Alors qu’il descend une rivière en kayak pour observer des oiseaux, Fernando, un ornithologue portugais, est entraîné par les rapides et échoue plus bas, blessé et inconscient. Dans un premier temps, il y a la possibilité d’aborder L’ORNITHOLOGUE de João Pedro Rodrigues comme un genre de survival. On sourit même à y voir une sorte de version portugaise lointaine de The Revenant, ou plutôt du Convoi sauvage de Richard C. Sarafian, qui adapta déjà en 1971 l’histoire du trappeur Hugh Glass. Si le film fonctionne parfaitement dans ce sens durant sa première heure, sa suite se dévoile finalement être une réappropriation libre de la vie de Saint Antoine.

Bien connu dans la culture portugaise, Saint Antoine est né Fernando en 1195. Au retour d’une mission d’évangélisation au Maroc, il échoua au sud de l’Italie. Son parcours se termina à son entrée dans la ville de Padoue dont il prendra le nom avec la postérité ; Saint Antoine de Padoue. Si la proposition de relecture de João Pedro Rodrigues s’avère audacieuse et parfois comique, elle est malheureusement tout de même rude et éreintante pour un final qui n’en vaut peut-être pas tant de peine.

image de L'ORNITHOLOGUE

En effet, il est indéniable que L’ORNITHOLOGUE a quelque chose de fascinant. Hypnotique même, lorsque le réalisateur prend le temps de filmer longuement Fernando (Paul Hamy), nageant dans la rivière et observant discrètement les oiseaux. Par cette lenteur, il tend à nous faire adopter le regard de son personnage. Par la marque des jumelles à l’écran, ou à l’aide d’une caméra tremblante lorsqu’elle essaie de suivre le vol des volatiles. Durant ces premières minutes où rien ne semble vraiment se passer, João Pedro Rodrigues fait au moins ressentir les sensations de Fernando et nous amène à nous rapprocher le plus possible de lui. Cela, jusqu’à son accident, qui vient nous surprendre nous aussi. Alors le film s’accélère, avec une intensité dramatique, accompagnée des sublimes décors naturels que capte le cinéaste. Une forêt brumeuse ou une rivière étrangement verte, on croirait parfois observer des peintures. Mais si la qualité visuelle de L’ORNITHOLOGUE est indéniable, le reste laisse au fil du temps plus sceptique.

« Le chemin de croix que met en scène João Pedro Rodrigues devient le nôtre devant son film. »

Faisant apparaître des personnages secondaires, de manière souvent burlesque et toujours riche de sens, João Pedro Rodrigues ne parvient pas pour autant à garder notre attention. Mêlant onirisme et surréalisme, et évoquant vaguement du spiritisme comme du chamanisme, le réalisateur va dans trop de directions en terme de forme et s’éloigne grandement de son produit de départ, jusqu’à nous perdre en route. De même que l’empathie que l’on pouvait avoir pour Fernando, qui peu à peu s’effacera face à ses actions et son attitude parfois illogique. Alors, même si on y trouvera toujours une réelle beauté, et une pertinence dans la représentation de l’homosexualité (comme expliqué dans notre dossier sur l’homosexualité à l’écran, le film la montre sans volonté de discours), il restera des deux heures de déambulations de Fernando un sentiment de vide soporifique. Nous noyant d’innombrables symboliques, assez grossières – comme l’étreinte amoureuse avec ce jeune homme sourd et muet du nom de Jesus, dont le réalisateur s’amuse évidemment avec le caractère blasphématoire -, le chemin de croix que met en scène João Pedro Rodrigues devient finalement le nôtre devant son film.

Pierre Siclier

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