Attendu au tournant par des critiques se réjouissant d’avance de cracher une nouvelle fois leur venin sur le couple Marceau / Lambert après l’échec de La Disparue De Deauville, L’Homme De Chevet avait tout à prouver et permettrait ou non à Alain Monne d’affirmer en un seul et unique premier film son talent de réalisateur.

Adapté du roman du même nom d’Eric Holder, L’Homme De Chevet retrace l’histoire de deux êtres, Léo et Muriel, tiraillés par un passé douloureux qui les hante encore aujourd’hui. Tous deux ont deux points communs, l’autodestruction et la solitude qui les rongent de l’intérieur. Chacun a une méthode bien précise pour les oublier : l’un utilise l’alcool, l’autre la méchanceté à l’égard des êtres humains. L’Homme De Chevet retrace donc la rencontre de ses deux âmes qui n’attendent plus rien de la vie.

Tout en légèreté, en finesse et en poésie, on est dès les premières secondes étouffé par cette vague d’émotions qui nous frappe de plein fouet. Chaque personnage est subtilement mis en scène avec une humanité sans égale, une crédibilité sans faille, chaque recoin de cette ville de Colombie est sujet à un spleen d’abord déstabilisant puis envoûtant et émouvant au fil des minutes.

La grande force de L’Homme De Chevet est qu’il ne tombe pas dans les clichés du genre. Grande ingéniosité de la part du réalisateur puisque l’on croit avoir tout comprit dès le début et que l’on croit avoir décodé bien avant l’heure certaines scènes du film. Plus grand encore est notre étonnement et notre respect à l’égard de cette réalisation lorsque nos croyances s’évaporent et nous laissent bouche bée face à la puissance désarmante d’un récit poignant et tranchant comme une lame de rasoir.

A cette fluidité des émotions et de la réalisation s’ajoutent des acteurs immenses dans tous les sens du terme. Les seconds rôles sont parfaits et ont une véritable histoire qui les suit mais c’est avant tout le couple Lambert / Marceau qui nous touche en plein cœur.

D’un côté Sophie Marceau n’a jamais été aussi émouvante. Son rôle de jeune femme handicapée à vie qui ne peut que bouger la tête est époustouflant d’humanité et de crédibilité. C’était le véritable challenge du film : comment arriver à transmettre des émotions lorsque son rôle est immobile durant toute la durée du film en ne tombant pas dans les clichés mielleux et au final navrant ? L’actrice jongle subtilement et habilement entre le côté austère d’une femme qui blâme la terre entière pour son malheur et les vagues d’émotions qui la gagnent par moment.

De l’autre côté, Christophe Lambert. Avec ce rôle d’ancien boxeur écorché vif qui se noie dans l’alcool pour oublier un passé trop douloureux à supporter, l’acteur fait définitivement taire les méprisants qui le disaient mauvais acteur avec ce qui est l’une des ses meilleures (si ce n’est LA meilleure !) performances de sa carrière.

Au final, L’Homme De Chevet est une œuvre d’une humanité saisissante, une œuvre simple, presque intimiste, dramatiquement éblouissante, délicate, pudique et violente à la fois.

Un film qui vaut le détour pour la qualité de son histoire et de ses acteurs, un film que je conseille à tous les amoureux du genre et à ceux prêts à se laisser embarquer dans une histoire d’amour qui n’a rien de conventionnelle, bien au contraire.

Un très beau voyage que l’on admire d’un œil contemplatif et admiratif.