Une équipe de reportage suit Katy, productrice télé aux dents longues, qui décide de lancer une nouvelle émission de télé-réalité qui fera exploser les scores d’audience. Les candidats de cette émission au concept révolutionnaire vont s’affronter en direct à la roulette russe pour gagner 5 millions de dollars.

Note de l’Auteur

[rating:7/10]

Date de sortie : 23 janvier 2008
Réalisé par Bill Guttentag
Film américain
Avec , ,
Durée : 1h36
Titre original : Live !
Bande-Annonce :

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« Ca fait bien d’être contre la télé mais tout le monde l’adore ». Une phrase parfaitement illustrative du film Live ! ainsi que de la société qu’il peint. Un concept caricatural et réaliste à la fois. Une société caricature d’elle-même ? Cette fiction (ah ! qu’il est tentant de la nommer documentaire !) retrace l’évolution d’un concept de type « téléréalité » jusqu’à son terme. Pour le résumer : un révolver, une balle et six candidats. La roulette russe en direct. La promesse d’un décès (accident, meurtre ou suicide ?) à l’écran.

Qui se révolte ? Les américains ? Une quelconque association ? Les dirigeants de la chaîne ? Leur seule crainte est la censure. Une motivation ? L’argent. Le décor est planté. Les discussions, dès qu’il s’agit d’argent et d’audimat, sont constamment tendues, nerveuses. Le spectateur est baladé entre matière réflexive et vive émotion.

Il y a eu de nombreux films qui tentaient principalement de décortiquer le cinéma, d’en expliquer les fondements, de faire réfléchir le spectateur (Les cinéastes de la Nouvelle Vague, par exemple, ou les incontournables soviétiques, pour n’en citer qu’un). Les temps sont différents ; aujourd’hui il faut se méfier de l’attrait de la télévision. Live ! dissèque le principe de manipulation de la télévision. Discussion en salle de montage : que faut-il laisser ? Que faut-il censurer ? Et oui, nous y voilà ! Une émission qui veut « montrer ce que jamais personne n’a vu » cache des choses. C’est dans le « tout-visible » que la censure est la plus forte.

Ce film est un condensé de ce que nous trouvons dans les ordures de la télévision : un effet reportage (qui n’est en aucun cas informatif), émissions, diffusions de vieilles bandes « souvenirs de famille » pour la nostalgie et bien sûr l’envers du décor. Les choix esthétiques de ce film s’adaptent au type de récit voulu : du sur-montage pour l’émission, au plan-séquence et caméra épaule pour un effet making of. Les caméras sont donc nombreuses dans ce film. Elles sont même les protagonistes principaux. Nous relèveront de nombreux instants où elle est nommée ( « Passe-moi la caméra », « Caméra 3 à toi ! »). Elles leurrent et ce sont par elles et devant elles que les Américains vont voir la mort capturée et captivante. Mais jamais la caméra n’est filmée, jamais montrée. Elle est là, comme une menace invisible, jamais découverte.

L’hypocrisie, l’envie et le rêve s’envolent, tour à tour, lorsque le candidat pose, sur sa tempe, l’arme. Un instant où la réalité reprend le dessus, la virtualité de la télévision s’efface devant cette (re)prise de conscience : « Je ne suis pas dans une fiction où le mort se relèvera à la fin du tournage ». Un temps bien trop court. A l’instant même où il découvre qu’il est toujours en vie, qu’il a empoché les 5 millions de dollars désirés, la joie explose oubliant que leur vie sauve équivaut à la mort d’un autre.

Il est quasiment impossible de rester indifférent devant ce film. Le principe de cette émission est incroyable, choquant, horrible, inhumain. Faut-il vraiment se rassurer parce que nous nous révoltons devant un tel concept ? Sommes-nous réellement immunisés de la bêtise évoquée par le film ? Mais la véritable question réside en ceci : est-il vraiment inconcevable que ce type d’émissions apparaisse dans notre société actuelle ?