Nice en 1976. Agnès Le Roux, fille de la propriétaire du Palais de la Méditerranée, tombe amoureuse d’un bel avocat de dix ans son aîné Maurice Agnelet. Il a d’autres liaisons, elle l’aime à la folie. Sur fond de guerre des casinos, il la met en relation avec Fratoni, le sulfureux concurrent de sa mère, qui lui offre 3 millions de francs pour prendre le contrôle du casino. Agnès accepte mais supporte mal sa trahison. Maurice s’éloigne. Après une tentative de suicide, la jeune femme disparaît… » Voilà pour le pitch. Si le tout est, on ne va pas se mentir, très prévisible, L’HOMME QU’ON AIMAIT TROP est particulièrement intéressant de par toutes les pistes qu’il ouvre sans nécessairement refermer et par le jeu très fin de ces interprètes.

Narrer le quotidien des deux femmes Le Roux dans les années 1970 aurait pu s’avérer compliqué. Notamment à cause du décalage technologique et de la personnalité de l’héroïne, Agnès Le Roux, qui est vraiment dure à cerner. De fait, aucune identification totale n’est possible. On a de la peine pour elle, on est franchement gêné de la voir courir après un homme qui n’est pas fait pour elle et, contre toute attente et bien que connaissant l’issue du film, on finit par espérer qu’elle réapparaisse à la fin. Ou au moins que son meurtre soit complètement élucidé. Et c’est là l’une des grandes forces de ce drame proche du fait divers : nous faire espérer même quand il n’y a plus d’espoir. Oui, Agnès Le Roux est sans doute morte, bien que l’on n’ait pas retrouvé son corps. Les plus optimistes d’entre nous diront qu’elle est sans doute vivante, quelque part. Les plus pragmatiques penseront que Maurice Agnelet a eu tout le temps de la tuer et de la faire disparaître comme il faut. Par chance, si je puis dire, a préféré ne pas s’engager personnellement dans la « résolution » du crime – si crime il y a eu.

”Pas magistral, mais vraiment très intense !”

Si l’on est (comme souvent) en admiration devant l’interprétation de , on a quelques réserves concernant le duo /. Si leur alchimie fonctionne, ou du moins ce qui aurait pu être de l’alchimie si leurs personnages s’étaient aimés réciproquement, on est forcément sceptique devant certaines scènes, ou plutôt face à certains dialogues qui sonnent creux, faux. Si la fille Le Roux semblait plutôt paumée dans les faits, elle dérange énormément dans le film d’André Téchiné. Joyeuse à certains moments, tristes à d’autres ou alors en plein délire, on ne sait jamais sur quel pied danser et surtout, on a du mal à s’approprier ce personnage. Si l’on ressent facilement la douleur qu’elle a pu ressentir en réalisant que Maurice ne l’aimait pas autant qu’elle, il est impossible de dire que le glissement qu’elle fait vers une première tentative de suicide nous est familier. Si elle est perdue, nous, spectateurs, ne sommes que confusion.

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Bien que la réalisation soit hautement maitrisée (n’est pas André Téchiné qui veut), on notera tout de même les sursauts de la caméra au moment de filmer le trajet vers la Suisse. Cela fait tâche. Un tantinet. Mais par chance, les magnifiques plans d’ensemble rattrapent et nous permettent de savourer comme il faut un Nice amputé de tout touriste, de belles villas sans filtre Instagram. Qui plus est, si le scénario ne fait pas dans l’originalité (le film traitant d’un fait divers connu de tous), le film repose sur des acteurs brillants. Pas parfaits dans toutes les scènes certes, ils se révèlent globalement très bons. Notamment lorsqu’il leur faut donner de leur personne. On regrettera cependant l’usage trop « clippesque » de la musique, celle-ci allant forcément avec une scène en particulier et malheureusement pas avec une ambiance particulière. Un détail que l’on oublierait presque quand viennent les cartons finaux donnant des indications sur l’issue de ce que l’on appelle communément « l’affaire Le Roux ». Sans être un film magistral, on comprend très vite comment L’HOMME QU’ON AIMAIT TROP s’est retrouvé projeté au tant il est intense.

CASTING
Titre original : L’Homme qu’on aimait trop
Réalisation : André Téchiné
Scénario : , André Téchiné, Cédric Anger
Acteurs principaux : Guillaume Canet, Catherine Deneuve, Adèle Haenel
Pays d’origine : France
Sortie : 16 JUILLET 2014
Durée : 1h56mn
Distributeur :
Synopsis : 1976. Après l’échec de son mariage, Agnès Le Roux rentre d’Afrique et retrouve sa mère, Renée, propriétaire du casino Le Palais de la Méditerranée à Nice. La jeune femme tombe amoureuse de l’homme de confiance de Renée, Maurice Agnelet, un avocat de dix ans son aîné. Maurice a d’autres liaisons. Agnès l’aime à la folie. Actionnaire du Palais de la Méditerranée, Agnès veut vendre sa part de l’héritage familial pour voler de ses propres ailes. Une partie truquée siphonne les caisses de la salle de jeux. On menace Renée. Derrière ces manœuvres guerrières plane l’ombre de la mafia et de Fratoni le patron du casino concurrent qui veut prendre le contrôle du Palais de la Méditerranée. Tombé en disgrâce auprès de Renée, Maurice met en relation Agnès avec Fratoni qui lui offre trois millions de francs pour qu’elle vote contre sa mère. Agnès accepte le marché. Renée perd le contrôle du casino. Agnès supporte mal sa propre trahison. Maurice s’éloigne. Après une tentative de suicide, la jeune femme disparaît à la Toussaint 1977. On ne retrouvera jamais son corps. Trente ans après, Maurice Agnelet demeure l’éternel suspect de ce crime sans preuve ni cadavre. Convaincue de sa culpabilité, Renée se bat pour qu’il soit condamné…
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