En 1973, Olga Hepnarova, jeune fille de 22 ans, fonce avec un camion sur un groupe de piétons provoquant la mort de huit d’entre eux et de nombreux blessés. Avec MOI OLGA, les réalisateurs Tomas Weinreb et Petr Kazda s’attaquent pour leur premier film à un fait divers encore dans les mémoires et sujet à discussion en République Tchèque. Car derrière cet acte incompréhensible au premier abord, se révèle la responsabilité de la société face aux monstres qu’elle engendre.

C’est en tout cas ce qui ressort de MOI OLGA qui, en revenant sur une partie de la vie de la jeune fille, évoque les raisons de son acte et les rend plus compréhensibles sans pour autant les justifier, évidemment. C’est de manière furtive qu’on voit évoluer Olga, les réalisateurs ayant décidé de piocher des moments très succincts de sa vie pour construire avec finesse sa psychologie. Si en jouant trop souvent d’ellipses, sans repère temporel, le film se montre parfois laborieux et peine à garder l’attention de son spectateur, il n’en est pas moins justifié et plus que pertinent. En effet, il est rare d’assister à une œuvre capable de laisser autant dans l’indécision avant de retourner entièrement la situation (le ressenti, la sensibilité et l’intérêt) en une séquence qui lui donne toute sa légitimité.

Photo du film MOI, OLGA

MOI OLGA suit d’abord l’adolescence d’Olga. A 13 ans elle est martyrisée par les autres jeunes filles de son âge au sein d’un hôpital psychiatrique, où elle fut internée durant un an après une tentative de suicide. Déjà nous voilà face à une certaine incompréhension. En effet rien ne vient justifier l’acharnement qu’elle subit des autres provoquant même un malaise. Car si on peut aisément comprendre le caractère d’Olga (son renfermement sur elle-même, son aspect asocial) rien sur les origines de ces violences. Une violence vécue également chez elle, à différents niveaux. Entre la froideur de sa mère après sa tentative de suicide – « Il faut beaucoup de volonté pour se suicider, ma fille. Tu n’en as pas assez. Il faut l’accepter » lui dit-elle – et son père qui l’aurait frappée. Par de minces indices, par une absence d’explication et de clarté, les réalisateurs s’avèrent finalement très pertinents. Nous mettant dans la peau de cette jeune fille dont la santé mentale semble incertaine. Ainsi, nous voilà en droit de douter de certaines révélations. Olga apparaît profondément dépressive et détruite par la vie. Mais la vie lui a-t-elle réellement fait tant de mal que cela ? Qu’importe, le réel propos reste dans l’absence de soutien d’un être dans le mal.

“Tantôt victime, tantôt bourreau, Olga devient surtout un révélateur des maux d’une société qui va mal et qui engendre des monstres”

Quelques années plus tard, Olga n’a pas changé. Toujours la même coupe au carré, donnant à son actrice, sublime et impressionnante Michalina Olszanska, de faux airs de Natalie Portman à ses débuts dans Léon. Elle a quitté sa famille dans la violence (la sienne) et s’est installée dans une petite cabane pour travailler dans un garage. Mais à nouveau Olga n’est pas à son aise. Timide face aux regards des « autres », se montrant autant soumise et fragile que glaciale et sûr d’elle. Entre ces changements d’attitude et cette utilisation du noir et blanc (porté vers le gris avec peu de contraste), les réalisateurs nous mettent dans l’indécision la plus complète. Un sentiment d’étrangeté, quelque chose de terriblement angoissant se dégage de MOI, OLGA. Et cela, même avec les personnes avec qui elle pourrait se rapprocher. Comme sa première petite amie avec qui la relation ne semble jamais vraiment prendre. Olga gardant une certaine distance, même dans leur intimité. Il faut alors noter toute l’intelligence des réalisateurs qui présentent là une homosexualité naturelle, qui ne définit pas ce personnage d’Olga (voir notre article sur l’homosexualité à l’écran). Il aurait presque été trop facile d’utiliser cette sexualité comme révélateur de la haine d’autrui. Non, Olga ne subit pas les conséquences de sa sexualité, ne devient pas victime ou incomprise par cet élément. Une pertinence similaire au regard sensible d’Alanté Kavaïté avec Summer, qui faisait également de l’homosexualité une évidence.

Photo du film MOI, OLGA

Ainsi, tandis que l’on suit Olga de plus en plus renfermée sur elle-même, ce qui peut provoquer une forme d’ennui (en raison de la non évolution apparente de la jeune fille), son acte meurtrier vient finalement retourner entièrement toute la vision du film. Au cours de son jugement, Olga justifiera son acte au nom de tous les « souffres douleurs », victimes de la société. Car c’est la société qui l’a détruite. Elle, qui fut toute sa vie le “jouet des adultes et victime des enfants“, refuse de se tuer en silence, préférant tuer les autres en guise de vengeance pour que désormais les « souffres douleurs » comme elle soient considérés. Aussi bien par son discours que par la présence et le regard de son interprète, Olga devient enfin fascinante. Le film lui-même gagne alors en intérêt et le travail de Tomas Weinreb et Petr Kazda s’avère d’une grande maturité. Se plaçant ainsi tantôt en victime, tantôt en bourreau, Olga devient surtout un révélateur des maux d’une société qui va mal et qui engendre des monstres. Qu’importe la folie qui l’animait (schizophrénie, paranoïa évidente), Olga a été abandonnée, jamais considérée comme il faut. Et MOI, OLGA vient nous révéler avec froideur par son dernier plan, l’indifférence de la société envers ceux qui la composent.

Pierre Siclier
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[CRITIQUE] MOI, OLGA

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