En lobbyiste sans scrupule opposée aux armes à feu, Jessica Chastain éblouit dans Miss Sloane, un thriller politique captivant.

Pour le treizième épisode de la cinquième saison d’Arrow, « Spectre of the Gun », les scénaristes de la série de CW ont tenté de s’attaquer à un sujet politique délicat : la limitation des armes aux Etats-Unis. Un débat complexe que connaissent les Etats-Unis depuis plusieurs années, mais que le show traita de manière maladroite, sans véritable parti pris. C’est quelques semaines plus tard que sort sur les écrans français MISS SLOANE, un thriller politique implacable qui pose lui aussi la question du droit au port d’armes à feu. Mais surtout, au travers de ce sujet de société très important en Amérique, le film pointe sur la corruption des politiciens, la puissance des lobbies et les manipulations quotidiennes dans la politique qui permettent le passage (ou non) des lois. Une plongée dans l’obscure monde des lobbies, comme l’avait fait Thank you for smoking (autour du lobby de la cigarette, entre autres) mais ici dans un style très sorkin-ien. Efficace et maîtrisé, à l’image même de son casting ; Jessica Chastain en tête, évidemment, mais aussi des seconds rôles interprétés, non pas par des « stars », mais des comédiens expérimentés tels que Mark Strong et John Lithgow, ou encore Sam Waterston et Alison Pill (tous deux vues dans The Newsroom).

Miss Sloane

On connaît l’influence qu’a pu avoir le scénariste et showrunner Aaron Sorkin (À la Maison-Blanche, The Newsroom, The Social Network, Steve Jobs…) sur le cinéma et les séries d’aujourd’hui. Dès l’une des premières apparitions d’Elizabeth Sloane (Jessica Chastain) dans ses bureaux, on retrouve cette fameuse patte : de longues discussions entre collaborateurs, tout en marchant dans les couloirs en face caméra, sans coupure. On ne comprend pas tout ce qui se raconte – voir rien du tout à moins de se montrer extrêmement attentif et/ou fin connaisseur de la politique -, mais l’effet est là, et réussi.

Car le réalisateur John Madden (Shakespeare in Love, L’Affaire Rachel Singer) et le scénariste Jonathan Perera (premier scénario) sont avant tout dans la recherche d’une ambiance bien particulière visant à manipuler le spectateur, à l’emmener là où il ne s’attend pas avant de lui dévoiler toutes les révélations dans les dernières minutes. Ils obligent ainsi à prendre MISS SLOANE pas à pas, en restant dans l’instant présent et ne permettent pas d’anticiper la suite. Ce qui n’empêche pas d’avoir un réel parti pris dans les questions abordées. Tout en laissant entrevoir son avis sur la question, le film montre les possibles effets négatifs comme positifs à l’autorisation du port d’arme – le sauvetage d’Esme (Gugu Mbatha-Raw), collaboratrice de Sloane -, mais n’hésite pas par contre, à enfoncer la politique. Montrant notamment le pouvoir de l’image, capable de faire changer les décisions des élus qui songent davantage à eux qu’à représenter le peuple.

[bctt tweet= »« Miss Sloane captive par son style à la Sorkin et une Jessica Chastain brillante » » username= »LeBlogDuCinema »]

Dans le rôle de cette lobbyiste brillante, qui se consacre à sa carrière et ne laisse rien entrevoir de ses faiblesses – allant dans les toilettes en douce avaler des cachets pour se maintenir éveillée – Jessica Chastain (seule « star » donc) est à son plus haut niveau. Extrêmement tendue, froide et parfois au bord du gouffre, elle réalise une prestation de grande classe et porte véritablement le film. Sloane est ultra-efficace, elle sait comment contourner certaines règles si nécessaire, et ne se remet jamais en question. Sorte de Frank Underwood (House of Cards) au féminin. Elle apparaît inévitablement antipathique, mais parvient malgré tout à provoquer une profonde fascination pour son personnage. Car cette femme forte est dans un contrôle total de tout ce qu’elle fait et ne laisse aucune place aux sentiments. Du moins, de ce que veulent bien nous montrer Madden et Perera. Elle aura beau être questionnée sur ce qui l’amène à se battre contre son ancien employeur – et à faire preuve soudainement d’une certaine morale après qu’il lui ait demandé de convaincre l’électorat féministe -, rien de ses motivations ne sera vraiment dévoilé. MISS SLOANE évite ainsi les justifications maladroites, et ne perd pas ainsi la crédibilité de sa protagoniste principale. Celle-ci pouvant réaliser autant de coups bas que de choix plus humains, reste toujours complexe et captivante, à l’image du film dans son ensemble.

Pierre Siclier

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[CRITIQUE] MISS SLOANE
Titre original : Miss Sloane
Réalisation : John Madden
Scénario : Jonathan Perera
Acteurs principaux : Jessica Chastain, Mark Strong, Sam Waterston
Date de sortie : 8 mars 2017
Durée : 2h12min
Concours Miss Sloane
4.0Note finale
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