S

i le format de la série télévisée, héritée des feuilletons littéraires puis radiophoniques, est presque aussi vieux que le médium lui-même, il n’a pas toujours eu bonne presse tant auprès des critiques que du public qui voyait dans la fiction sur petit écran un produit sans grande vertu artistique. Malgré quelques exceptions pour certains programmes de “prestige” ou au succès public indiscutable, la reconnaissance du genre est venue progressivement (même si encore plus tardivement en France). Le cap charnière de la fin des années 90 et début des années 2000 a trouvé sa source dans la production de séries par des chaînes du cable américain comme HBO, Showtime, etc… avec un pari de liberté artistique assez osé et que l’on peut à posteriori considérer comme très réussi, étant donné qu’il a ouvert la voie à un nouvel Age d’Or pour celles-ci.

Des Hommes Tourmentés (Difficult Men: Behind the Scenes of a Creative Revolution en VO) est la peinture des coulisses de la création de ces séries qui ont changé la façon de considérer les séries et ont pu permettre une adhésion conjointe du public et des critiques à ce format. La plus grande partie de cet ouvrage est d’ailleurs consacrée à la production de la série considérée comme fondatrice de ce changement de mentalité, The Sopranos, et à son créateur David Chase. D’autres créateurs et d’autres programmes du même niveau d’exigence sont ensuite exposés dans les pages suivantes avec notamment David Milch et son Deadwood ou encore David Simon et son The Wire (Sur Ecoute en VF).

Des Hommes Tourmentés

(c) Editions de la Martinière

”On comprend très vite que l’affection de l’auteur pour ces “personnalités” est évidente et qu’il ne cherche pas à réaliser un dossier à charge sur ces individus talentueux”

Le tableau dépeint par l’auteur montre que le titre de l’ouvrage est pertinent : ces créateurs ont tous pour point commun un caractère très particulier. Qu’il soit dû à un ego surdimensionné, un caractère farfelu ou encore un penchant pour une certaine violence ou dépendance quelconque, l’ensemble de ces séries ont été conçues de manière assez particulière que ce soit dans la sélection des membres de leur writer’s room, dans l’urgence de la production, etc.

Brett Martin, journaliste pour GQ mais ayant déjà publié dans le New York Times ou encore Vanity Fair, explique tout cela de manière tout à fait fluide dans son livre. L’angle d’attaque peut parfois sembler “dénonciateur” mais on comprend très vite que l’affection de l’auteur pour ces “personnalités” est évidente et qu’il ne cherche pas à réaliser un dossier à charge sur ces individus talentueux et ayant eu la chance de taper juste à un moment donné. Très intéressant et fourni (près de 500 pages sur le sujet tout de même), il s’agit sans aucun doute d’une référence sur le mouvement lancé par HBO aux Etats-Unis il y a 15 ans et qui se retrouve désormais dans l’énorme succès de séries comme Breaking Bad, Mad Men ou encore Game of Thrones.

FICHE TECHNIQUE
Date de parution : 25 Septembre 2014
Auteur : Brett Martin
Editeur : Editions de la Martinière
Pages : 480
EAN13 : 9782732465456