Greg Gaines (Thomas Mann) est un garçon solitaire. Il s’est fait une réputation de ‘neutralité’ dans son lycée un peu folklorique des quartiers populaires de Pittsburgh, n’appartenant à aucun clan ou groupe ou club de quelque sorte. Pour sa dernière année avant l’université, il s’est fait la promesse de ne pas changer et de continuer à n’avoir pour seul ami qu’Earl (), son « collègue », qu’il fréquente depuis l’enfance, et avec lequel il partage sa passion pour des parodies de films faites main, avec deux bouts de ficelle et du carton.

Seulement voilà, Rachel Kushner (), une voisine qu’il ne connaît que peu, vient d’apprendre qu’elle est atteinte d’une leucémie et lorsque la mère de Greg (Connie Britton) intime à son fils de se rendre chez la malade, les certitudes de ce post-adolescent un peu je-m’en-foutiste volent en éclats. « The Dying Girl », la fille mourante, c’est évidemment elle. D’abord réticente, elle accepte de le faire monter dans sa chambre. Ce sera leur sanctuaire. Au fil des jours, Greg et Rachel développent malgré eux une amitié comme on en fait plus, sincère et étrange, drôle et déjà pleine de tristesse. Ensemble, avec Earl qui les rejoint plus tard, ils traversent les hauts et les bas de la maladie, avec humour, dans la lumière rendue jaune-orangée par les rideaux aux fenêtres, dans cette tour d’ivoire où la princesse souffrante s’est réfugiée.

Le premier constat de ce film est sa beauté plastique. On y trouve des travellings monumentaux à travers le joyeux bazar d’un réfectoire, à l’heure du déjeuner. Des plans intimistes et de renversants plans d’escaliers. Tout un quartier filmé tendrement, parfois de travers et quelquefois de nuit, avec ses petites maisons modestes, ses terrains vagues, la rivière. Le bureau du professeur d’Histoire également, où Greg et Earl passent tous les jours pour s’instruire, et surtout manger un morceau.

Cette beauté, Rachel l’a perdue. Elle-même s’en plaint. Plus le film progresse, plus ses joues se creusent, plus son teint vire au gris, plus ses yeux se ferment. Ce qui n’arrête pas la caméra, qui là encore cadre avec amour, en douceur et sans voyeurisme. Une image que Greg et Earl cherchent également à capturer, après qu’une amie leur a proposé de réaliser un film amateur pour Rachel, eux qui aiment tant se moquer des classiques. Plus difficile à faire qu’à accepter, car cette fois l’angle est différent, le sujet est réel et délicat. Fini de rire.

© 2015 Twentieth Century Fox

© 2015 Twentieth Century Fox

 est aussi et avant tout un hommage un peu inhabituel au cinéma. Et pas seulement grâce aux courts-métrages sans prétention des deux réalisateurs en herbe, qui se moquent respectueusement de chefs-d’œuvre du Septième Art. L’abondance de détails cinéphiles est en vérité assez surprenante : un père sociologue fan de Werner Herzog, une boutique de films artisanale et ses étiquettes manuscrites, un poster des 400 coups de Truffaut accroché au-dessus du lit de Greg, même l’envoûtante et légendaire bande-originale de Sueurs froides, du Bernard Herrmann discrètement placée sur une scène. Quant au film fait pour Rachel, il détient le pouvoir de guérison des blessures. Cette même magie que le réalisateur a instillée dans sa véritable œuvre, adaptée par Jesse Andrews d’après son roman éponyme, en forme de témoignage de leurs propres années de lycée, leur psychothérapie par l’image. Le cinéma est ici remède, puissant et magnifique.

« THIS IS NOT A LOVE STORY prouve que la comédie est une partie intégrante de l’art cinématographique. »

Mais THIS IS NOT A LOVE STORY est aussi un manifeste pour ‘la’ comédie (même la plus sérieuse). Les milieux cinéphiles prétentieux et les festivals ont tendance à mépriser ce genre, ou du moins à l’ignorer, lui préférant le drame pur, si tant est bien entendu que comédie et drame soient pris dans leur généralité (chaque comédie est évidemment differente). Même les , pourtant une historique référence, n’ont jamais été vraiment généreux en ce qui concerne la reconnaissance de rôles dits comiques par exemple, y compris renversants. Il y a eu Helen Hunt en 1997 (Pour le pire et le meilleur) ou Kevin Kline en 1988 (Un poisson nommé Wanda), et pourquoi pas Jean Dujardin et The Artist. J’en veux pour précision révélatrice que THIS IS NOT A LOVE STORY, que j’ai pu voir à l’occasion du Washington D.C. Film Festival, avait été classé par les organisateurs dans la catégorie « The Lighter Side », autrement dit celle des films dits « légers » ou des feel-good movies. Ce n’est pas totalement justifié à mes yeux et la seconde partie du film comporte davantage d’inévitables instants plus graves. THIS IS NOT A LOVE STORY prouve que la comédie est en tout cas une partie intégrante de l’art cinématographique, qu’elle peut tout autant parler de choses sérieuses et aborder des questions qui touchent.

