D‘après une histoire vraie. En associant ces mots au synopsis de MARIE HEURTIN, le spectateur devrait déjà verser une larme. Jean-Pierre Améris, qui s’est fait une mission d’émouvoir le public depuis une dizaine d’années (Les Émotifs anonymes, L’homme qui rit) ne pouvait pas décemment passer à côté du potentiel de ce récit biographique, dont le ressort principal est la relation qui unit la jeune héroïne sourde, muette et aveugle (life is a bitch) à Sœur Marguerite, nonne à la santé fragile mais au cœur invincible. Dès les premières minutes, on entre dans le vif du sujet grâce à une scène bien pensée et instantanément poétique où la rencontre des deux âmes exceptionnelles se produit par le toucher, perchée dans un arbre qui plus est.On est ainsi tenté de croire que le récit se déroulera d’instants de grâce en instants de grâce jusqu’à un final cathartique, qui par le jeu de larmes de compassion purgera nos yeux et nos esprits, et réveillera notre foi en de nobles sentiments. Belle promesse, qui hélas essouffle vite en grande partie au cause d’une mise en scène malhabile et d’un scénario mal taillé aux articulations.

Il faut reconnaître que transcrire au cinéma la perception du monde par une adolescente privée de deux de ses cinq sens, relève du tour de force, et on ne saurait tenir rigueur au réalisateur de ne pas avoir trouver l’idée adéquate, dans l’image comme la bande-son, qui aurait immergé le spectateur dans une expérience sensorielle inédite. Cependant il aurait pu tirer pleinement profit des différentes cartes qu’il avait en main, malgré un budget modeste, d’autant qu’il a à disposition des interprètes talentueuses telles qu’. Commençons par ce point qui me semble le plus détonant : la direction d’acteurs manque cruellement de subtilité; les réactions sont à ce point surjouées dans la première demi-heure que le casting (mêlant comédiens parlants et sourd-muets) semble être celui d’une comédie ou d’une adaptation naïve de bande-dessinée, plus particulièrement lors de la scène où Sœur Marguerite se bande les yeux et se bouche les oreilles, adoptant un ton burlesque qui n’a pas vraiment sa place dans l’ambiance intimiste et dramatique du film.

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Rares sont les personnages secondaires qui réussissent à prendre du relief dans cette histoire alors que l’enjeu de l’apprentissage est pourtant de permettre à Marie de vivre en communauté, d’établir une communication avec les nombreuses femmes ou filles qui l’entourent. Si Brigitte Catillon tire son épingle du jeu grâce à deux ou trois scènes qui remettent en question son austérité et sa place d’antagoniste, on sent tout de même que le parti-pris d’Améris est de centrer notre attention sur les gestes et les signes que s’échangent la jeune fille et la nonne.

« Faute d’effets visuels ou sonores adéquats, les émotions passent surtout par l’interprétation impressionnante d’ »

Et là encore, la mise en scène manque d’audace, chaque poste pêchant par un excès de sobriété qui dessert la perception de cette relation hors norme, basée sur le toucher et une confiance en l’autre de plus en plus proche de la foi en l’humanité entière. S’il peut apparaître de belles idées autour de la neige, d’un objet fétiche ou d’une balançoire, elles sont rarement mises en valeur par la photographie, ou par des effets dans la bande-son. Elle alterne les longues séquences sans musique et les compositions originales de Sonia Wieder-Atherton, qui résonnent comme des ponctuations, tantôt graves tantôt légères, sobrement jouées sur un seul instrument, le violoncelle, ce qui s’avère vite lassant et dénué d’ampleur. Le travail sur le son ne paraît pas non plus aboutir, si une ou deux courtes séquences jouent sur la surdité de l’héroïne, le reste du temps les bruits sont au contraire très perceptibles, presque amplifiés comme s’ils voulaient exprimer les murmures de la peau et les vibrations de la nature; mais paradoxalement cela désoriente le spectateur, l’éloigne du point de vue de l’adolescente. (Le sous-titrage soulignant le problème en signalant chaque bruit par le texte).

Mais la principale faiblesse du film réside dans les articulations maladroites du scénario. Il manque certaines astuces dont pourrait user Sœur Marguerite pour établir la communication avec Marie, qui rendraient par la même occasion le récit d’apprentissage plus fluide; par exemple : Pourquoi le film commence dans le jardin de l’institut et pourquoi n’utilise-t-elle pas ces senteurs et ces textures dans son enseignement ? Les progrès arrivent à force d’acharnement, les scènes de conflits et d’échecs se répétant ainsi jusqu’à ce qu’un déclic surgi de nulle part se produise enfin dans l’esprit de l’élève, procédé narratif qui s’avère lui aussi vite lassant. En fin de compte, le passage d’enfant sauvage à jeune femme épanouie et altruiste laisse une véritable impression sur la pellicule, grâce à l’évolution du comportement d’Ariana Rivoire, dont c’est ici la première apparition à l’écran et qui nous éblouit déjà par son talent et son charisme.

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INFORMATIONS

Réalisation : Jean-Pierre Améris
Scénario : Philippe Blasband et  Jean-Pierre Améris
Acteurs principaux : Isabelle Carré, Ariana Rivoire, Brigitte Catillon, Noémie Churlet, Gilles Treton
Pays d’origine : France
Sortie : 12 novembre 2014
Durée : 1h35 min
Distributeur : Diaphana Distribution
Synopsis : À la fin du XIXème, la jeune sourde, muette et aveugle est placée par ses parents dans un institut spécialisé, tenu par des sœurs catholiques. Intriguée par cette enfant prisonnière de son , Sœur Marguerite est volontaire pour s’occuper d’elle…

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