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ETRO MANILA montre un pays peu représenté au cinéma (en France, du moins), les Philippines. Le film suit l’histoire de Oscar Ramirez et sa famille, honnêtes, simples et gentils fermiers, contraints de rejoindre la ville à cause de la pauvreté de leur environnement campagnard. Leurs naïveté et innocence typiques seront confrontées aux violences sociales, morales et physiques inhérentes aux grandes villes telles que Manille.
Le réalisateur du film, Sean Ellis nous propose avec ce nouveau film, une fiction au style documentaire créée et renforcée par plusieurs aspects techniques particulièrement aboutis. Une réussite, toutefois nuancée par un scénario très efficace, mais classique et peu subtil.

Le gros point fort de METRO MANILA réside donc dans son aspect immersif.
Lorsque Sean Ellis parvient à oublier son scénario omnipotent pour donner un peu de nuance à ses personnages. Quand le réalisateur s’attache subitement aux détails, représente le quotidien avec précision. Quelques bulles ou le temps s’arrête, ou les personnages réussissent à exister. Des moments qui choisissent le contre-temps et observent plus qu’ils ne racontent. Une légère dimension psychologique apparaît ainsi, lorsque Oscar est par exemple témoin d’une cruauté qu’il ne peut influencer, ou lorsque son collègue raconte un hold up auquel il a assisté. Quelques flashbacks très bien amenés et mis en scène, montrent une facette imprévisible des personnages.

© Sean Ellis

Il ne faut pas non plus oublier que Sean Ellis est un plasticien accompli ; son inconséquent Cashback nous l’avait prouvé, sans rien provoquer d’autre, qu’un émerveillement débouchant sur de l’indifférence.
Le réalisateur réussit pourtant dans METRO MANILA, à donner vie à Manille par sa mise en scène. Il réussit à la rendre étouffante, grouillante, dangereuse par son hors champ ; tout cela, par la grâce d’une science du cadrage associée à une photo qui sait se faire changeante en fonction de ce qu’elle dépeint. L’aspect le plus impressionnant concerne toutefois le rythme du film. Sean Ellis provoque une tension constante, grâce à la promesse continue d’une explosion de violence, qui tient en haleine le spectateur. Frustrant, mais immersif !

Il est malgré tout dommage de constater que le réalisateur Sean Ellis utilise scénaristiquement la facilité car il choisit de simplifier son histoire, de la rendre manichéenne, accessible. Un cas typique d’exotisme cinématographique contaminé par un point de vue et une culture occidentales.

mise en scène et narration au top, masquant toutefois une certaine artificialité 

Car la caractérisation trop universelle des personnages, et la prévisibilité qui en résulte (la banale corruption morale par l’argent, l’évidente déchéance liée à ce concept), nuisent sensiblement à la crédibilité de l’ambiance réaliste proposée par l’image. Dans METRO MANILA, l’histoire n’a finalement rien d’original, au contraire : elle fait tellement appel à l’inconscient collectif qu’elle ne provoque aucune émotion. Les personnages deviennent par conséquent des clichés d’eux mêmes, n’arrivent jamais à provoquer l’empathie. Cela participe en quelque sorte à l’immersion dans le film : on se concentre bien vite sur l’environnement précis et détaillé dans lequel évoluent ces personnages, au détriment de leur parcours personnel… Puis sans prévenir, Sean Ellis réussit à surprendre lorsque son scénario se décide enfin à emmener le spectateur dans l’inconnu, l’imprévu. Ce soubresaut arrive malgré tout trop tardivement, et confère à la conclusion de l’histoire un aspect twist-final, qui peut paraître hors sujet, bien qu’il soit raffraîchissant en termes de narration. La mise en scène de cet instant est par ailleurs impressionnante, réaliste, presque sensorielle.

Il émane donc du film une véritable volonté ethnologique, l’envie d’intégrer le spectateur dans un quotidien et une culture inédits, par le réalisme cru. Réalisme renforcé par la mise en scène au top, la narration efficace et une certaine science du détail. Dommage qu’il soit également parasité par une certaine artificialité dans le traitement de l’histoire, des personnages.
Cette ambivalence ne quittera jamais vraiment METRO MANILA. Elle participe à ce feeling étrange qui émane du film. Entre immersion et frustration, curiosité et déception , émerveillement et désillusion.

INFORMATIONS

MM

Titre original : Metro Manila
Réalisation : Sean Ellis
Scénario : Sean Ellis
Acteurs principaux : Jake Macapagal, Althea Vega, John Arcilla
Pays d’origine : Royaume Uni, Philippines
Sortie : 17 juillet 2013
Durée : 1h55min
Distributeur : Haut et Court
Synopsis : Aspirant à une vie meilleure, Oscar Ramirez et sa famille quittent les montagnes du nord de la Philippine où ils vivent et viennent s’installer dans la ville de Metro Manila.
Proie idéale dans cette ville impitoyable, Oscar va devoir tout risquer pour les siens.
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