Avec MARYLAND, son second long métrage, Alice Winocour confirme son talent en réitérant l’exercice d’un cinéma de la psyché.

Après Augustine en 2012 dans lequel elle étudiait l’hystérie féminine à travers les recherches du professeur Charcot, elle s’attaque à un autre type de trauma, celui de Vincent incarné par Matthias Schoenaerts, un militaire de retour d’Afghanistan souffrant de stress post-traumatique. Lors d’une soirée dans la luxueuse Villa Maryland il rencontre Jessie, interprétée par , la femme du riche propriétaire et homme d’affaire Libanais. Alors qu’on le diagnostique inapte à retourner au front, Vincent accepte d’assurer la protection rapprochée de cette femme pour qui il éprouve une certaine fascination. Il s’engage dans cette mission comme dans un ultime combat.

Nommé dans la catégorie « Un certain regard » à Cannes, MARYLAND nous invite à pénétrer le cerveau de Vincent et nous livre aux altérations de son système nerveux, entre hyper-perceptions et instincts primitifs.

Le film s’ouvre sur une série de tests auditifs. Plan rapproché. Puis une réception, du monde, de la musique, une oreillette. À peine quelques minutes se sont écoulées et on est saisi par le travail phénoménal de la bande son. Amplification, assourdissement, saturation, les sonorités ambiantes se mêlent aux bribes de discussions que traque Vincent et nous plongent au cœur de l’intrigue.

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Le film fusionne les genres: Huit-clos oppressant, thriller psychologique, film politique et histoire d’amour s’imbriquent autour de Jessie, son jeune fils et leur protecteur. La quasi-totalité de l’action se déroule dans la prison dorée de la villa mais la mise en scène joue sur les effets de rupture. Le scénario est impatient, les séquences à la longévité calculée sont coupées nettes par des scènes d’attaques ultra violentes. On reste accroché à son siège , le souffle coupé et on prie pour être épargné.
La réalisatrice n’hésite pas à encrer son propos dans la réalité par le biais d’une télévision constamment allumée sur les chaînes d’infos et diffuse quelques secondes du reportage Raqqa, la dictature de la peur – (Caméra cachée au cœur de la capitale des Djihadistes). La tension monte d’un cran, la mission prend une tournure d’étau politique qui dépasse les protagonistes et qui se referme inéluctablement sur eux. Sont-ils pris au piège ?

« La réalisatrice crée un prisme sensoriel brillant d’efficacité et réussit à élever le spectateur dans une position de quasi-omniscience. On est dedans et dehors, captif et distinct de l’action, littéralement happé. »

On s’engouffre sans retenue dans cette histoire aussi (et surtout) grâce à la performance ahurissante de Matthias Schoenaerts. Il incarne plus vrai que nature cet écorché vif quasi animal qui flaire, pressent, attaque et vainc. Son emploi n’est pas sans rappeler son rôle dans De rouille et d’os de Jacques Audiard, mais on ne s’y arrête pas car il porte le film avec grâce. Son interprétation est puissante, organique à l’instar d’une scène dans les cuisines de services ou la jalousie qui l’envahit est visible sans le moindre mot, par le seul frissonnement de ses pores de peau et la dilatation de ses iris. Matthias Schoenaerts est bluffant . Le seul petit bémol du film sa toile de fond: l’histoire d’amour. On aurait aimé Diane Kruger plus sensuelle, épidermique. Sa froideur et sa superbe sont impeccables et nécessaires pour servir son personnage de femme inaccessible mais on reste trop en décalage avec les visions intenses de son partenaire. C’est une attirance plus énigmatique que charnelle , le mystère plane… Alice Winocour avait déjà préféré le traitement cérébral du désir à l’érotisme dans Augustine mais ce parti pris enlève tout de même quelque chose au film qui mise dés départ sur cette attirance.

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En réalisant MARYLAND, Alice Winocour signe un film d’action à l’atmosphère suffocante, nerveuse, instinctive et violente digne de la signature d’un homme. Elle n’a rien à envier à ses congénères, on pourrait même aller jusqu’à dire « au contraire ». Elle insuffle quelque chose d ‘éminemment sensible et poétique à l’animalité humaine qu’elle veut montrer. Elle fait un film envoûtant, de peau et de chair ou le spectateur occupe une place de choix. Son projet d’incarnation est une réussite totale. On pense parfois à un Audiard ou à du Noé et sa scène de l’extincteur d’Irréversible mais non, c’est un Winocour. Rare. Palpitant. Talentueux. Coup de cœur à ne pas manquer.

INFORMATIONS

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Titre original : Maryland
Réalisation : Alice Winocour
Scénario : Alice Winocour, Jean-stephane Bron
Acteurs principaux : , Diane Kruger
Pays d’origine : France, Belgique
Sortie : 30 septembre 2015
Durée : 1h40
Distributeur : Mars distribution
Synopsis : Vincent est victime de stress post traumatique de retour d’une mission en Afghanistan , incapable de retourner au front , il accepte d’assurer la protection rapprochée de Jessie , femme d’un riche homme d’affaire libanais. Il est immédiatement fasciné par cette femme.

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