Il a fallu toute la pugnacité et le talent de Lawrence Grobel, l’un des plus grands interviewers américains, pour l’amener à lever le voile sur ‘l’ énigme Al Pacino’. Au fil des années, le journaliste est devenu l’un des amis les plus proches de l’acteur, et c’est grâce à cette complicité qu’Al Pacino a accepté de livrer ses mémoires en forme de conversation. Près de 500 heures d’entretiens, menés entre 1979 et 2007, ont donné naissance à ce livre.

Note de l’Auteur

[rating:8/10]

Date de parution : 23 octobre 2008
Ecrit par Lawrence Grobel
Editeur Sonatine
Pages : 302
EAN13 : 9782355840036

L’histoire de ce livre commence en 1979, lorsque, séduit par l’interview de Marlon Brando, Alfredo James Pacino livre ses premières confidences à un journaliste américain, Lawrence Grobel. L’acteur prolifique laisse parler l’homme discret, depuis ses débuts, en remontant la ligne du temps, jusqu’à aujourd’hui, trente années de confidences qui verront naître une amitié insolite entre les deux compères. L’acteur au regard tourmenté (Le Parrain), intriguant (Scarface), hilare (L’Avocat du Diable), ténébreux (Panique à Needle Park) est d’une nature pudique. Le Star System ne l’intéresse pas, ses motivations restent celles d’un acteur préoccupé par son métier, et rien d’autre !

Bercé depuis son adolescence (dans le Bronx du sud) par l’univers tchekhovien, puis shakespearien (le Roi Lear est actuellement en préparation, le rôle du Roi lui est déjà attribué !), Al Pacino martèle les planches des théâtres new-yorkais, où cent fois sur le métier il remettra son ouvrage, en stakhanoviste du dogme actorial : chaque représentation constitue une performance singulière, ‘Ce que je suis, c’est aussi mon travail’ se confiera-t-il en 1979. Son amour du théâtre et sa passion du cinéma le conduiront à réaliser trois pièces filmées (The Local Stigmatic en 1969, Chinese Coffee en 1989 et Looking for Richard en 1996), dont deux ne seront commercialisées qu’en 2005 à la sortie d’un coffret réunissant les trois œuvres, preuve de son appétence artistique et de son aversion pour le succès commercial. Piètre écrivain, mais amoureux du verbe, il n’a de cesse d’interpréter ses personnages avec une méticulosité millimétrique, tirade après tirade.

Les pages de cet ouvrage consacrent un long chapitre à la trilogie qui a scellé un mythe : Michael Corleone. Le respect mutuel qui anime la relation avec Francis Ford Coppola est révélateur de l’Homme, ‘un acteur d’une rare intelligence’ confiera le réalisateur. Le lecteur s’immerge dans les arcanes du légendaire triptyque : de l’insistance de Coppola auprès des producteurs pour engager Pacino, au troisième volet qui suscitera les envolées lyriques de nombre de critiques, envolées pour la plupart stériles. Al Pacino avoue sans crainte que l’absence de Robert Duvall dans le rôle du consigliere est en grande partie à l’origine de cette cabale médiatique lors de la sortie du film. La pierre d’achoppement. Avec du recul, et loin de tout orgueil démesuré, Al Pacino confesse que le Michael Corleone du deuxième volet a été sans conteste LA meilleure prestation de sa carrière. Acteur, mais aussi spectateur, il porte un regard admiratif sur ses pairs : Robert de Niro, Sean Penn, Johnny Depp, Diane Keaton, Meryl Streep, Sam Peckinpah, Robert Altman, pour ne citer qu’eux.

Débonnaire dans l’âme, l’homme n’en est pas moins un existentialiste hors-normes, n’oubliant pas et ne reniant pas ses origines siciliennes, ces fibres familiales (ce grand-père dont il parle avec tendresse) qui ont façonné ce caractère taillé dans le roc. Esthète infatigable (manger en écoutant du Beethoven relève de l’insulte), Al Pacino nous ouvre le livre de sa vie, de son œuvre, et de son cœur…pour notre plus grand bonheur !