À chaque nouveau film de Michel Gondry depuis le fabuleux Eternal Sunshine, se pose la même question:
Va t-on se retrouver bluffés par ses idées phénoménales ou ce concept de porc qui va nous retourner la tronche ?

Si sa carrière de clippeur se place sous le signe du génie (voir notre article consacré à ses clips), sa carrière de cinéaste se place plutôt sous le signe de l’imprévisibilité. À chaque nouveau long-métrage, Michel Gondry prend les expectations à contre-pied, allant exactement là ou l’on ne l’attend pas, explorant des pistes personnelles ou psychologiques inattendues, et décevant souvent le public (difficilement) acquis avec l’oeuvre précédente… tout en s’assurant (difficilement) les faveurs d’un autre.

Est-ce un problème de communication, qui mise systématiquement sur la créativité du réalisateur ? Est-ce une volonté de Gondry de ne jamais rentrer dans une case ? Est-ce du aux calendriers de sorties qui veulent qu’un Gondry passe toujours, TOUJOURS inaperçu ?

MICROBE ET GASOIL, chronique adolescente assez éloignée de toute folie créative mais éminemment personnelle, touchante, simple et remarquablement dirigée/interprétée, ne devrait pas non plus rencontrer le succès en dépit de ses nombreuses qualités émotionnelles… À l’image de tous les Gondry post-Eternal Sunshine.

microbe_et_gasoil

Il s’agit en effet de souvenirs d’enfance du réalisateur, ou plutôt d’un florilège de souvenirs transposés dans un présent pourtant contemporain, rendu désuet par la perception de ses deux protagonistes.
Une aura nostalgique plane ainsi sur le film, de par les dialogues au charme d’un autre temps, déclamés avec conviction par deux interprètes géniaux (Théophile Baquet et Ange Dargent, destinés à une grande carrière) à la diction en contre-temps avec leur age et l’univers adolescent et lycéen du film. Un peu comme si Les Beaux Gosses s’exprimaient comme dans le Desplechin Trois souvenirs de ma Jeunesse.
Si l’argument de la maison « faite maison » est bien un cachet Gondry, il est pourtant surprenant et passionnant de voir le réalisateur s’interroger sur le sens d’une passion plutôt que de simplement montrer le résultat d’une expérimentation. Une différence fondamentale qui rend MICROBE ET GASOIL bien plus intellectuel et moins léger qu’on ne pourrait le penser, une fois les étiquettes « conscience du temps qui passe » et « passage à l’age adulte » décollées.

« Un film éminemment personnel, simple et touchant »

En fait, plutôt que d’analyser le film, il est à mon sens plus judicieux de le rapprocher des autres films du cinéastes. Car Michel Gondry, plutôt que de se cantonner à un ton, des gimmicks de mise en scène ou une cohérence visuelle, construit chaque film comme une porte vers une obsession précise, une interrogation sur le sens de telle chose, un territoire psychologique encore inexploré. Les expérimentations folles que l’on raccroche volontiers à son nom ne sont qu’un moyen d’illustrer cela, et ne sont presque jamais le centre de son cinéma (à l’inverse du clip, ou le format court EST le moyen de libérer sa créativité) Chacun d’eux interagit avec les autres, et Gondry, l’homme derrière le réalisateur se trouve précisément dans ces nombreuses inter-connexions.

Michel Gondry - Portrait
Ainsi, Human Nature confrontait la différence, la rigueur, les conventions et l’ingénuité, secouait le tout et observait le résultat, ESOTSM était un poème dépressif sur le manque et la passion, Block Party était une plongée ethnologique dans un New York peu représenté, un questionnement sur la puissance de l’art comme outil de communication universel, avant de devenir le compte rendu d’un dantesque et mythique concert; La science des rêves, suivait un personnage auto-portrait communiquant (mal) avec La Femme et les autres, via sa créativité, Be Kind, Rewind, sous les envies de créativité débridé, interrogeaient le sens de celle-ci et lui donnaient une raison d’être, par et pour le communautaire, le rassemblement; son segment Interior Design dans Tokyo ! traitait de la difficulté de s’adapter – à un style et un rythme de vie différents, L’épine dans le Cœur se faisait plus personnel, et prenait la forme d’une passionnante exploration de souvenirs (les siens, d’autres) pour un hommage à sa tante Suzette, avec The Green Hornet il s’agissait de tester sa propension à parler au « grand public » sans perdre totalement sa personnalité (partiellement réussi: Green Hornet contenait deux idées MÉMORABLES au sein d’un blockbuster lambda mais ultra-dynamique); The We and the I, revenait au New York populaire,  et cherchait à capturer cette énergie juvénile; partait du groupe pour arriver à l’individu, et ainsi transformer d’insupportables atermoiements adolescents en grands drames personnels; Conversation animée avec Noam Chomsky cherchait malgré tout à traduire avec simplicité et fluidité, le personnel derrière une figure publiquement complexe (Chomsky en miroir paternel de sa propre personnalité ?); quant à L’écume des jours , il masquait une véritable désillusion quant à la puissance du sentiment amoureux, sous un déluge expérimental et créatif étouffant…

Et MICROBE ET GASOIL dans tout ça ? Il pioche ci et là dans la personnalité et les obsessions de Gondry, sur les femmes, la marginalité, la nostalgie, le souvenir… Fait confiance à ses interprètes pour être un miroir de lui-même – Théophile Baquet et Ange Dargent, qui voient les caractères intraverti et extraverti de leur personnages évoluer vers leur opposé et ainsi définir le film (et Michel Gondry) dans cet intermédiaire rempli de passionnantes nuances.

Chroniqué en partenariat avec le cinéma Comoedia

author-twitter@Georgeslechamea

Les autres sorties du 8 juillet 2015

INFORMATIONS


– critique à venir
– Retour sur la filmo et surtout sur les géniaux clips de MICHEL GONDRY

Titre original : Microbe et gasoil
Réalisation : Michel Gondry
Scénario : Michel Gondry
Acteurs principaux : Théophile Baquet, Ange Dargent, Audrey Tautou
Pays d’origine : France
Sortie : 8 juillet 2015
Durée : 1h43min
Distributeur : StudioCanal
Synopsis : Les aventures débridées de deux ados un peu à la marge : le petit « Microbe » et l’inventif « Gasoil ». Alors que les grandes vacances approchent, les deux amis n’ont aucune envie de passer deux mois avec leur famille. A l’aide d’un moteur de tondeuse et de planches de bois, ils décident donc de fabriquer leur propre « voiture » et de partir à l’aventure sur les routes de France…

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