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78 ans, Woody Allen continue sur son rythme ahurissant d’un film par an. Beaucoup de réalisateurs aimeraient se targuer de pouvoir tourner autant que lui. Ces dernières années, le réalisateur américain a commencé à délaisser son New-York natal pour se diriger vers l’Europe et ses plus belles régions afin d’entamer ce qu’on pourrait vulgairement appeler « un cycle carte postale ». Après Londres (Match Point), Rome (To Rome With Love), Barcelone (Vicky Cristina Barcelona) et Paris (Midnight in Paris), MAGIC IN THE MOONLIGHT nous embarque pour le sud de la France, sur la French Riviera des années 20 en compagnie du charmant duo Colin Firth/Emma Stone.

Woody Allen a toujours fait de ses personnages le pivot central de ses films. Son attirance pour le théâtre se fait ressentir, il a le goût pour les échanges verbaux, quitte à se contenter du minimum syndical en termes de mise en scène pour laisser la part belle à ses acteurs. L’intention est perceptible par son envie de toujours réduire au maximum la profondeur de champs, quelle que soit la valeur de plan, afin d’avoir net uniquement son personnage et d’éclipser tout le reste. MAGIC IN THE MOONLIGHT répond à cette logique de mise en scène, économe au maximum dans ses effets voir invisible. Dans le mauvais sens du terme. Heureusement pour lui, Woody Allen est un excellent dialoguiste. Les échanges verbaux teintés d’humour font souvent mouche. Les acteurs ont ainsi de la matière pour exprimer tout leur talent. Colin Firth (Le Discours d’un Roi) est savoureusement détestable dans ce rôle de magicien aigri et misanthrope, vouant un culte au rationnel. Sa confrontation avec Emma Stone (Amazing Spider-Man) propose de beaux moments. Hélas isolés dans un métrage qui ne décolle jamais. La faute à un rythme linéaire (symbolisé par cette musique jazzy INSUPPORTABLE revenant à l’identique de nombreuses fois au cours du récit) et à un scénario qui tourne en rond autour de la question de la croyance. Woody Allen n’aurait-t-il pas déjà tout dit ? MAGIC IN THE MOONLIGHT incarne le souci qui guette sa filmographie. A force d’enchaîner les projets à une vitesse folle, son cinéma se répète, s’essouffle. L’envie de mettre en scène n’est pas palpable, les champs-contrechamps ne trouvent de la vitalité que dans la vigueur des dialogues. On comprend facilement, en même temps, qu’avec un tel rythme de travail, les erreurs de parcours peuvent être de mise. Depuis 2010 et Vous Allez Rencontrer un Bel et Sombre Inconnu, le cinéma de Woody Allen vacille et se repose sur un équilibre fragile où la richesse des personnages qu’il mettait en scène était le dernier rempart face à l’ennui. Excepté l’épatant Blue Jasmine l’an passé, il est devenu compliqué d’être enthousiaste devant ses derniers essais.

Darius Khondji sauve l’aspect visuel. Sa photographie vintage, débordante de lumière et saturée reste ce qui nous marquera le plus dans ce Magic in the Moonlight.”

Des scènes fonctionnent avec brio comme celle à l’Observatoire. Sublime car atténuée de cette cruauté sous-jacente omniprésente dans le comportement de Stanley. Pour une seule fois sur 1h40, on croit à l’amour. A trop vouloir faire le rigolo avec ses dialogues acides, Woody Allen perd l’émotion qu’il aurait pu susciter. En même temps, l’émotion l’intéresse-t-elle ? Il est rare de sortir ému d’un film de Woody Allen. Encore une fois, MAGIC IN THE MOONLIGHT est un film auto-centré sur son réalisateur, où les croyances de ce dernier transpirent à tous les instants. Stanley va remettre en cause tout ce dont il prône en se confrontant à l’amour. Néanmoins, le film aussi allénien qu’il est, cache en son creux un discours sur l’amour moins cruel que ce dont on pourrait attendre d’un film du réalisateur new-yorkais. La magie du titre, c’est celle de l’amour. Celle qui vous rend idiot car on se laisse berner par ce qu’on ne comprend pas, ce qui est invisible. Il faut l’accepter, « être sot » et là se trouve le bonheur. L’idée est belle, empreint d’une poésie qui ne se diffuse pas sur le film. Allen expose sa théorie mais s’enfonce dedans. On a connu de sa part des scénarios bien mieux ficelés sur les rapports entre les personnages. Ici le schéma est trop sage pour passionner. La seule petite pirouette magique effectuée au 2/3 du métrage par Stanley nous sort de la torpeur dans laquelle on s’était malheureusement installé. “Je n’ai pas vu le temps passer” lâche Stanley à Sophie pour lui dire à quel point croire en l’impossible l’a libéré. On aurait aimé qu’il nous arrive autant.

© Mars Distribution

© Mars Distribution

La recette allénienne subit un violent coup d’arrêt cette année alors qu’il venait de nous livrer un Blue Jasmine alléchant au possible et pouvant prétendre à figurer parmi les meilleurs films de son auteur. On regrette la douce fantaisie de Midnight in Paris, film des plus inoffensif qui nous emportait par son agréable magie. En abordant le monde du spiritisme et celui de la magie, Allen aurait pu aromatiser son film de plus de folie. Darius Khondji, chef opérateur de Se7en, sauve l’aspect visuel. Sa photographie vintage, débordante de lumière et saturée reste ce qui nous marquera le plus dans ce MAGIC IN THE MOONLIGHT. Il sublime les décors riches en chaleur de la Côte d’Azur pour livrer des plans renversants de beauté. Son travail mérite milles louanges. Sous son emballage clinquant, ce cru 2014 ne restera pas dans les mémoires au moment où viendra l’heure de faire un bilan de la carrière de ce prolifique réalisateur.

CASTING
Titre original : Magic in the Moonlight
Réalisation : Woody Allen
Scénario : Woody Allen
Acteurs principaux : Colin Firth, Emma Stone, Eileen Atkins, Hamish Linklater
Pays d’origine : Amérique
Sortie : 22 OCTOBRE 2014
Durée : 1h38mm
Distributeur : Mars Distribution
Synopsis :Le prestidigitateur chinois Wei Ling Soo est le plus célèbre magicien de son époque, mais rares sont ceux à savoir qu’il s’agit en réalité du nom de scène de Stanley Crawford : cet Anglais arrogant et grognon ne supporte pas les soi-disant médiums qui prétendent prédire l’avenir. Se laissant convaincre par son fidèle ami Howard Burkan, Stanley se rend chez les Catledge qui possèdent une somptueuse propriété sur la Côte d’Azur et se fait passer pour un homme d’affaires, du nom de Stanley Taplinger, dans le but de démasquer la jeune et ravissante Sophie Baker, une prétendue médium, qui y séjourne avec sa mère.
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