Dans le cadre de la ressortie de Cinema Paradiso, nous effectuons une rétrospective sur la filmographie du réalisateur italien Giuseppe Tornatore.

MARCHAND DE RÊVES est un film qui porte bien son nom. Il retrace l’itinérance de Joe Morelli, un dénicheur de talent pour le cinéma en Sicile. À bord de sa camionnette, il auditionne et enregistre les candidats et leur donne ce que l’homme chéri le plus, l’espoir.

Sous une forme de road-movie détourné, Giuseppe Tornatore fait la part belle au peuple sicilien qu’il présente sous toutes ses coutures. Alors bien sûr on peut lui reprocher cette succession de personnages se confiant à la caméra, mais bon dieu, c’est impressionnant de voir ce petit bout d’âme qu’il parvient à insuffler dans chacun d’entre eux. Il capture l’émotion dans les paroles d’un berger philosophe, dans les yeux d’une jeunette qui a complètement mordu au discours. Le réalisateur ne juge jamais son personnage, se posant plutôt en observateur malicieux ou plus grave quand les circonstances le requiert.

« Profile destro, profile sinistro, profile centro »¹ Ses mots qui sortent de la bouche de Joe résonnent tel une litanie. À force de répéter inlassablement ces mots, le personnage principal tombe dans une caricature de lui-même, il n’a même plus conscience d’être un petit malfrat, il s’approprie son rôle comme si avec le temps il lui était devenu échu. Sa chute n’en sera que plus rude.

© Cecchi Gori Group

© Cecchi Gori Group

Sergio Castelletto évolue dans le même registre que dans La Légende du Pianiste sur l’Océan. Prisonnier de sa solitude, il mène une existence de baroudeur et refuse de laisser la moindre personne s’attacher à lui. La jeune Beata () en fera l’amère expérience. Malgré toute sa pugnacité, Joe persistera à la repousser jusqu’à ce qu’il soit trop tard.

Au-delà de son intérêt purement contemplatif, MARCHAND DE RÊVES possède une dimension poétique peu surprenante quand on connaît l’amour que voue à son île natale et la manière dont il arrive à le magnifier dans ses oeuvres.

« Sous son apparence qui peut sembler parfois un peu redondante, MARCHAND DE RÊVES cache une magnifique leçon d’humanité. »

Sous son apparence qui peut sembler parfois un peu redondante, MARCHAND DE RÊVES cache une magnifique leçon d’humanité et les dix dernières minutes, absolument sublimes, laissent sans voix. Dans la même veine que Cinema Paradiso, je suis resté scotché devant ce défilement d’images, de visages, qui provoquent empathie et mélancolie.

¹ »Profil droit, profil gauche, profil de face »

INFORMATIONS

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 RÉTROSPECTIVE GIUSEPPE TORNATORE

• Titre original : L’Uomo Delle Stelle
• Réalisation : Giuseppe Tornatore
• Scénario : Giuseppe Tornatore et Fabio Rinaudo
• Acteurs principaux : , Tiziana Lodato, 
• Pays d’origine : Italie
• Sortie : 9 novembre 1995
• Durée : 1h53 min
• Distributeur : Cecchi Gori Group
• Synopsis : Pour quelques sous, Joe Morelli, arnaqueur de genie, sillonne la Sicile a la recherche de nouveaux talents pour le grand écran. A l’aide d’une pellicule inexploitable volée a Cinecitta, il filme quasiment toute la Sicile, mafieux, communistes, paysans, bergers, carabiniers, en leur promettant gloire et richesse. Beata, une jeune Italienne, prendra dans ses filets le marchand de rêves a son propre jeu pour en faire, malgre lui, un autre homme. Grand prix du jury au Festival de Venise 1995.

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