En conséquence, et en guise de conclusion, disons que le drame ne devrait pas avoir le monopole de l’émotion filmique. Le Grand-Prix du Jury de Sundance 2015 tire sa dernière force dans cela. Je suis certes facilement transporté par un film. Mais il y a longtemps que je n’avais pas eu les larmes aux yeux au cinéma. Ce fut le cas devant Greg, Earl et Rachel, devant leur foi inébranlable et la sobriété de leurs émotions non retenues, à fleur de peau. Comme on devrait toujours dire alors, merci pour ce moment…

INFORMATIONS

Affiche du film THIS IS NOT A LOVE STORY


+ Critique #2 : THIS IS NOT A LOVE STORY
+ Critique #1 : THIS IS NOT A LOVE STORY
+ Trailer THIS IS NOT A LOVE STORY

Titre original : Me and Earl and The Dying Girl
Réalisation : Alfonso Gomez-Rejon
Scénario :
Acteurs principaux : , Olivia Cooke, RJ Cyler
Pays d’origine : U.S.A
Sortie : 18 novembre 2015
Durée : 1h46
Distributeur :
Synopsis : Greg est un lycéen introverti, adepte de l’autodérision, qui compte bien finir son année de Terminale le plus discrètement possible. Il passe la plupart de son temps avec son seul ami, Earl, à refaire ses propres versions de grands films classiques. Mais sa volonté de passer inaperçu est mise à mal lorsque sa mère le force à revoir Rachel, une ancienne amie de maternelle atteinte de leucémie.

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Bobby
Invité
Bobby

Bonjour,

J’aimerais savoir comment vous avez fait pou voir le film ? J’aimerais trop le voir mais il n’y pas de date de sortie en France.

Merci

Georgeslechameau
Rédaction

Bonjour !
Notre rédacteur TOM, domicilié aux états-unis, nous chronique certains films en avant-première !

Basile
Invité
Basile

Bonjour,

Le film est disponible en téléchargement (en VOD il me semble) depuis hier.

Georgeslechameau
Rédaction

Alors moi j’ai pas du tout aimé pour deux-trois raisons.

Constamment, le film essaye de faire croire qu’il n’est pas ce qu’il est pourtant à 100%: un banal « feel good movie » qui cherche à tirer l’émotion du spectateur à grands renfort d’agressions melodramatiques hardcores, pour lui donner une paradoxale sensation de bien être.
Le plus malhonnête: lorsque le narrateur relève les soi-disant « grosses ficelles » de l’intrigue en faisant croire qu’elles n’en sont pas – alors qu’elles en sont. Mais voilà, M&EatDG est « indé », donc il doit présenter des personnages et une intrigue « hors du commun », il doit forcément faire preuve d’une certaine liberté artistique, et d’un souhait d’élever culturellement son spectateur. Mouais.

Ce qui m’amène au second point très énervant: son étalage d’un prétendu bagage culturel, qui témoigne en réalité de l’inculture véritable des auteurs ainsi qu’à nouveau, d’un certain manque de sincérité. Je m’explique: citer ouvertement Fellini, Bergman, Scorsese et autres grands réalisateurs serait faire preuve de culture, si l’on percevait derrière ces « hommages » une véritable compréhension/retranscription, de l’essence de ces cinéastes… Au lieu d’un cliché absolument reconnaissable et pas subtil, uniquement destiné à stimuler par son accessibilité. Ce n’est pas cinéphile ou respectueux, C’est opportuniste.
Cela prouve seulement qu’on a suivi des cours de cinéma et/ou qu’on a consulté le top 250 IMDb des œuvres les mieux notés et qu’on n’a retenu que celles qui ont plus de 40 ans.

Pour comparaison, revenons deux secondes à l’une des inspirations véritables (mais JAMAIS RECONNUE) de ce M&EatDG: Michel Gondry, et notamment son Be Kind Rewind. Malgré ses nombreux défauts, celui-ci avait le mérite de ne pas se la raconter en citant autant Robocop ou Rush Hour, que Kubrick et De Palma , et de proposer un vrai geste cinéphile faisant fi du paraître et en prouvant un respect total des auteurs envers leurs inspirations, à travers leur parodie. Ce qui n’est jamais le cas dans M&EatDG. Il est d’ailleurs absolument malhonnête de se dire inspiré par « les plus grands » mais de calquer, et je dis bien CALQUER presque l’intégralité du film et de ses effets, sur ceux d’un réalisateur bien plus contemporain (donc moins respectable hein ?) : WES ANDERSON.

Seul point positif pour moi, l’écriture… Même si là encore, on sent trop la réflexion purement mathématique derrière sa conception: chercher le cynisme, le contrepoint, l’humour, le décalage derrière chaque dialogue et situation. Admettons tout de même qu’elle donne du rythme au film et s’avère plaisante.

Tout ça aurait pu rester de l’ordre du détail, si les auteurs n’avaient pas construit leur film autour de ces traits précis… Ce qui amène à l’horriblement gênante conclusion du film, ou ces traits ressortent exagérément.

On appréciera d’ailleurs particulièrement, l’ironie de :

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Faire crever leur personnage féminin à la vision du film qui lui est dédié

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Car ce court-métrage à l’instar du film, n’illustre que le manque de personnalité de son auteur, là il promettait d’en exprimer dans un but précis et ambitieux: faire croire au spectateur en une réappropriation intelligente de la conscience culturelle collective, comme vecteur d’émotion. Raté à tous niveaux.

Depierrois
Invité
Depierrois

Hello, moi, j’aimerais savoir où trouver la BO du film. Merci d’avance !