On se souvient, il y a déjà six ans, du succès du magnifique Bi, n’aie pas peur ! à la Semaine de la critique. Il faut dire qu’ils ne sont pas nombreux les metteurs en scène vietnamiens à se voir offrir une sortie en salles en Occident : Dang Di Phan est l’un deux, et en l’espace de deux longs-métrages il semble s’être déjà acquis les faveurs des grands festivals puisque MÉKONG STORIES (titre français auquel on préférera son homologue international, Big Father, Small Father and Other Stories) fut présenté en sélection officielle à la Berlinale de 2015.

De l’envoûtante photographie de son chef opérateur, Dang en calque une rythmique. MÉKONG STORIES est planant, presque léthargique – s’inscrivant d’ailleurs dans l’esprit de cette nouvelle vague d’Asie du Sud-Est à l’approche au temps quasi-métaphysique, dont l’exemple le plus révélateur est le thaïlandais Apichatpong « Joe » Weerasethakul. Rapprocher le film de Dang au cinéma de Joe n’est pas une comparaison sans fondement, puisque le vietnamien, s’il n’en a pas repris les thématiques, semble s’être grandement inspiré de ce rapport charnel à la nature qui caractérise le cinéma du palmé cannois.

Des influences qui parcourent MÉKONG STORIES de toutes parts. On pense à la veine expérimentale de Gus Van Sant, et plus particulièrement à Elephant et Paranoid Park, pour ce regard à la fois distant et cathartique posé sur la jeunesse et l’homosexualité ; mais aussi à Wong Kar-wai, pour cette colorimétrie hypnotique qui donne au film des airs de tableau mouvant. C’est peut-être la limite du film de Dang, qui peine, malgré son charisme, à se former une personnalité propre ; sans être étouffé par ses muses, il peine à les transcender. Dans la technique et dans l’atmosphère, il en est bien souvent prisonnier.

Photo du film MÉKONG STORIES

© DNY Vietnam

Ironie du sort, c’est bizarrement ce portrait désenchanté de cette jeunesse vietnamienne du siècle dernier que le film tente de dresser qui serait l’élément le plus touchant et intime du film de Dang. Une détresse sociale pas vraiment subtile ni complexe, mais qui parvient à donner à MÉKONG STORIES ce charme dont il manquait cruellement. De jeunes adultes qui rêvent de danser, de photographier, de chanter – mais que l’environnement force à faire des sacrifices terribles et bouleversant, alors que le spectateur sait pertinemment que l’issue de ces fantasmes demeurera inchangée.

« Une illusion souffrante et vivifiante, brutale et séductrice. »

MÉKONG STORIES c’est l’histoire d’une relation compliquée. Une relation entre désir, tradition, ambition et réalité cruelle qui donne au deuxième long-métrage de son metteur en scène un ton à la fois fantaisiste et fataliste. A défaut de prouver sa qualité d’auteur à part entière, Dang monte une illusion (pour ses protagonistes comme ses spectateurs) souffrante et vivifiante, brutale et séductrice. Une suite de paradoxes qui limite notre admiration, mais difficile pourtant de ne pas tomber amoureux d’une chronique si sincère. Poignant.

KamaradeFifien

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INFORMATIONS

Affiche du film MÉKONG STORIES

Titre original : Big Father, Small Father and Other Stories (Cha và con và…)
Réalisation : 
Scénario : Phan Dang Di
Acteurs principaux : , , ,
Pays d’origine : Vietnam, France, Allemagne, Pays-Bas
Sortie : 20 avril 2016
Durée : 1h42min
Distributeur :
Synopsis : Saïgon, début des années 2000. Vu est apprenti photographe, Thang vit de petits trafics et Van rêve de devenir danseuse. Réunis par le tumulte de la ville, ils vont devoir affronter la réalité d’un pays en pleine mutation.

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