MERCENAIRE est le premier long-métrage de Sacha Wolff, réalisateur passé par le documentaire. Lors d’une présentation du film, l’auteur a évoqué son désir d’explorer avec ce film les enjeux sociaux et collectifs du monde des joueurs non métropolitains de petits clubs amateurs de rugby. Il a ainsi été inspiré par ceux qu’on appelle des « mercenaires », qui jouent uniquement pour l’argent, sans prêter attention au maillot ou à la nation qu’ils représentent. Il voulait montrer les difficultés rencontrées par ces français souvent non reconnus, qui viennent de loin (ici Wallis et Futuna) pour tenter leur chance en métropole.

Il a pris le parti de suivre son personnage plutôt que le ballon ou l’issue des matchs. Il s’est immergé dans les clubs, et a passé beaucoup de temps avec les joueurs. Mise à part Iliana Zabeth (Coralie) déjà croisée dans Les Cowboys, son casting n’est constitué de joueurs de rugby, acteurs non professionnels. Même le président du Club de Fumel joue son propre rôle, et c’est plutôt courageux parce que le portrait tiré de ces petits clubs, souvent en difficulté financière, n’est pas très reluisant.

Photo du film MERCENAIRE

Plusieurs films ont déjà traité du rugby, comme Invictus de Clint Eastwood ou Le fils à Jo de Philippe Guillard. Mais ce qu’on retient surtout à propos de MERCENAIRE, c’est la violence qui s’en dégage. Une violence que le jeune Soane (formidable Toki Pilioko) va devoir affronter sous de multiples aspects.

Tout d’abord la violence paternelle, physique et morale, peut être difficile à supporter pour le public mais n’est jamais gratuite dans le scénario. Au contraire, elle est fondamentale pour comprendre que la décision de Soane de braver son père est le premier pas posé sur le chemin de sa liberté. Soane va en payer le prix fort ; au désarroi de son petit frère, dont on devine qu’il va subir lui aussi la tyrannie du père au départ du fils aîné, s’ajoute la violence provoquée par l’exil et le déracinement. Car MERCENAIRE est un film qui fait magnifiquement partager la culture et le sens des rituels au sein de la communauté wallisienne. Il offre la possibilité de réfléchir à la nécessité de la transmission des traditions, à travers les âges et les continents. Sacha Wolff ne s’est pas privé de donner à voir différentes cérémonies māori, et notamment celle de la danse du Haka à un moment clé du film.

« Mercenaire dresse le portrait bouleversant d’un jeune homme courageux, qui traverse de multiples épreuves violentes et trouve le chemin de sa liberté. »

On verra également Soane passer de l’emprise paternelle à celle de son agent Abraham (Laurent Pakihivatau). MERCENAIRE dénonce alors la violence du rapport des agents qui investissent sur ces joueurs venus d’ailleurs, comme misant sur du “bétail”, de “la barbaque”. Agents, comme présidents de clubs, en prennent vraiment pour leur grade dans le film. Le film évoque de plus avec justesse la violence du jeu de rugby au cœur des matchs, mais aussi celle des rapports humains avec les autres joueurs et le racisme auquel est confronté Soane.

On reste sidéré de voir Soane se construire à partir des coups qu’il reçoit, au propre comme au figuré, et des injonctions de tout son entourage. Tout le monde lui dit tout le temps ce qu’il doit faire, sans respect pour sa personne, ses envies, ses besoins. MERCENAIRE décrit parfaitement cette tension, dont on sent qu’elle bout dans l’esprit encore adolescent de ce grand corps d’homme. Le gros nounours va peu à peu se rebeller et ne plus avoir peur ; il va trouver le courage, la force, de dire non et stop : avec dignité, il va prendre sa place dans ce monde d’adultes.

MERCENAIRE dresse au final, le portrait bouleversant d’un jeune homme courageux face aux épreuves traversées. Malgré quelques facilités dans le scénario (telle l’histoire avec Coralie) et une musique un peu trop anxiogène, on est en empathie totale avec Soane.

MERCENAIRE a été présenté au Festival international du film de La Rochelle, après avoir obtenu le Label Europa Cinémas à la Quinzaine des Réalisateurs 2016.

Sylvie-Noëlle
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Le festival international du film de La Rochelle

 

[CRITIQUE] MERCENAIRE

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