simples objets de fascination, d’excitation. Dans leur nudité presque constante, leur silence imposé, leur résignation, ils dégagent une beauté digne, qui contraste avec la laideur grasse des Américains.

Les négriers

© Euro International Film (EIA)

Lorsque l’on repart à l’époque à laquelle a été tournée le film, celle des Black Panthers, la revanche des Noirs américains à travers de nouvelles scènes très violentes a quelque chose de jubilatoire. En effet, c’était un véritable dégoût de l’insouciance blanche qui nous a pris et ne nous a laissé qu’une envie : les voir disparaître.

On pourrait détester ce film. Or il y a dans sa réalisation quelque chose de résolument génial, une maîtrise effrayante du propos, de la photographie. A l’image d’un Salò de Pasolini (sorti quelques années plus tard), l’esthétique sublime est doublée par des scènes gerbantes tournées au grand-angle, rappelant les films gores de la même époque. La musique, qui met extrêmement mal à l’aise à cause de son côté enjoué, a été composée par Riz Ortonali, auteur de musiques de films telles que celle de Cannibal Holocaust, autre film italien. Autre similitude avec le film gore par excellence, LES NÉGRIERS débute avec des images aériennes sur une mélodie très douce qui ne laisse en rien présager les images à venir. De là à dire que Ruggero Deodatto s’est inspiré de Addio Zio Tom, il n’y a qu’un pas.

« Des Américains y parlent librement de la façon dont ils considèrent les Noirs comme étant tout juste des animaux. »

Pourquoi avoir tourné ce brûlot ? L’explication vient de la filmographie elle-même des deux réalisateurs. Gualtiero Jacopetti et Franco Prosperi ont opté dès leurs débuts pour un cinéma controversé. En 1962, leur premier film se nomme Mondo Cane et vise déjà à choquer en rapportant dans un documentaires de pratiques étranges à travers le monde. Le film sera à l’origine d’un sous-genre du film d’exploitation : le mondo. Il connaîtra le succès et sera sélectionné pour la Palme d’or à Cannes. En 1966, un film causera bien plus de soucis aux réalisateurs : Adieu Afrique. Film ambigu, violent, sur le continent en phase de décolonisation, il est très vite accusé de racisme et de condescendance. Tourné quelques années plus tard, LES NÉGRIERS, justement, fait figure de pamphlet contre la traite négrière. Il est ainsi une réponse à une polémique née, selon les réalisateurs, d’une mauvaise interprétation de leur propos. Mais ce film ne manquera pas de créer de nouveaux scandales. Tourné en Haïti, il a été réalisé durant le règne et sous la protection du dictateur Jean-Claude Duvalier. La mise à contribution des nombreux figurants a également choqué le public de l’époque. Ce n’est pas donc ce film qui a assuré une rédemption totale à ce couple de réalisateurs adepte de films chocs.

suivre @Joel

LES NÉGRIERS a été chroniqué dans le cadre de sa projection par le Festival Lumière 2015

Le FESTIVAL LUMIÈRE sur Le Blog du Cinéma
MARTIN SCORSESE: Analyse de ses films

MARTIN SCORSESE: portrait de l’auteur

Ses films présentés au festival Lumière :

Hugo Cabret (2011)
Les Infiltrés (2006)
Casino (1995)
Le Temps de l’innocence (1993)
Les Nerfs à vif (1991)
Les Affranchis (1990)
La dernière tentation du Christ (1988)
La valse des pantins (1982)
Raging Bull (1980)
New York, New York (1977)
Taxi Driver (1975)
Alice n’est plus ici (1974)
Mean Streets (1973)
Boxcar Bertha (1972)
Who’s that knoocking at my door (1968)

Chroniqués par Georgeslechameau

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8 films de JULIEN DUVIVIER

JULIEN DUVIVIER: portrait de l’auteur

David Golder (1931)
La Bandera (1935)
La Belle Équipe (1936)
Pépé le Moko (1937)
Un carnet de bal (1937)
La fin du Jour (1939)
Panique (1946)
– Le Temps des Assassins (1956)

Chroniqués par Louis

DUVIVIER

AKIRA KUROSAWA : les anées Toho

Le Plus dignement (1944)
Qui marche sur la queue du tigre… (1945)
– Je ne regrette rien de ma jeunesse (1946)
– Un merveilleux dimanche (1947)
– L’Ange ivre (1948)
– Chien enragé (1949)
– Vivre (1952)
– Vivre dans la peur (1955)
La Forteresse cachée (1958)
– Les Salauds dorment en paix (1960)
Yojimbo – Le Garde du corps (1961)
Sanjuro (1962)
– Entre le ciel et l’enfer (1963)

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quelques films: BAD BOY BUBBY, BLADE RUNNER

BAD BOY BUBBY, de Rolf de Heer (1993)

