« Salut, Macbeth ! salut à toi, thane de Glamis !

Salut, Macbeth ! salut à toi, thane de Cawdor !

Salut, Macbeth qui plus tard sera roi ! »

Telle est la prédiction des trois sorcières qui pousse le valeureux Macbeth et l’ambitieuse Lady Macbeth, sa femme, à prendre des décisions fatales.

Véritable classique de la littérature, la pièce de William Shakespeare est un défi pour tout réalisateur qui s’y frotte. Située dans un contexte, une époque et un pays très particulier et daté, Orson Welles reprend dans son film tous les clichés et tous les stéréotypes d’une Écosse du Moyen-Âge. Dans des décors poussiéreux et parfois kitschs, portant des costumes de fourrure et des robes  médiévales, les personnages imaginés et conçus par Shakespeare prennent vie. Ne dit-on pas des oeuvres les plus connues qu’elles sont gravées dans la pierre (voire dans le marbre) ? Cette pierre, ce roc, forment à eux seuls le principal décor du film : le château de Macbeth. Comme si Orson Welles avait voulu nous rappeler l’intemporalité et l’immortalité de l’oeuvre de l’auteur britannique. Comme si par cette nouvelle adaptation le réalisateur démontrait une nouvelle fois que les notions de trahison, de violence et de folie n’ont pas d’âge. Certains s’interrogent déjà sur le terme de « nouvelle adaptation »… En effet, MACBETH est la première adaptation cinématographique d’une pièce de Shakespeare mise en scène par Orson Welles. Cependant n’a-t-il pas dirigé et  joué dans la pièce plusieurs fois sur scène dont une fois en plein coeur de Harlem ? Oui, à ce moment là, la pièce jouée en 1936 ne se déroulait pas en Écosse mais aux Caraïbes. Tous les rôles étaient tenus par des acteurs Afro-américains. Autant dire qu’ Orson Welles s’était déjà frotté à l’oeuvre shakespearienne avant de se lancer dans son projet de film.

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Quel besoin d’en réaliser une nouvelle adaptation cinématographique me direz-vous? Tout est dans le terme « cinématographique ». Car une des forces de ce film est justement sa qualité cinématographique. Tout est pensé pour être adapté à ce média magique qu’est le cinéma. Fini les longs monologues adressés au public. Ils sont remplacés par des voix off traduisant les pensées des personnages sur leurs visages torturés et tortueux. Chaque plan (bien qu’ils soient souvent fixes) fait l’objet d’un travail de composition aussi bien dans le placement des acteurs, dans la disposition du décor que dans les jeux de lumières. Car dans ces décors où il ne fait jamais jour et jamais nuit, les ombres et les lumières font sens. Les unes assombrissent les visages des traîtres et dévoilent leurs projets funestes. Les autres éclairent ceux dont la loyauté n’a d’égale que leur volonté de justice. Mais c’est aussi en jouant sur le zoom, sur le flou et la netteté (lors de la scène d’hallucination par exemple) qu’ Orson Welles démontre son inventivité d’adaptation de l’oeuvre originale.

« Rencontre au sommet entre un auteur immortel et un réalisateur de génie. »

Le génie du réalisateur est également de savoir garder les éléments moteurs et forts de la pièce. À commencer par son texte. L’invocation des trois sorcières par Macbeth, scène dénuée de presque tous les artifices du cinéma, constitue en elle-même une preuve de ce talent. Un homme. Un rocher. Des mots. Et un regard… Ce regard empreint de rage et de folie. Le tout créant un moment inoubliable et fantastique dans l’histoire du cinéma. Mais Orson Welles a aussi conservé la tragique fatalité qui imprègne la pièce. Macbeth n’est qu’une marionnette dont les ficelles sont tirées par des femmes, les trois sorcières dans un premier temps, sa femme dans un second. Orson Welles fait des premières des silhouettes, mystérieuses, féminines et pourtant sans visage. La seconde, toujours un pas en arrière par rapport à son époux, profite de sa place dans l’obscurité pour chuchoter les mots scellant le sort du héros. Ces mots qui les précipiteront au pouvoir mais aussi ceux qui leurs feront partager la même folie. Folie qui emprisonne les héros dans leurs désirs, leurs violences et leur soif de pouvoir.

MACBETH, oeuvre majeure pour William Shakespeare, l’est aussi pour Orson Welles. Elle lui permet d’explorer une mise en scène audacieuse et moderne, de poursuivre ses recherches esthétiques de jeux de lumières mais aussi de donner vie à des textes immortels. Entre l’ombre et la lumière, le théâtre et  le cinéma, les deux auteurs se rencontrent pour le plus grand plaisir des spectateurs.

@Marie

INFORMATIONS

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• Titre original : Macbeth
• Réalisation : Orson Welles
• Scénario : Orson Welles d’après l’oeuvre de William Shakespeare
• Acteurs principaux : Orson Welles, Roddy Mcdowall, Jeanette Nolan, Dan O’Herlihy, Edgar Barrier, Peggy Webber, John Dierkes, Keene Curtis
• Pays d’origine : États-Unis
• Sortie : 23 juin 1950
• Durée : 1h47 min
• Distributeur : Carlotta Films
• Synopsis : Macbeth, poussé par sa femme et dévoré d’ambition, assassine le roi d’Ecosse, Duncan, et monte sur le trône. Trois sorcières avaient prédit qu’il deviendrait roi puis que lui succèderait Banquo, l’un de ses proches. Pour conserver le pouvoir, Macbeth ordonne le meurtre de Banquo, mais le fils de celui-ci parvient à s’enfuir. Lors d’un banquet, le spectre de Banquo réapparait. Macbeth effrayé décide de tuer son lieutenant Macduff, qui s’enfuit aussi. Macbeth assassine sa femme et ses enfants. Lady Macbeth, devenue folle, se suicide. Une armée est en marche sur le château où Macbeth est reclus.

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