L’HISTOIRE DE L’AMOUR… Un titre et tant de promesses pour le spectateur qui ignorerait qu’il s’agit de l’adaptation du roman éponyme de Nicole Krauss (et qu’en fait c’est l’histoire d’un livre) au sous-titre on ne peut plus romantique : « L’histoire de la femme la plus aimée au monde ». Tout un programme ! En tout cas qu’il s’agisse du livre ou du film, le ton est donné et c’est le cœur prêt à être pris pour cible que l’on s’assoit dans la salle avec l’espoir parfaitement assumé de verser quelques larmes, au moins à la fin ! Mais au bout de deux longues heures, force est de constater que le film déploie une énergie faramineuse pour parvenir à pas grand chose… et c’est gênant.

Photo du film L'HISTOIRE DE L'AMOUR

Un amour qui traverse les âges…

L’HISTOIRE DE L’AMOUR c’est donc l’histoire d’un homme qui aime une femme et qui pour la conquérir écrit un livre sur elle, plus précisément sur l’amour qui lui porte, et qu’il décide d’appeler en toute humilité L’Histoire de l’Amour. Mais voilà, la guerre, un remariage, un fils caché et une promesse passent par là, et c’est deux décennies plus tard que le précieux manuscrit perdu est retrouvé par une jeune fille portant le même nom que la femme la plus aimée au monde. Réussira-t-elle a soulever les mystères de ce livre, de son auteur et de l’Amour qui dure toujours ? Roulement de tambours… Mais voilà, ce n’est pas facile de mêler une histoire d’amour, une fresque historique et le destin croisé de plusieurs personnages à travers les âges. Si dans la littérature c’est certainement une réussite, au cinéma c’est tout de même un gros challenge, très partiellement relevé ici.

Dans L’HISTOIRE DE L’AMOUR, on oscille en permanence entre plusieurs genres : le drame, le film d’amour (non exempt de mièvrerie) et le film à suspense. Difficile donc, à une quelconque sauce de prendre, d’autant plus que le film semble avoir été pensé dès l’écriture dans une succession de «moments forts» qui manquent cruellement de lien les uns avec les autres. L’émotion ne nous gagne alors que très peu, voire pas du tout. Mais le pire c’est que le réalisateur le sait. La preuve : pour pallier cela, il nous sort un arsenal d’effets de mise en scène grandioses pour aller nous arracher la plus petite empathie et créer une émotion. Nous voilà donc à voir des personnages heureux courir dans les champs de blé au soleil, puis défaillir sous une pluie diluvienne qui s’abat sur la ville au son de tonitruants violoncelles…

« Une histoire préexistante si solide et intense aurait mérité que la réalisation se fasse oublier et ici, malheureusement, elle l’écrase et la noie. »

C’est dommage, on frise la caricature en permanence et c’est presque une envie de sourire qui s’empare de nous alors que le réalisateur nous ordonne de fondre en larmes en cherchant désespérément un paquet de Kleenex. Réaction donc aux antipodes du sentiment qu’on voudrait nous imposer, et le soucis est là ! On nous mâche le travail émotionnel, au risque de l’anéantir.

Et puis, dans L’HISTOIRE DE L’AMOUR le puzzle n’est pas toujours évident. Il y a trop d’histoires entremêlées, l’exposition du film et de ses diverses pistes dure bien une bonne et loooongue heure et quart, et puis, comme dans une partition bien réglée, nous sommes censés, scène après scène, remettre les pièces dans l’ordre au détour d’une phrase, d’une photo, d’un article dans un journal ou d’un plan sur la couverture d’un livre. Ça ne marche pas ; L’HISTOIRE DE L’AMOUR voudrait être un jeu de piste à la Mulholland Drive mais ce n’est qu’une compilation d’indices et d’éléments qui ne forment jamais un tout. Sans surprise, on s’ennuie, et c’est en partie à cause de ce ficelage aux airs de scénario bâclé.

Photo du film L'HISTOIRE DE L'AMOUR

Mais… Il y a Derek Jacobi et Elliott Gould, le duo lumineux du film

Pour autant le film possède un élément qui vaut le détour, c’est la surprenante (et assez géniale il faut l’avouer) performance de Derek Jacobi dans le rôle d’un vieux juif polonais bougon, qui apporte charme et lumière à ce film très en dessous de ses ambitions. Toutes ses scènes en duo avec Elliot Gould dans un appartement bourré d’encadrements de porte nous projettent directement chez Woody Allen, et c’est assez jouissif… malheureusement la référence est tout de même lointaine, et le duo n’occupe que trois ou quatre scènes.

Trop ambitieux, L’HISTOIRE DE L’AMOUR n’est pas une réussite, ni dans sa dimension d’adaptation, ni dans sa dimension d’œuvre originale. L’histoire du livre était tellement dense qu’il suffisait peut-être pour la sublimer de simplement la dénuder au lieu d’autant la déguiser. Une histoire préexistante si solide et déjà intense aurait mérité que le réalisation se fasse oublier, ici malheureusement, elle l’écrase et la noie.

Sarah

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