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Entre 1975 et 1981, il y a eu une parenthèse dans la carrière du trompettiste Miles Davis. Il se retire du monde musical, connaît une période dépressive, vit en ermite, sa consommation de drogues (en particulier la cocaïne) et d’alcool augmente, mêlée à des prises importantes de médicaments pour apaiser diverses douleurs physiques, notamment une hernie, un ulcère, des problèmes à la hanche.

MILES AHEAD revient sur ces années de dérives avec retour en arrière sur les relations houleuses du célèbre musicien de jazz avec sa première femme, Frances Taylor (elle a obtenu le divorce en 1968, après dix ans de mariage). Et cela de manière aussi authentique que fantasmée. En effet, pour sa première réalisation, l’acteur Don Cheadle (qui a également coécrit et coproduit le film et interprète Miles Davis) s’éloigne des biopics habituels. Se concentrant uniquement sur quelques journées de cette période – sans prendre la peine d’évoquer la naissance du musicien par exemple -, lorsque Dave Brill (Ewan McGregor, comme toujours très bon), journaliste du magazine Rolling Stone, tente de décrocher une interview. C’est une aventure incroyable qui se déroule alors sous nos yeux. Celle d’un homme au fond du trou qui s’apprête à faire face à ses vieux démons avant de resurgir.

Photo du film MILES AHEAD

Il est évident que Don Cheadle sait de quoi il parle lorsqu’il s’attaque à un monument comme Miles Davis. Fanatique du musicien mort en 1991, il a travaillé sur ce film depuis 2006, année de l’entrée de Miles Davis au Rock and Roll Hall of Fame. Pour Cheadle, c’est avant tout une question de musique. Une musique qui se doit de transparaître au sein même du film. Mais pas question pour autant de se contenter d’avoir recours à un best of de l’artiste, avec des extraits musicaux ici et là, de manière presque aléatoire, dans l’unique but d’accompagner les images.

Dans MILES AHEAD, Don Cheadle cherche avant tout à ce que l’image et le son se répondent. A faire coexister ces deux éléments, les rendant indispensables, à l’un comme à l’autre. La musique de Miles Davis devient alors un outil de mise en scène. Mieux, elle apparaît comme la matière première sur laquelle la caméra devra se caler, tout comme ses groupes qui devaient se caler sur Miles. Dans le montage aussi bien que dans les mouvements, dans les allers-retours du présent au passé qui évoquent la relation de Davis avec sa femme, tout se construit en fonction de la musique (ce que faisait par moment Damien Chazelle sur Whiplash). C’est peut-être cette approche, si évidente finalement, qui fait toute la personnalité du film. Car elle le propulse littéralement dans une dimension autre, loin du classicisme récurent des films de ce genre. Une réalisation toujours rythmée et en mouvement, accélérant dans les moments loufoques où Miles Davis est le plus imprévisible, puis se stoppant d’un claquement de doigt, avant de ralentir sur les zones d’ombres du personnage.

« Dans Miles Ahead, Don Cheadle cherche avant tout à ce que l’image et le son se répondent. La musique de Miles Davis devient alors un outil de mise en scène. Mieux, elle apparaît comme la matière première sur laquelle la caméra devra se caler. »

Cette réalisation si virtuose devient ainsi une image de Miles Davis lui-même. Celle d’un musicien régulièrement en recherche, qu’elle soit musicale – il part du bop, se réinvente dans le jazz modal, enregistre en grande formation, évolue vers l’improvisation collective dans les années 1960, avant d’intégrer des éléments de rock de funk dès 1968 – ou personnelle. Evidemment, MILES AHEAD ne cherche pas à raconter sa vie et ses déboires de manière précise et avec un certain sérieux hollywoodien. Le film pouvant même apparaître comme une fiction dans ses moments les plus chaotiques et extraordinaires. De la recherche de cocaïne dans une chambre d’étudiant en compagnie du journaliste de Rolling Stone, à une poursuite en voiture avec l’homme de main d’un producteur, en passant par l’excentricité la plus totale de Davis capable de sortir un pistolet n’importe où, on se pose forcément des questions sur la véracité de toute cette histoire – qui reste véridique dans ses grandes lignes.

Mais par le talent de Don Cheadle devant la caméra, qui offre là une prestation remarquable, on ne peut qu’être impressionner par ce qui se déroule devant nous. MILES AHEAD, sous ses airs de biopic indépendant – un petit budget en partie financé via une plateforme de crowdfunding, assez peu de décors et d’événements…– se révèle être une œuvre passionnante et cinématographiquement riche.

Pierre Siclier
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Pour tout amateur de jazz, ce film sur la 1ère période de la carrière de Miles Davis est une très mauvaise surprise. La vie du musicien n’est abordée que sous ses aspects les plus sulfureux, librement interprétés par le réalisateur. Un mauvais film de série B qui passe totalement à côté de son sujet. Il ne permet pas de comprendre comment Miles a développé un son unique à la trompette et constitue un pilier essentiel de l’histoire du jazz. Rien sur les musiciens et les différents groupes avec lesquels il a joué. “Bird” de Clint Eastwood sur la vie de Charlie Parker était autrement inspiré et décrivait avec justesse et précision la carrière de Bird. Amateur de jazz passez votre chemin.