Affiche du film BAD BOY BUBBY

Titre original : Bad Boy Bubby
Réalisation :
Rolf de Heer
Scénario :
Rolf de Heer
Acteurs principaux :
Nicholas Hope, Claire Benito, Ralph Cotterill, Carmel Johnson
Pays d’origine : Australie, Italie
Sortie :
1 novembre 1995 – (ressortie 11 novembre 2015)
Durée :
1h48
Distributeur :
Nour Films
Synopsis :
Séquestré depuis sa naissance par sa mère, Bubby ignore tout du monde extérieur qu’il croit empoisonné. L’arrivée de son père, dont il était tenu éloigné, va bouleverser sa vie. Le jour de ses 35 ans, Bubby va enfin sortir. Il découvre un monde à la fois étrange, terrible et merveilleux où il y a des gens, de la pizza, de la musique et des arbres…

« Ode à la différence et à l’acceptation de soi. »

Bad Boy Bubby

BLADE RUNNER, de RIDLEY SCOTT (1982)

Blade Runner

CRITIQUE

Titre original : Blade Runner
• Réalisation : Ridley Scott
• Scénario : Hampton Fancher et David Webb Peoples sur une idée de Philip K. Dick (adaptation de la nouvelle « Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? »
• Acteurs principaux : Harrison Ford, Rutger Hauer, Sean Young
• Pays d’origine : USA
• Sortie : 
15/09/1982, ressortie restaurée le 14 octobre 2015
• Durée : 1h57min
• Distributeur : . France
• Synopsis : 
Deckard, flic alcoolique en pré-retraite, est sommé de reprendre du service en tant que « Blade Runner » pour dérouiller des « Répliquants » en fuite, dissimulés quelque part dans un Los Angeles condamné à une nuit pluvieuse éternelle.

« Noir et sensuel, le film plonge le spectateur dans un abîme, au fil d’une enquête au rythme imprévisible. »

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« Avec BLADE RUNNER, Ridley Scott démontre sa capacité à faire du neuf avec de l’ancien. Un paradoxe pour un film de science-fiction.« 

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la cinéaste russe LARISSA CHEPITKO

Un portrait de la Larissa Chepitko

– Chaleur torride (1963)
– Les Ailes (1966)
– Le Début d’un siècle inconnu – composé de L’Ange d’Andrei Smirnov et de Le Pays de l’électricité de Larissa Chepitko (1967)
Toi et moi (1971)
L’Ascension (1977)

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LUMIERE 2014 : Pedro Almodovar

Programmation de Lumière 2014

PEDRO ALMODOVAR :

Pepi, Luci, Bom et autres filles du quartier de Pedro Almodóvar (Pepi, Luci, Bom y otras chicas del montón, 1980, 1h18)
Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ? de Pedro Almodóvar (¿ Qué he hecho yo para merecer esto !!, 1984, 1h47)
Matador de Pedro Almodóvar (1986, 1h45)
La Loi du désir de Pedro Almodóvar (La ley del deseo, 1987, 1h44)
Femmes au bord de la crise de nerfs de Pedro Almodóvar (Mujeres al borde de un ataque de nervios, 1988, 1h35)
Attache-moi ! de Pedro Almodóvar (Átame !, 1989, 1h41)
Talons aiguilles de Pedro Almodóvar (Tacones lejanos, 1991, 1h53)
La Fleur de mon secret de Pedro Almodóvar (La flor de mi secreto, 1995, 1h42)
En chair et en os de Pedro Almodóvar (Carne trémula, 1997, 1h39)
Tout sur ma mère de Pedro Almodóvar (Todo sobre mi madre, 1999, 1h40)
Parle avec elle de Pedro Almodóvar (Hable con ella, 2002, 1h52)
Volver de Pedro Almodóvar (2006, 2h02)
La piel que habito de Pedro Almodóvar (2011, 2h01)

SAGA MUSASHI MIYAMOTO : CRITIQUE des 6 films

PARADIS PERDU, d’Abel Gance: CRITIQUE

OPENING NIGHT, de John Cassavettes : CRITIQUE

Une Femme Dangereuse, avec Ida Lupino: CRITIQUE

Chroniqués par Georgeslechameau

La traversée de Paris

Chroniqué par Louis

lumiere2014 (2)

INFORMATIONS
Les Négriers (3)

Titre original : Addio zio Tom
Réalisation :
Gualtiero Jacopetti, Franco Prosperi
Scénario :
Gualtiero Jacopetti, Franco Prosperi 
Acteurs principaux :
Gualtiero Jacopetti, Franco Prosperi
Pays d’origine :
Italie
Sortie :
1971
Durée :
2h04min
Distributeur :

Synopsis :
Faux documentaire sur la traite négrière dans les États-Unis du 19e siècle. 

BANDE-ANNONCE