Un superbe hommage à Stanley Kubrick, l’un des grands visionnaires de notre époque, écrit par Michel Ciment, spécialiste français du cinéma et confident de trente ans du réalisateur. Stanley Kubrick, plus qu’aucun autre cinéaste contemporain, a su projeter sur les écrans l’imaginaire de notre temps. ‘L’ Ultime Razzia’, ‘Les Sentiers de la gloire’, ‘Lolita’, ‘Dr Folamour’, ‘2001, l’Odyssée de l’espace’, ‘Orange mécanique’, ‘Barry Lyndon’, ‘Shining’, ‘Full Metal Jacket’, ‘Eyes Wide Shut’, ses films ont attiré les foules, divisé la critique, stimulé ses confrères et les autres artistes. Son cinéma se révèle unique dans sa diversité, ne se réduit à aucune formule, et Kubrick lui-même, malgré sa gloire, est resté jusqu’à sa mort un créateur secret et mystérieux.

Note de l’Auteur

[rating:9/10]

Date de parution : 15 septembre 2004 (édition définitive)
Ecrit par Michel Ciment
Editeur Calmann-Lévy
Pages : 328
EAN13 : 9782702135181

A l’heure où la Cinémathèque Française consacre une exposition monumentale à cet artisan du septième art (du 11 mars au 31 juillet), 2011 à n’en pas douter est marquée du sceau kubrickien, ad vitam aeternam. Rééditions littéraires, intégrale de sa filmographie, exposition, l’œuvre de Stanley Kubrick est exhumée dans un élan de philanthropie qui satisfera tant les inconditionnels que les profanes. Dans l’ouvrage qui nous concerne, Michel Ciment livre en pâture 46 années d’une carrière démiurgique, singulière et par à-coups insondable.

Le rideau s’entrouvre sur un panégyrique du cinéaste italo-américain Martin Scorsese, pamphlétaire non moins reconnu que son homologue. Ses quelques considérations se portent garantes de la reconnaissance ultime d’une corporation vouée tout entière à l’unique credo de la création artistique. Michel Ciment prend ensuite le relais. Et quelle passe d’armes !

Au travers d’une biographie exhaustive et circonstanciée, de quatre entretiens privilégiés, et de nombreux témoignages (14 au total) de ses plus proches collaborateurs, actrices et acteurs, Michel Ciment éprouve une réflexion critique qui sodomise les tréfonds de l’œuvre, sans aucune vergogne. Le confident de 30 ans libère sa faconde pour mieux étreindre les treize longs-métrages qui dépeignent un parcours brillant et marginal, écrémé des vicissitudes du système hollywoodien. Sa collaboration et son amitié avec James B. Harris dans les œuvres liminaires reflètent cette volonté commune de tracer la voie à une totale autonomie, et un contrôle absolu sur leur travail. L’utopiste qu’est Kubrick n’hésite pas à se confier, l’homme intrinsèquement discret et réfutant les interviews, n’en demeure pas moins charitable dans ses réponses, véritables clés pour comprendre sa passion, sa méticulosité, son indépendance et ses prises de risque. Il n’a de cesse d’étonner et d’interpeller, lui le créateur, ce monolithe fait homme dont le combat avec ses propres démons n’est jamais aussi bien transposé que dans son habileté visionnaire à créer des héros jaillis des limbes de son imaginaire. Jack Nicholson et Marisa Berenson, entre autres, témoignent par des mots justes et touchants de leur expérience unique qui gravera leur parcours actorial au fer rouge.

L’iconographie (près de 400 illustrations, dont certaines inédites) s’empare autant de la luminescence de l’homme que de celle de son œuvre. La posture, la gestuelle, le regard évoluent au fil des clichés, le travail du temps sculpte sans contrefaçons l’icône intransigeant et imprime son ombre telles des stigmates. La quête de l’homme se transforme en croisade épique, en odyssée des temps modernes, en conquête schizophrénique ; tranchée par tranchée, au souffle du napalm, le masque tombe, le vernis s’effrite, le manteau s’entrebâille et le démiurge éclot, enfin, libéré de ses angoisses, affranchi de ses démons, mais toujours nimbé de mystère…

Michel Ciment tire le rideau par une vibrante conclusion, un ultime dithyrambe empli de tendresse. Kubrick méritait de fait ce livre-somme, lui qui, tel un galérien, a consacré toute sa vie à la recherche perpétuelle de son art, sans jamais se retourner, pointant son regard droit vers l’horizon, halo d’une vie éternelle…

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