LES OUBLIÉS rend hommage, avec humanité et émotion, aux soldats prisonniers démineurs de la seconde guerre mondiale.

LES OUBLIÉS, dont le titre original est Under Sandet (« sous le sable ») est un film qui ne s’oublie pas. Longtemps, il trotte dans les doubles méandres de notre cerveau et de notre cœur, pour de multiples raisons. D’abord parce qu’il propulse le spectateur dans l’histoire avec un grand H et le fait avec une violence très réaliste. Le réalisateur scénariste , dont c’est le premier long-métrage, revient en effet sur la période chaotique de l’après Seconde Guerre mondiale et d’un de ses pans méconnus. Près de 2000 soldats prisonniers de guerre allemands, dont certains étaient très jeunes, ont été utilisés par les militaires danois pour désamorcer les 45000 mines que l’armée allemande a larguées sur les côtes du Danemark. Le réalisateur, qui a découvert cette part sombre de son pays, et a souhaité la mettre en lumière par le biais de la fiction. L’Allemagne a occupé le Danemark pendant toute la période de la guerre, et ces jeunes soldats vaincus se voient obligés, physiquement et symboliquement, d’en réparer les fautes. Leur vie, lors de cette action rédemptrice, n’a alors pas plus de valeur qu’une machine. Sauf que c’est l’agilité de leurs doigts et leur capacité à réagir vite face au type de mines utilisées qui peut, ou pas, leur sauver la vie.

Les oubliés

On ne vous cache pas que regarder LES OUBLIÉS est un moment réellement éprouvant, tant le suspense est maintenu jusqu’au bout. La peur au ventre et le poil hérissé sur les bras tout le long du film, on a la trouille ! La trouille de voir que ces jeunes soldats ne soient blessés ou ne meurent sous nos yeux embués de larmes. Et pourtant, plusieurs vont mourir. D’autant plus difficile à supporter que le réalisateur a su rendre les personnages particulièrement attachants. Pour provoquer l’empathie, il n’a d’ailleurs pas lésiné sur les traits de certains personnages, qui ne semblent pas assez nuancés (le gentil, l’égoïste, le peureux). Même l’utilisation des liens engendrés par la gémellité de deux protagonistes est un peu facile. Encore adolescents, ils ont traversé les monstruosités de la guerre, qui n’est pas encore finie pour eux. On leur promet une libération proche, et certains envisagent l’avenir avec enthousiasme, quand d’autres ne sont pas dupes et n’ont plus aucun espoir. Pour l’heure, ils doivent faire preuve de solidarité entre eux, car confrontés à la même punition. Maltraités, malnutris et humiliés, ils ne défendent plus leur patrie, mais leur peau. Sans les juger, LES OUBLIÉS offre au spectateur la possibilité de découvrir les hommes derrière les soldats, et d’aller au-delà de l’uniforme.

[bctt tweet= »Par l’émotion qu’il procure et la part d’humanité qu’il offre, LES OUBLIÉS est inoubliable  » username= »LeBlogDuCinema »]

 

Le réalisateur danois ne donne assurément pas la part belle aux soldats danois, ni à la hiérarchie militaire. Mais LES OUBLIÉS est un film puissant en ce sens qu’il interroge intelligemment sur le pardon, mais aussi sur la part d’humanité des vainqueurs de la guerre envers les ennemis d’hier. Le rapport des prisonniers à la population est également abordé, sans prendre de gants. Enfin, ce qui rend LES OUBLIÉS bouleversant, c’est la transformation subtile du regard que porte le Sergent Carl Rasmussen (Roland Moller) sur son équipe de démineurs. D’abord hostile, il ne voit en eux que des soldats responsables de la souffrance de son pays. Puis peu à peu, cet homme solitaire s’adoucit et dépassant ses préjugés, traite les jeunes autrement. Il accorde plus d’attentions à leurs besoins et leur permet de retrouver leur dignité. Il va faire preuve d’une tolérance et d’une d’ouverture d’esprit qui vont le surprendre lui-même. Bien sûr, cette modification ne se fera pas sans heurts ni déception. La relation de confiance, respectueuse et quasi-filiale, que noue le jeune Sebastian Schumann (Louis Hofmann, croisé dans Seul dans Berlin) est aussi joliment décrite et donne du baume au cœur.

LES OUBLIÉS, nommé dans la liste pour le meilleur film étranger des Oscars (sous le titre très approprié de Land of Mine), cueille l’émotion du spectateur avec subtilité et lui offre une belle leçon d’humanité. Et même si la fin du film est assez peu crédible, on n’est pas prêt d’oublier Sebastian, Helmut, Ludwig, Ernst, Werner, Carl et les autres !

Sylvie-Noëlle

Votre avis ?

[CRITIQUE] LES OUBLIÉS
Titre original :
Réalisation : Martin Zandvliet
Scénario : Martin Zandvliet
Acteurs principaux : Roland Moller
Date de sortie :
Durée : 1h41min
4.0Intéressant
Avis des lecteurs 2 Avis